En vol

En vol
Image de la superbe chaise de l'artiste SAB

vendredi 2 juillet 2021

LE DESTIN TRAGIQUE D'HÉLÈNE VAGLIANO


Ce n'est pas un scoop que de dire que l'histoire de la Seconde Guerre mondiale ne cesse de m'intéresser. Et notamment lorsqu'elle touche à ce qui s'est passé dans ma région. Alors, s'il m'arrive de tomber sur un récit que je ne connaissais pas, écrit en anglais par Maureen Emerson, qui m'a tellement aidés lors de mes recherches sur les déportés d'Opio, je ne résiste pas longtemps au désir de le traduire, afin que les non-anglophones puissent y avoir accès. 

Vous trouverez donc ci-dessous le récit du destin tragique d'une jeune Anglaise de "très bonne famille", dont la vie a été brutalement écourtée par les nazis, à Nice, en 1944, quelques jours seulement avant la libération de cette ville. 

Lisez-le, en appréciant la chance que nous avons d'échapper encore à la tyrannie, dont le visage ne se démasque parfois que lorsqu'il est trop tard pour réagir. 

Honneur à Hélène Vagliano, et merci à Maureen Emerson d'avoir si bien retracé son histoire. 


* * * * *




Dans un visage ovale, sous un arc de sourcils bien dessinés, de grands yeux sombres vous observent. Le regard est sérieux, mais celle qui est photographiée ne pouvait deviner ce que l’avenir lui réservait. C’est Hélène Vagliano, et son histoire ne saurait être oubliée.

Les parents d’Hélène appartenaient à une grande et respectable famille franco-grecque, qui comprenait des banquiers et des armateurs très liés à l’Angleterre. Il existe un caveau de famille au nom de Vagliano dans le cimetière de West Norwood, à Londres. 




Image prise sur ce site


Hélène est née à Paris en 1909, mais la famille – son père, Marino, sa mère Danaë, elle-même et ses deux frères – partit s’installer en Angleterre, et vivre à "La Grange", à Ascot, près de Windsor, dans l’une de leurs demeures élégantes, aux jardins remarquables. Bien plus tard, dans un contexte très différent, Danaë Vagliano se rappellerait ces jardins, et le lac "sur lequel glissaient des cygnes blancs comme de la neige". 


En 1924 les parents d’Hélène allèrent s’installer à Cannes, dans le Sud de la France, et Hélène (restée  "Elaine" pour ses amis anglais) fut alors inscrite à Ascot, dans un pensionnat très huppé pour jeunes filles. Elle y réussit très bien, et était très populaire auprès de ses camarades de classe. Le sérieux de son expression, sur la photographie, dément son enthousiasme et son facétieux sens de l’humour. C’était une élève modèle, cheffe de classe, une pianiste à l’avenir prometteur, qui était également gardienne de but dans la première équipe anglaise de "lacrosse"(1). Elle parlait français couramment, mais en raison de son éducation britannique, elle le parlerait toujours avec un accent anglais prononcé. Un élément qui jouerait contre elle plus tard.



Image prise sur ce site


Une fois installés à Cannes, les Vagliano achetèrent du terrain dans le quartier de la Californie, où ils firent construire l’imposante villa Champfleuri (2), où Danaë créa un jardin à thèmes d’une telle importance que celui-ci est désormais inscrit au Patrimoine Historique (ainsi que la villa). 

Au lieu de cygnes, on y voyait des flamants évoluer sur les petits étangs. 



Autre image de la demeure familiale de Cannes

Photographie à voir sur le site de Maureen Emerson

 

En 1927, Hélène quitta son pensionnat d’Ascot pour rejoindre sa famille à Cannes, où ses parents étaient fort bien installés dans leur vie d’expatriés. 

Le père d’Hélène, Marino, était champion de golf et président du prestigieux Golf Club de Cannes-La Napoule (pendant l’occupation allemande, au cours des derniers mois de le Seconde Guerre mondiale, ce parcours de golf serait parsemé d’environ 2000 mines anti-personnel…)

 

Danaë devint capitaine de l’équipe féminine française de golf, et un trophée international, le  "Vagliano Trophy", existe toujours à son nom. 

 

De là, où elle menait la vie typique d’une jeune fille privilégiée de la Côte d’Azur des années 30, Hélène continua à envoyer régulièrement des nouvelles de ses escapades à la revue de son ancienne école anglaise. Elle s’acheta une vedette rapide  "extrêmement excitante à conduire, surtout lorsque l’on vire de bord" ; elle skia et pratiqua la randonnée en montagne avec son frère, ce qui "donna au guide un bon nombre de peurs bleues". Elle entreprit de dresser des tortues, en disant avec humour "On s’essoufflerait à les poursuivre" et, d’une manière générale, elle s’amusait beaucoup.  En plus de ces activités ludiques, elle traduisait également des articles en Braille, pour des revues à l’intention des aveugles. 


