En vol

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vendredi 29 juillet 2011

C’EST LE PIED !

Vous avez beau vouloir tout prendre du bon côté, il y a des jours où c’est plus dur que d’autres. Quand, par exemple, vous avez fait la queue au supermarché pendant si longtemps que, logiquement, ils auraient dû activer leur « ligne bleue » et ouvrir dix caisses de plus – mais non, ils n’en ont rien fait, et vous avez eu tout le temps de téléphoner à droite et à gauche, de vous endormir sur le chariot, et même de pester après la caissière - la pauvre, elle n’y est vraiment pour rien si la mémé, trois personnes avant vous, a du mal à écrire son chèque et a oublié sa pièce d’identité…

Et quand enfin, paf, c’est à vous de tout placer sur le tapis roulant, c’est juste à ce moment-là que vous vous apercevez que l’ingrédient essentiel à votre recette de demain soir manque à l’appel. Pas moyen de vous échapper, c’est trop tard, ça bloque derrière, ça accélère devant, c’est irrattrapable, faudra juste changer de menu, ou annuler l’invitation.

Ou alors, quand vous aviez fait le ménage à fond dans la cuisine, et que le plombier (que vous attendiez depuis trois jours) est venu déboucher l’évier, et qu’il a tout « pastissé » (il y a de la graisse noire de partout, des éclaboussures jusqu’au plafond, et même s’il vous a dit « Vous inquiétez pas ma petite dame, je vais tout bien nettoyer avant de partir » -, vous savez qu’il vous faudra la journée pour tout récurer), cela vous plombe le moral, non ?

Et quand (je me demande si ça vous arrive à vous aussi) vous avez … Non, là je m’arrête, je suis persuadée que vous avez vécu tout cela, voire pire, et que vous avez râlé comme moi, en vous demandant ce qui pourrait bien vous remettre le moral en place, et des idées roses dans le cerveau.

Alors, moi, j’ai la chance extraordinaire d’avoir une amie qui sait masser les pieds.

Elle est adorable, car elle prétend avoir besoin de cobayes pour s’entraîner, et il paraît que je suis un bon cobaye. Ne me demandez pas pourquoi, ni quelle est la nature de la peau de mes pieds, je pense plutôt que son sens de l’amitié est en cause. Toujours est-il que les heures (si, si) qu’elle passe à me faire un massage thaïlandais des pieds a un effet quasi-instantané sur mes neurones, ma thyroïde, mon thymus, ou mon hypophyse, car cela me met dans un hyper-état de grâce qui me fait oublier pour toujours les mésaventures de la journée, et même ne pas envisager une seconde celles des années à venir.

Le plus extraordinaire, c’est que tout en s’occupant avec un professionnalisme extrême de mes extrémités, elle est capable de me raconter des merveilles, des anecdotes exceptionnelles, de ces choses qui m’inspireraient des romans si, embrumée de détente, je n’étais moi, incapable de les noter, et encore plus de les mémoriser.

Tant pis. Tout ce que j’en retiens, c’est que je passe plus volontiers par les épisodes désagréables du quotidien, en sachant que, de temps à autre, ma sauveuse aux mains d’or saura les éradiquer de mon système, me faire la peau douce, et me remettre sur pied… jusqu’à ma prochaine visite au supermarché !

***

Dans un autre registre, voilà que me revient ce poème sombre, appris au lycée il y a fort longtemps, que mes amis hispanistes reconnaîtront. Son auteur, Gabriela Mistral, obtint le Prix Nobel de Littérature en 1945.


PIECECITOS DE NIÑO

Piececitos de niño,

azulosos de frío,

¡cómo os ven y no os cubren,

Dios mío!

¡Piececitos heridos

por los guijarros todos,

ultrajados de nieves

y lodos!

El hombre ciego ignora

que por donde pasáis,

una flor de luz viva

dejáis;

que allí donde ponéis

la plantita sangrante,

el nardo nace más

fragante.

Sed, puesto que marcháis

por los caminos rectos,

heroicos como sois

perfectos.

Piececitos de niño,

dos joyitas sufrientes,

¡cómo pasan sin veros

las gentes!

samedi 23 juillet 2011

EUGÈNE FIDLER


Je porte le même nom que lui, forcément c’est mon père ! Je suis donc, ainsi que l'écrirait Véronique Moraldi, la fille de son père !

Mon père donc, Eugène Fidler était peintre, un excellent peintre. Un céramiste de talent. Un artiste plein de fantaisie, d’humour, mais aussi chargé des angoisses de son histoire, de son passé. Comme le sont tous les artistes, je crois. Mais il a bien vécu, et beaucoup produit tout au long de sa vie de saltimbanque, qui s’est achevée il y a déjà vingt-et-un ans.

Il a laissé une belle collection de collages, de dessins, de gravures et d’aquarelles, ainsi que quelques superbes céramiques.