Tout cela allait changer lors de la déclaration de guerre de septembre 1939, qui fut suivie par les mornes mois de la "Drôle de Guerre". La communauté des expatriés de la côte, et ceux de Cannes en particulier, se lancèrent dans l’action. De nombreux programmes d’aide furent mis en place, et les en-têtes de leur papier à lettres comportaient les noms de bon nombre de célébrités bienfaisantes de l’époque sur la Côte d’Azur. Hélène et sa mère rejoignirent le comité de la Cantine Militaire de la gare de Cannes, qui avait été installée pour fournir du ravitaillement aux troupes envoyées défendre la frontière avec l’Italie. Mais, quelques mois plus tard, lorsque l’armée allemande franchit brutalement la frontière belge pour envahir la France, la grande majorité de ces expatriés s’enfuit loin de la Côte d’Azur. 

 

En juillet 1940 la France avait capitulé, un de frères d’Hélène avait été fait prisonnier de guerre, et le sud était tombé sous le joug du gouvernement de Vichy. 


Profondément antinazis, et anti Vichy, les Vagliano restèrent à Cannes, en y faisant, avec sagesse, profil bas. En 1941, Hélène était devenue l’organisatrice locale des services sociaux de la Maison du Prisonnier de Cannes – une organisation d’aide aux prisonniers, qui s’occupait, en fait, des familles et des enfants orphelins des soldats emprisonnés (3) ou portés disparus. À mesure que la guerre se poursuivait, et que pratiquement tous étaient affamés en permanence, Hélène emmenait chaque semaine des groupes d’enfants dans des restaurants où il leur était servi, chose rare, un bon repas. Elle était connue pour partager son argent et sa compassion avec la même générosité, et pour sa confiance totale en la victoire finale des Alliés. 


En 1943, alors que les Alliés avaient débarqué en nombre en Afrique du Nord, que les Italiens avaient capitulé, et que l’armée allemande occupait à présent la totalité de "la zone libre" de la France de Vichy, l’oppression s’intensifia dans la zone sud. Aux yeux d’Hélène, le travail bénévole qu’elle effectuait n’était plus suffisant et, à l’insu de ses parents, elle s’engagea dans la Résistance. Toute son énergie physique et mentale avait à présent trouvé la cause qui lui convenait. Bien que sa mère ait plus tard dit qu’elle "avait travaillé avec les Anglais", Hélène n’apparaît pas sur la liste des agents des "Special Operation Executives" (4). 


Cependant, Hélène semble avoir été impliquée dans plus d’une action visant à aider les Alliés. En plus de travailler avec un groupe ou réseau de Résistance locale qui aidait les pourchassés à s’échapper de France vers l’Espagne, elle devint un agent pour le Bureau Central de Renseignement et d’Action (BCRA), qui était basé à Londres. Il s’agissait d’une organisation créée, sur la demande de Winston Churchill, par le Gouvernement de la France Libre en exil, sous l’égide du Général de Gaulle, et dont le but était d’informer les Alliés des mouvements de l’ennemi, et de préparer le terrain en vue de la libération de la France.  


"Tartane-Masséna", le groupe d’Hélène, mené par le Dr Paul Schmierer, travaillait sur la Côte d’Azur, et son nom de code à elle était "Veilleuse". Hélène devint également "boîte aux lettres" pour les Alliés : équipée d’un poste émetteur, elle envoyait et recevait des messages, et informait régulièrement son contact des activités de l’armée allemande car, à présent, les "Vert-de-gris" (ainsi appelés en raison de la couleur de leur uniforme) s’attendaient à un débarquement le long de la côte. On pouvait souvent voir la toute menue Hélène pédaler sur sa bicyclette, dans Cannes et alentour – elle transportait des messages coincés dans le guidon, et même, parfois, au mépris du danger, son poste radio, bien camouflé sur le porte-bagage.  


Le 28 juillet 1944, alors que l’espoir commençait à se transformer en certitude qu’une invasion alliée allait se produire, une automobile s’arrêta devant le bâtiment où Hélène travaillait. À l’intérieur de la voiture se trouvait un groupe de Français, tous membres de la Légion des Volontaires Français contre le Bolchévisme de Jacques Doriot, dirigé, comme d’habitude, par un officier allemand. 


Ce mouvement, qui était violemment anti-communiste, et collaborationniste à mort, travaillait souvent de concert avec la Milice française. Cette dernière qui opérait pratiquement en dehors de toute loi, était composée de Français déterminés à pourchasser les membres de la Résistance. Dénoncée par une femme qui avait été arrêtée, et dont elle avait aidé le fils à s’enfuir, Hélène fut emmenée. Plus tard dans la même journée, ses parents furent brutalement arrêtés et pris en otage, à la Villa Champfleuri, dans le but de contraindre Hélène à dénoncer ses camarades résistants. 

 

Hélène fut immédiatement soumise à la torture à la Villa Montfleury, le tristement célèbre Quartier Général de la Gestapo de Cannes. Sa torture se poursuivit au cours des dix-sept jours suivants, en différents lieux. À la prison de Grasse, à la Villa Trianon de Cimiez, à Nice, puis dans une prison militaire, à Nice encore, tandis que ses parents étaient toujours rapprochés d’elle, placés dans le même bâtiment, afin qu’ils puissent entendre ses cris de souffrance par les lucarnes ouvertes. Les prisonniers étaient enfermés dans de sombres cellules insalubres, infestées de vermine, dans lesquelles il n’y avait souvent pas d’eau, ni pour boire, ni pour se laver. Hélène fut brûlée au fer rouge sur tout le corps, elle fut battue, reçut des coups de pied, encore et encore, mais sa seule réponse fut, encore et toujours "Je ne sais pas". Ce traitement se poursuivit jusqu’au jour où, incapable de supporter les conditions horribles de détention que subissaient ses parents, et afin de les faire libérer, Hélène signa des aveux remplis de noms et d’adresses fictifs. Au moment où sa mère fut libérée, Hélène eut le temps de lui dire qu’elle "les enverrait chercher aux quatre coins de France des gens qui n’existent pas". 