Les gardiennes de son œuvre, ma demi-sœur et sa mère, continuent de la diffuser sans relâche. D’où cette exposition qui aura lieu très bientôt au Château de la Nerthe, à Châteauneuf-du-Pape, dans le Vaucluse, en illustre compagnie. (Du 29 juillet au 21 août)

Si vous vous promenez en Provence, ne la manquez pas, et si vous souhaitez en découvrir plus sur Eugène Fidler, voyez la page de wikipedia que je lui ai consacrée : Ma façon à moi de le faire connaître, à l'aide de mots, par le plus grand nombre, car je lui dois aussi l'amour de la langue française, et celui de la lecture.

(Mais pourquoi le français n'a-t-il pas un équivalent aussi bref et percutant que l'apostrophe "Enjoy!" ? )




jeudi 21 juillet 2011

Le B.A BA d’une berceuse ancienne


Nous avons tous nos petites madeleines et nos berceuses favorites. Certaines sont si connues que chacun peut les fredonner, et un chœur se constituera vite autour de celui ou celle qui l’entonnera. Essayez, avec « Fais dodo, Colas mon p’tit frère » ou bien avec « Une chanson douce… » - et vous verrez les plus endurcis se radoucir en se remémorant leur enfance au son de ces petites notes.
Pour d’autres qui ont grandi ailleurs qu’en France, ou entendu une autre langue dans leur petite enfance, seule en reste une mélodie, quasi-oubliée, et la douceur de la voix qui la chantait pour faire oublier un gros chagrin, ou les endormir calmement.
Une langue est morte avec la dernière guerre, ou presque. C’est le yiddish que parlaient plusieurs de mes ancêtres, même s’ils s’en défendaient car la langue noble, celle qui permettrait une ascension sociale, c’était celle du pays natal. Le russe, le polonais, le roumain, et bien entendu l’allemand ou le français.
Dans leur vie quotidienne, point de yiddish une fois amorcé le dur voyage vers la réussite. Éradiquée la « mameloschen », la langue maternelle, disparue avec ses écrivains, ses théâtres, sa poésie, et ses variations musicales.
Mais, depuis quelque temps la nostalgie prend certains aux tripes, surtout s’ils ont entendu cette langue dans leur enfance. Ils souhaitent continuer à la pratiquer, et même commencer à la réapprendre. Ce n’est pas vraiment mon cas, mais j’admire ces tentatives, car ainsi que le prône le linguiste Claude Hagège, il faut d’urgence empêcher les langues moribondes de mourir pour de bon.
Il y a quelque temps, lors d’une fête, j’ai surpris une voix merveilleuse chanter une de ces berceuses dont je savais que ma maman l’avait entendue quand elle était toute petite.
Je l’avais entendue fredonner cet air, maladroitement – en me demandant si des paroles l’avaient un jour accompagné. Elle ne semblait pas les connaître.
Et puis, miracle, l’amie qui chantait si bien cette même berceuse en connaissait aussi les paroles, et même leur traduction. Elle les a transcrits, et me les a donnés.
J’ai donc montré cette feuille à ma maman, et elle a pu ainsi mettre des mots sur cette musique si familière, qui a traversé en douce le siècle dernier, et un bout de celui-ci. Elle a repris à son tour les mots de cette langue oubliée, et perçu à nouveau la présence de celui qui la lui chantait, il y a si longtemps, avec tant d’amour et de tendresse. Son père, mon grand-père.
« C’est du yiddish, pas de l’allemand ! » s’est-elle exclamé, avec un brin de surprise.
Eh oui.
Alors pour partager cette belle émotion, et en remerciant Lucienne de sa gentillesse, je vous en transcris la traduction, et vous donne le lien qui vous permettra d’en écouter une version ici.
Ce n’est pas du blues, mais je vous garantis que cela le donne très fort à ceux et celles d’entre nous qui n’oublient pas qu’ils sont issus de cette culture riche, forte, aux racines desquelles ils continuent à puiser, pour aller de l’avant.
Voici donc les paroles et la traduction de cette chanson qui met l’accent sur l’apprentissage essentiel, celui de la lecture et de l’écriture à des tout petits, et la joie qu’on en retire. Ainsi a pu perdurer la culture du Peuple du Livre, et tout ignorante que je sois de l’hébreu comme du yiddish, et de la Torah, je partage sa jubilation face aux lettres de l’alphabet.

OYFN PRIPETSHIK

Oyfn pripetshik brent a fayerl,
un in shtib is heys,
un der rebe lernt kleyne kinderlakh
dem Alef-beyz.
Zet she kinderlakh,
gedenkt zhe tayre, vos ir lernt do,
zogt zhe nokh a mol, un take nokh a mol:
komets-Alef - O!
Lernt kinderlakh, lernt mit froyde,
lernt dem alef-beyz.
Gliklekh is der yid, vos kent die toyre
un dos Alef-beyz.

Dans le poêle le feu brûle,
Et il fait chaud dans la pièce,
Et le Rabbin apprend aux petits enfants
L'alphabet.
Regardez bien les enfants
Souvenez vous, mes chéris, de ce que vous apprenez.
Dites le encore une fois, et vraiment une fois encore:
Komets-Alef - O
Apprenez mes enfants, apprenez dans la joie,
Apprenez l'alphabet.
Heureux est le Juif, qui connait la Torah
Et l'alphabet.

mardi 19 juillet 2011

Giverny again!