Le 15 août, depuis sa cellule, Hélène entendit une voix dans la rue, qui criait que les Alliés avaient débarqué sur la côte, à Fréjus. Avec enthousiasme, elle déclara à sa compagne de cellule (5), qui ensuite transmit le message à la mère d’Hélène, que, maintenant que la France était libérée, plus rien ne comptait, et que sa tâche était achevée : "Maintenant ma mission est finie. Maintenant rien, plus rien, ne peut me faire de mal."(6)


Au cours de ce même après-midi, sur une côte bombardée nuit et jour par l’aviation alliée, Hélène et vingt-trois autres prisonniers furent rassemblés et conduits en camion vers l’Ariane, un quartier à l’est de Nice. La route vers leur destination était appelée leChemin de la Croix. 

 

Dans son livret-témoignage, intitulé "Hôtes de la Gestapo", Danaë Vagliano, la mère d’Hélène écrivit, encore sous le coup de la détresse, que le groupe de résistants avait été alignés à l’Ariane le long d’un mur de roche, puis abattus par des mitrailleuses que la Gestapo avait placées de l’autre côté du Paillon, le fleuve étant étroit à cet endroit-là. 

 

Toutefois, la version à présent retenue par les historiens dit que les malheureux prisonniers furent abattus par des rafales de mitraillette tirées à courte distance par les Allemands et ce, dès leur descente du camion (7) – pour être ensuite achevés au revolver…*  

    

Aux côtés d’Hélène se trouvaient notamment un prêtre qui avait été arrêté parce qu’il avait enterré deux résistants abattus par la Gestapo, et le Commandant de Lattre, un cousin éloigné du Général de Lattre de Tassigny, qui mènerait les forces françaises depuis les plages françaises de la Méditerranée, jusqu’à la victoire à Berlin. Le fils du Commandant avait rejoint la Résistance, et son père avait été pris comme otage. Ce fils avait déjà été arrêté et abattu deux jours plus tôt.

 

Six semaines après la mort d'Hélène, son corps fut ramené à la mairie de la ville de Cannes, à présent libérée, où son nom serait plus tard donné à une rue et à une école. Le cercueil, recouvert du drapeau tricolore, fut placé sur un chariot à canon drapé de blanc. Une garde d’honneur, composée d’hommes et de femmes de la Résistance, la veilla toute la nuit. Une foule immense assista le lendemain aux obsèques, qui furent célébrées à l’église orthodoxe.



Image prise sur ce site

Chaque groupe de la Résistance du sud de la France y était représenté ; les hommes défilèrent, tenant leur fusil à l’envers, le canon pointé vers le bas. L’Ave Maria fut chanté, car Hélène était morte le jour de l’Assomption, et il fut suivi par la cantate de Bach qu’Hélène préférait : « Viens, Douce Mort ». 



* * * * *





Notes de la traductrice : 


1. Le jeu de lacrosse est un sport collectif d'origine amérindienne où les joueurs se servent d'une crosse pour mettre une balle dans le but adverse.


2. La villa existait déjà, mais après l’avoir achetée en 1925, Marino Vagliano l’agrandit en 1928, et la modifia de manière conséquente. 


3. En Allemagne.


4. Le SOE, Direction des opérations spéciales, des services secrets britanniques.


5. Madame d’Angély, de Golfe Juan, arrêtée et gardée en otage car son mari était résistant. 


6. En français dans le texte. Citation tirée du livret écrit par Danaë Vagliano. 


7. Source : Jean-Louis Panicacci, Professeur honoraire de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de Nice, Président des Amis du Musée de la Résistance Azuréenne. 


* Lire à ce sujet l'article qui figure sur le site du Musée de la Résistance en ligne. 



 * * * * *

 

Sources :


Archives de la Ville de Cannes, France

Musée de la Résistance Azuréenne, Nice, France    

Hôtes de la Gestapo, par Danaë Vagliano

The Dragon.  The Alumni Magazine of St.  George’s School, Ascot.


Traduit de l'anglais par Cathie Fidler. 

  




lundi 24 mai 2021

"LEÇONS D'INJUSTICE" ou "FIGLI DEL DESTINO"



Cela fait un moment que je n'ai rien publié sur ce blog... mais voilà que je reviens avec un billet que j'aurais volontiers confié à mon cher Jewpop, s'il ne s'était auto-éliminé des radars depuis quelque temps déjà. 

En effet, je viens de voir sur Netflix un documentaire que j'ai envie de vous faire découvrir, et qui, bien entendu, correspond à mon intérêt pour la période de l'Histoire qu'il relate. 

Il s'agit d'un film de 2019, intitulé en italien "Figli del Destino", curieusement traduit en anglais par "Forbidden School" et, de manière plus adéquate en français par "Leçons d'injustice". 

Y sont retracés avec une grande justesse de ton et beaucoup de sensibilité, les parcours de quatre enfants ayant vécu (dès 1936) l'époque où les Fascistes italiens se sont mis, à leur tour, à pratiquer une politique violemment antisémite, calquée sur celle de leur allié nazi. 

On connaît moins bien l'histoire de la guerre vue du côté italien, sauf à avoir lu (ou vu) quelques œuvres essentielles s'y rapportant : "Si c'est un homme" de Primo Levi, bien entendu, ou "Le jardin des Fizzi-Contini", ou encore le dernier tome (bouleversant) de la plus récente trilogie de Louisa Young, intitulé "Devotion". 

Dans ce documentaire, quatre enfants, devenus des survivants d'un âge avancé, font part de leur expérience personnelle, de leurs émotions, de leur parcours si tragique et, surtout, de la manière exceptionnelle dont ils ont su se reconstruire, après...

Lea Levi, Liliana Segre, Guido Cava et Tullio Foà reviennent donc tour à tour sur ce qu'ils ont vécu quand ils étaient enfants, ou à peine adolescents. Et notamment sur le choc qu'a représenté pour eux l'interdiction soudaine, dès 1938, de fréquenter leur école – d'où le titre choisi en anglais. 



Auto-collant, 11 mars 1938
Source : wikipedia

L'une des petites filles en question, a en revanche été protégée, et sauvée, par les sœurs d'une école catholique. Cela nous rappelle l'action humaniste de Monseigneur Rémond, évêque de Nice, qui, avec l'aide du clergé de sa région, a sauvé tant d'enfants juifs entre 1943 et 1944. 

Avec une dignité et une précision exceptionnelles, chacun de ces témoins-survivants nous fait découvrir les fractures internes de son pays, et les conséquences qu'elles ont eues sur eux et sur leurs familles. Le témoignage si apaisé de la magnifique nonagénaire Liliana Segre, en particulier, m'a touché au cœur. 

Ce film nous rappelle les horreurs que les Fascistes fanatisés ont commises, mais aussi, comme ailleurs, l'aide qui a été apportée par des gens ordinaires : tel ce médecin qui soigna et sauva l'un de ces enfants juifs, alors que lui-même suivait le Duce...   

On y entend la souffrance de familles aisées, peu religieuses, voire non pratiquantes, très bien intégrées socialement, qui se sont soudain trouvées dépossédées de tout ce qui était leur quotidien. Comme ailleurs, me direz-vous ? Certes, mais les Juifs italiens pouvaient encore moins que ceux des autres pays croire à cette trahison : ils vivaient en paix avec leurs voisins sur ce sol depuis l'Empire romain, et même avant ! 

Grâce  à ces témoignages, et à la technique maîtrisée du docu-fiction (qui introduit des acteurs pour illustrer la narration au passé),  on comprend mieux les ressorts de la tragédie qui s'abattit sur les Juifs italiens en 1943 – l'année où les Alliés débarquèrent en Sicile, mais où fut proclamée l'infâme République de Salò. 

(Et là, je me permets de vous renvoyer vers mon dernier roman, "Creuse la terre, creuse le temps", qui revient en détail sur cette longue libération de la botte italienne.)  

La chasse aux Juifs italiens s'intensifia dès lors, pour atteindre le nombre de 7750 déportés, dont très peu revinrent des camps de la mort. 

Parmi eux, il y avait 776 enfants. Seuls 25 ont survécu...

Les quatre survivants qui figurent dans ce documentaire sont filmés avec autant de délicatesse que d'intelligence. Les réalisateurs, Francesco Miccichè et Marco Spagnoli, ont su éviter la plupart des facilités et clichés souvent inhérents à ce genre de travail.  

Le résultat est à la fois instructif et touchant. Inhabituel aussi, car très positif, voire optimiste, dans son message ultime. Il serait donc vraiment judicieux de le faire découvrir à un public jeune. 

Ce documentaire n'est, hélas, disponible que sur Netflix,  mais si vous pouvez y avoir accès, n'hésitez pas à le placer parmi vos favoris : il le mérite, même si en parcourant la toile on ne voit que peu d'articles le concernant. 

Eh bien voilà, on dirait que j'y ai en partie remédié, non ?

À vos écrans, et à bientôt !

 

Plus d'infos, en italien, à lire ICI. 

L'image ci-dessous provient de ce même site.


Et ici, une interview de Liliana Segre. Nommée sénatrice à vie en Italie, elle subit encore aujourd'hui des attaques antisémites, et doit vivre sous protection policière... 






samedi 2 janvier 2021

2021 : VERS PLUS DE BISOUS ?

Et voilà. L'an dernier est derrière nous, et je gage que personne ne le regrettera. Si toutefois vous, et ceux que vous aimez y ont survécu, vous trouverez peut-être matière à sourire dans la liste que je vais établir. Sinon, fermez ce billet tout de suite, ou pardonnez ma légèreté un brin caustique. 

Ce qui a été bien pourri en 2020 :

1) De ne pas avoir eu de masque, au début de la pandémie, autre que celui, artisanal, fabriqué par des petites mains bienveillantes : on étouffait dessous, tout en bénissant la couturière habile qui nous l'avait fourni. Un cas typique de "double contrainte". 

2) D'avoir dû se contenter d'une petite heure de promenade autour de chez soi – hypocrite réaction de flemmarde qui ne marche guère plus le reste de l'année, en temps "normal" – au fait, c'est quoi, normal, déjà ?

3) D'avoir sincèrement applaudi les soignants à 20:00 heures chaque soir, mais en même temps qu'un tas de gens qui ne respectaient pas les gestes barrières le reste de la journée, et qui depuis continuent à s'en taper complètement. 

4) De se voir transformée lentement en clone de Pollux (désolée pour les plus jeunes qui n'ont pas la moindre idée de qui était Pollux, le chien) avant la réouverture des salons de coiffure. 

En pas très gris, tout de même...

5) De ne plus pouvoir embrasser qui que ce soit (et cela continue) et là, je plains vraiment les solitaires, les célibataires, les seuls au monde, etc. 

6)  De se dire qu'on a attrapé le virus à chaque fois qu'on a oublié de se passer du gel sur les mains en sortant de l'ascenseur. 

7) De se sentir transformé(e) en zombie, dépourvu(e) de la moindre créativité, assommée par la grisaille ambiante et la léthargie. 

8) De penser qu'une escapade au marché serait aussi dangereuse que de s'aventurer sur un champ de mines en Syrie. 

9) De constater que tant de personnes ne pouvaient plus travailler, ni donc avoir de revenus, et qui se demandaient (et cela continue) comment finir, non pas le mois, mais la semaine. 

10) De ne plus penser qu'à la façon de se ravitailler, comment se faire livrer, par qui et, pire, comment on perdrait les kilos accumulés en raison de cette obsession, et des contraintes du point n°2. Cela, pour les plus favorisés d'entre nous. 

Mais heu-reu-se-ment :

1) On a fini par tous avoir des masques.

2) On a fini par pouvoir cavaler partout, ou presque, avec une attestation remplie en 5 secondes, grâce à l'application Tous Anti-Covid.

3) On a fini par comprendre les soignants, et par accepter les gestes barrières (et là, on oublie ceux qui se réunissent à plus de 1000 personnes pour une rave party, ceux-là ne figurent pas au nombre des êtres humains dignes de respect). 

4) On a fini par parvenir à se faire couper les cheveux, et on a admiré l'hygiène parfaite de nos salons de coiffure. 

5) On a appris à s'entourer le corps de ses bras en se balançant, pour montrer à sa famille qu'on l'aime toujours très fort. 


Image prise ici

6) On a appris à "gérer" le gel, et à s'écarter des inconnus – ça pourra toujours servir à l'avenir.  

7) No comment. 

8) On est même retournés chez Leroy-Merlin !

9) On a continué à être en sympathie avec eux, vraiment. 

10) On a profité de la pause estivale pour se mettre au régime, et on a perdu les kilos accumulés (ça c'était avant les "fêtes" de fin d'année !)

Et voilà que 2021 est arrivée. Croyons-y : nous allons aller vers du plus beau. Du meilleur. Nous allons oublier les querelles de chapelles qui nous ont divisés, quand le virus aura réintégré la tanière des pangolins, ou cessé de muter, ou se sera  évaporé, épuisé ; ou surtout quand (quand ?) nous serons tous vaccinés, immunisés, rassurés, et que nous pourrons enfin nous faire des câlins, et nous embrasser de toutes les manières possibles. 

Parce qu'il faut bien reconnaître que c'est cela qui nous manque le plus, bien davantage que les fêtes monumentales, le ciné, les restos, les expos, les shows, et les sorties en tout genre : des bisous, je veux des bisous, et c'est tout ! Pas vous ? 

JE VOUS SOUHAITE DONC À TOUS ET À TOUTES UNE ANNÉE 2021 HEUREUSE, ET REMPLIE DE BAISERS... 

Non, pas forcément comme ça... 

Comme ça, peut-être ?

Image prise sur ce site


Cela étant dit, si vous préférez autre chose, je vous le souhaite aussi, de tout cœur. Malgré mon allusion à Pollux, je ne suis pas chienne (mais plutôt chats) !






dimanche 11 octobre 2020

TENUE CORRECTE DE RIGUEUR


Image empruntée sur le site de wikihow


Que signifie cette expression au juste ? 

Dans le temps, on savait très bien à quoi elle renvoyait, quand elle était imprimée sur un bristol qui vous conviait à un événement important, qui rassemblait des gens tout aussi importants ! Pour les messieurs, cela signifiait qu'il leur était demandé de porter une cravate (ou un nœud papillon) et un veston (ou un smoking). Les dames, elles, savaient qu'elles pourraient revêtir la toilette (joli terme !) de leur choix, élégante, et probablement chère. Leurs robes décolletées y seraient les bienvenues. Leurs jambes, voluptueusement enveloppées de bas nylon, aussi. 

(Si cela vous fait penser à un film de James Bond, c'est normal !)


Ailleurs que dans ces salons huppés, on savait qu'il convenait de ne pas exhiber certaines parties de son anatomie. Personne n'aurait eu l'idée de pénétrer en short, épaules dénudées, tête découverte (pour les femmes) dans un lieu de culte. À chaque lieu son code vestimentaire, dont l'apprentissage faisait écho à celui des nuances. 

Quant aux établissements scolaires, les règles y étaient claires jusqu'en 1968, et même au-delà. Une "tenue correcte" a ensuite remplacé les blouses pour les jeunes filles. Blouses que chacune personnalisait à sa façon, histoire (déjà !) d'éviter cette uniformité imposée. 

Mais ça, bien sûr, c'était avant. Avant que les jeans (délavés, déchirés, effrangés, troués, re-brodés, à taille très basse...) et les tee-shirts (moulants, unisexe, explicites, ou sans forme) envahissent la sphère publique ou privée. Avant que les corps se libèrent – une libération bienvenue après des siècles de carcan. J'ai personnellement observé, avec amusement parfois, l'arrivée dans les classes, de toutes sortes de vêtements, et je n'ai jamais eu la tentation de recadrer qui que ce soit à ce sujet. Donc, loin de moi l'idée de regretter le corset, les jupes longues, ni les chapeaux ou perruques qui dissimulaient le corps de femmes ! 

Celles d'entre nous qui se souviennent aussi de l'interdiction de porter des pantalons en classe (sauf les jours de neige ou de grand froid) ou d'y arriver maquillées (ah, ces yeux de biche !) comprendront que je n'ai aucune nostalgie des règlements d'antan. 

J'ajoute que de porter des baskets en toutes circonstances ne me défrise pas le moins du monde, cette norme-là est vraiment libératrice pour celles qui ont les pieds fragiles !


Ailleurs, c'était bien plus contraignant, nous le savons

En revanche, j'avoue être perplexe devant la revendication de ces lycéennes qui se mettent en grève pour contester le règlement intérieur de leur établissement (dont je rappelle qu'il est voté par la communauté éducative et les représentants élus des parents d'élèves, et des élèves), ou qui manifestent contre l'interdiction qui leur est faite par leur établissement scolaire de montrer leur nombril, ou le (ravissant) reste de leur anatomie habituellement recouverts par des vêtements.

Leur argument : "Je suis féministe, j'ai le droit de m'habiller comme je veux, et c'est du sexisme que de m'imposer des règles à ce sujet". 

Largement soutenues par d'authentiques vieilles féministes – à l'instar de Laure Adler, qui revendique du reste l'épithète "vieille" que je viens d'utiliser – et par leurs jeunes parents si branchés, elles accusent les établissements scolaires de discrimination, en gros d'être liberticides et sexistes.

Mes réflexions et questions sont les suivantes :

Les jeunes garçons apprécieront (énormément) les tenues de leurs copines de classe, et ne vont jamais s’en plaindre. Cela aura-t-il pour autant une influence positive sur leur cursus ? Après tout, un lycée, c’est a priori un endroit d’étude, où un minimum (pour ne pas un maximum) de concentration est nécessaire. 

Nul ne peut nier que des adolescents à la sexualité normale seront sensibles (euphémisme !) à ces corps dénudés. Je comprends que l’idée sous-jacente est de leur demander de ne pas l’être, et de savoir respecter ces corps qu’ils verront à longueur de journée. Très bien, souhaitons qu’il en soit ainsi. Mais, sans jouer les Tartuffe, quelqu’un a-t-il pensé à eux ? Renversons un peu la situation, que se passerait-il, s’ils décidaient d’arriver au lycée revêtus de ces braies que les Anglais appelaient des "codpieces", ces braguettes rembourrées qui moulaient de très près leurs "parties" ?  

Célèbre représentation de l'anatomie du roi Henry VIII

Et qui a pensé aux jeunes filles dont le physique ne correspond pas à "la norme", ou qui sont plus timides, ou moins à l’aise dans leur corps ? Comment vivront-elles le fait de ne pas vouloir exhiber leur nombril ? Quelle discrimination sera ainsi induite ? 


Mais surtout, surtout, ce qui me tracasse, c’est la perte de la notion de nuances. La langue elle-même devient uniforme. Personne (ou presque) ne maîtrise plus ses niveaux. Faut-il vraiment s’adresser à tout le monde de la même manière ? Je parle simplement d’adaptation aux circonstances, aux lieux, aux personnes. On ne tape pas (au sens propre comme au figuré) sur l’épaule de celui (ou celle) que l’on ne connaît pas. Dans certaines langues latines, on parle à la troisième personne aux plus âgés. En français, on ne tutoie pas tout le monde. On disait dans le temps : "Nous n’avons pas élevé les cochons ensemble". À savoir, on ne s’adresse pas de la même façon à son pote, à son grand-père, à un médecin ou un professeur, à son député, etc. 


(Merci de lire aussi le féminin derrière tous ces termes génériques, je ne prône nullement le patriarcat)


Même si nous méritons toutes et tous le même respect, la langue française (et d’autres langues) possède de subtiles distinctions, qui permettent précisément d’apprendre ce que sont les nuances, dans tous les domaines. Tout n’est pas fait d’un bloc, sauf pour les révolutionnaires, qui usaient du billot pour un simple vouvoiement. 


Mais peut-être ces considérations sont-elles vaines, au regard de ce qu'écrit Alain Bentolila : "La pénurie de mots est une des causes de la violence adolescente".  Ou, à tout le moins, la cause d'un discours à l'emporte-pièce. 


En effet, qui enseignera à la jeune fille de Boulogne-sur-mer, qui a si bien défendu sa cause sur le plateau de C Politique, que certains mots sont à réserver à la conversation entre copains, et que de dire face aux caméras :  "Ils pensent qu’on veut juste emmerder nos parents" sonne déplacé, surtout sans le fameux geste des "..." qui, en l'occurrence, aurait prouvé sa connaissance des dites nuances ? 


Qui expliquera à des élèves de Terminale, comme je l’ai fait pendant des décennies, que de se rendre à un examen à moitié nue, ou en short (pour les garçons) n’est pas souhaitable, tout simplement parce que cette tenue induit un autre élément, chez l’examinateur, et même l’examinatrice, que celui de l’esprit ?


Et pour finir, alors même que l’on explique très tôt (et à juste titre) aux petites filles que leur corps leur appartient, que personne n’a le droit de le toucher sans leur permission, pourquoi ne pas leur faire comprendre aussi que des codes vestimentaires existent, en société ? 

Enseigner aux garçons le respect du corps des autres, et celui des filles en particulier, est bien sûr très important, mais hélas, le discours et la réalité ne font pas toujours un, alors peut-être faudrait-il introduire, là aussi, des nuances dans ce discours si passionné en faveur de la nudité partielle ? 


Personnellement, j’attends avec impatience les frimas, qui mettront un terme saisonnier à ces débordements charnels. On verra au printemps ce qui en aura survécu, et surtout si les programmes scolaires auront été assimilés par ces bouillants jeunes gens ! 


Et, pour finir, je n’oublie pas de remercier ici ma maman (née en 1920), qui a su m’inculquer la notion de respect des autres et le sens de la tenue, tout en prônant le droit à la totale liberté des femmes de disposer de leur corps, ce qui faisait d’elle une précurseuse en la matière. 


Ce défi-là serait-il devenu impossible à relever ?



* * * * * 



NB. Aurais-je oublié de réfléchir au fait qu’en dévoilant d'autres parties de leur corps, les lycéennes souhaitent peut-être remplacer ce que le masque dissimule de leur visage ? Une hypothèse séduisante, celle-ci !


Et j'espère que l'on me pardonnera l'abondance, dans ce billet, de points d'interrogation.

 


  





lundi 21 septembre 2020

LECTURES D'ÉTÉ

Ce billet est surtout destiné à ceux et celles d'entre vous qui aiment lire en anglais, car les titres que je vais évoquer n'ont pas tous été traduits en français.  

Le plus, pour moi dont les yeux fatiguent sur certaines pages à la typographie ridiculement petite, étant donné qu'ils sont aussi disponibles en version électronique. 

Je commencerai par le plus récent, un roman publié cette année par l'écrivain américain Timothy Jay Smith, FIRE ON THE ISLAND. 




Voilà un roman qui entraîne le lecteur (et même la lectrice) sur de nombreuses pistes, toutes aussi intéressantes les unes que les autres. 

Le lieu, pour commencer : Vorvoulos, une île grecque, toute proche de la Turquie, qui voit arriver sur son rivage – tout comme Lesvos – de nombreux réfugiés fuyant la misère et la guerre, avec les diverses réactions que l'on imagine de la part des insulaires. Mais cet endroit magnifique est aussi décrit avec une précision remarquable, qui vous entraîne sur ses sentiers, son port, vous permet d'en sentir les odeurs, d'en apprécier les couleurs et d'en goûter les saveurs comme si vous y étiez. 

Il y a aussi l'Histoire, et notamment celle des relations difficiles entre la Grèce et la Turquie. Éclairée avec pertinence dans ce roman, sa découverte permet de mieux comprendre les enjeux politiques d'aujourd'hui, et la difficulté que posent certaines relations entre les peuples. 

Ensuite, et surtout, il y a les personnages, attachants et crédibles. Leurs relations, leurs inter-actions, à la fois simples et complexes. Leur présence, leur façon de parler, leur passé, leurs émotions, qui se tissent à la manière d'une fresque, rappelant en filigrane les magnifiques vases qui ont inspiré le poème de Keats : "Ode on a Grecian Urn". On s'éprend du héros principal, Nick Damigos, un agent du FBI, à mesure qu'il se découvre, avec ses forces, mais aussi ses faiblesses et ses blessures... Au passage, et avec une grande délicatesse, l'auteur aborde la difficile question de l'acceptation de la différence (ici, celle de l'homosexualité).  

Et, bien entendu, tout ceci est mis au service d'une intrigue complexe, menée de main de maître, qui vous permet de suivre l'enquête sensible de ce héros, tandis qu'il tente de démasquer celui ou celle qui a intérêt à faire flamber cette île.  

Voilà, j'ai tout dit. On aura compris que je me suis régalée à la lecture de ce roman*, et que je vous conseille vivement de vous l'offrir à la première occasion, ne serait-ce que pour aborder l'automne avec un rayon de soleil grec dans les yeux !


*Voir ici pour son résumé en anglais. 


* * * 


Deuxième coup de cœur de l'été, un roman court, d'un auteur qui me réjouit à tous les coups, John Boyne. 

Son titre ? "My brother's name is Jessica". 



Voilà un livre qui a suscité un énorme lever de bouclier en Angleterre de la part des trans. Il suffit de parcourir les commentaires sur ce site pour se rendre compte que les étoiles uniques y sont plus nombreuses que les autres. Ces notes sont pour la plupart attribuées par des trans eux/elles mêmes. 

Ne faisant pas partie de cette communauté trans-genre, je me permets de donner un avis différent. Précisément parce que je connais mal le problème, et que ce court roman est destiné à un jeune public (mais tellement intéressant pour les adultes aussi), j'ai trouvé son argument très utile pour éclairer ma petite lanterne. 

L'histoire est racontée par Sam Waver, un jeune garçon dont le frère aîné, Jackson,  annonce à sa famille qu'en fait c'est une fille qui vit en lui, à son corps défendant, si je puis dire. 

Les parents étant des personnalités influentes (la mère visant, rien que ça, de devenir Première Ministre du Gouvernement), leur réaction initiale est de nier, de refuser, de batailler, et même de rejeter ce trublion qui est né en leur sein. 

Le petit frère, lui, raconte. Il raconte ce qu'il vit, comment il ressent ce "coming out", comment il réagit, et évolue à mesure que le temps passe. Le ton de ce récit est très juste, à la fois drôle et émouvant, et surtout très authentique. Le maelström que vit la  famille entière est décrit de bout en bout, pour que chacun en comprenne les difficultés. Les quelques coups de griffe assénées au monde politique britannique sont également fort croustillantes. 

Alors oui, peut-être est-ce simpliste. Peut-être est-ce une fable. Peut-être que cela ne prend pas en compte tous les problèmes difficiles que ces personnes ont à affronter. Mais pour ceux et celles qui, comme moi, connaissent mal la question, ce livre court est édifiant. Il met l'accent sur la nécessité essentielle d'être tolérant. 

John Boyne connaît bien l'intolérance. Il l'a fustigée dans plusieurs de ses romans pour adultes - en particulier dans "The Absolutist", que j'ai traduit : "Le Secret de Tristan Sadler" ; mais aussi dans "The Hearts Invisible Furies" ("Les fureurs invisibles du cœur") hilarant ; dans "A History of Loneliness", qui dénonçait avec courage la pédophilie au sein de l'église catholique en Irlande.  

Je considère donc que cet ouvrage efficace est à mettre entre toutes les mains, parce qu'il ouvre la porte vers l'acceptation de ceux et celles qui sont différents, dont les trans, que – je viens de l'apprendre – l'on désigne en anglais, non pas par "he" or "she", mais par le pronom "they", ou "them". À méditer. 

* * * 


Pour clore ce billet, une trilogie remarquable, dont j'ai découvert le tome 3, Devotion,  avant les deux autres : 

"MY DEAR I WANTED TO TELL YOU" , 

de Louisa Young.



Ce tome se passe pendant
la Première Guerre mondiale.

Que faisaient les épouses, en attendant
que les héros reviennent du front ? 
Comment ceux-ci pouvaient-ils
raconter à leur famille 
l'horreur vécue dans les tranchées ? 
Saisissant. 

Un aspect très mal connu est
développé dans ce tome-ci :
le retour des combattants, 
le travail des chirurgiens pour
recomposer les gueules cassées, 
et la détresse de ces héros, parfois 
abandonnés par la société. 

Peu de romans ont abordé avec autant
de clarté la montée du fascisme italien,
et l'aveuglement de certains Juifs
séduits par Mussolini. 

Prenez-les et lisez-les, dans l'ordre ou dans le désordre, vous ne saurez les lâcher. Cette trilogie vous entraîne sur les traces d'un couple apparemment mal assorti, qui va traverser la Première Guerre mondiale, l'entre-deux-guerres, puis la Seconde Guerre mondiale, sans que  jamais leur épopée vous lasse une minute. Bien au contraire : vous découvrirez, grâce à ces romans à l'efficacité redoutable, des aspects méconnus de ces périodes-là. Vous sourirez, vous pleurerez, vous halèterez (si, si), et vous promènerez avec étonnement de Londres à Rome, de l'Angleterre à l'Italie fasciste, de la ville à la campagne, aux côtés de personnages dignes de ceux d'Alexandre Dumas, ou de Pierre Lemaître, pour rester dans ce siècle. 

La plume de Louisa Young est légère et puissante à la fois. Découvrez ces romans, et vous aurez envie de lire tout ce qu'elle a publié. 

Et vous savez quoi, amis de Gratitude ? La bonne nouvelle c'est que deux de ces romans ont été traduits en français (Je voulais te dire & Ravages), et que vous les trouverez partout sans problème, et même en format poche !


Traduit en français par 
Françoise Jaouën




Bonne découverte à vous, continuez à prendre soin de vous, et n'oubliez pas : le virus de la lecture est totalement inoffensif, voire bénéfique !