Check this here, for more details about a moving experience in Normandy. Scroll back to the details concerning my unexpected find in Monet's village. Something to write home and one's friends about.
Enjoy the summer, even if for some of you it is wintertime - like in N.Z!

mardi 12 juillet 2011

ALAIN ZYZECK et LE TEMPS, LE TEMPS, LE TEMPS ET RIEN D’AUTRE…

ALAIN ZYZECK EXPOSERA SES TRAVAUX

DU LUNDI 8 AU DIMANCHE 14 AOÛT 2011

À l’office du tourisme

PALAIS DES FESTIVALS DE CANNES

Tous les jours de 9 heures à 20 heures

L’été rend – me rend – paresseuse. Une fois encore, je pioche dans ma boîte à textes pour en ressortir celui-ci, écrit l’an dernier, afin de vous convaincre de ne surtout pas rater la prochaine exposition d’Alain Zyzeck. Cela également, pour ne pas me faire accuser de publier trop tard l’information !

Alors, notez les dates sur vos tablettes électroniques, et si vous êtes dans la région, ne craignez pas d’affronter les foules cannoises, oubliez la plage, et précipitez-vous pour admirer le travail inhabituel et saisissant de cet artiste qui recycle les horloges, et défie le temps qui passe. Merci à lui.

******

Alain Zyzeck a exposé en août dernier à l’office du tourisme du Palais des Festivals. C’est un endroit de passage, où passent, justement, des centaines de touristes et de visiteurs, tous les jours de l’été. Ils sont avides de loisirs, comme affamés de sensations nouvelles, et pénètrent dans ce lieu qui jouxte le temple du cinéma avec une sorte d’excitation curieuse.

Au fond de cet espace public il y en a un autre, presque caché, un rectangle préservé, où Alain Zyzeck a disposé ses œuvres. Ceux qui poussent jusque-là sont quasiment scotchés sur place. Car le travail d’Alain Zyzeck appelle l’immobilité, et la suscite.

C’est une facilité que de dire que le temps s’arrête devant ces sculptures faites de montres, de bouts d’horloge, de mécanismes de précision, de métal et de plastique, de bric et de broc. C’en est une autre de dire que les aiguilles du temps marquent toutes la même heure, celle de notre fascination pour cet imaginaire en marche, faussement statique.

Tant pis, on fera dans le cliché, en passant d’une émotion à l’autre :

Il y a de la jubilation chez ce couple rondouillard qui nous regarde en souriant, et on la partage. L’énorme poitrine du mannequin recouvert de tocantes nous accueille : Protectrice comme une mère juive, et tout aussi imposante, on la contourne ! Plus loin, à peine plus loin en termes de temps, face à un mur des lamentations, de petits personnages au corps de lame courbe sont figés comme autant de larmes de métal. On soupire, et l’on arrête de respirer devant le tableau en trois dimensions, qui évoque les camps, oh, très délicatement, très subtilement, sous forme de rectangles gravés de signes que l’initié sait décrypter. On chantonne devant les partitions dont les notes s’accordent avec des rouages de carillon, quoi de plus approprié ici que l’évocation de la musique, on oublie trop souvent qu’elle naît sous le métronome. On a le cœur qui bat, car ces tableaux et sculptures résonnent en nous.

Il y a aussi, lancinante, cette envie de poser des questions, au lieu de se contenter d’absorber ces déclinaisons ; de compter, au lieu de prendre le temps de se poser devant celui qui est figé.

Et puis, il y a cette petite intuition, qui nous prend au cœur : et si, et si, par hasard, en passant, Alain Zyzeck avait envie de nous dire, comme ça, sans en avoir l’air, qu’il vaut mieux contempler des aiguilles arrêtées au cadran de la montre en un moment d’émotion artistique intense, plutôt que de le perdre, son temps. Par exemple, en courant derrière, ou en pleurant sur celui qui ne se rattrape pas - à quoi bon ?

On ne le lui demande rien de tout cela, on prend juste plaisir à bavarder avec cet artiste si vivant, si enthousiaste, si modeste, et si généreux, qui ne souhaite rien d’autre que donner au spectateur le sien, de temps, et partager avec chacun ces émotions fugaces.

Pour en savoir plus cliquez ici


























vendredi 8 juillet 2011

POUR LES DEMANDEURS DU MODE D’EMPLOI

.... de LA RETRICOTEUSE

Un court message, et une info capitale à l’intention ceux et celles qui me demandent amicalement, et avec insistance : « Alors ton bouquin, on fait comment pour se le procurer ? »

Alors, si vous êtes aussi motivé(e)s et pressé(e)s que je le suis souvent, et que vous voulez acheter LA RETRICOTEUSE avant qu’on ne la voie partout en librairie (dans mes rêves ? Non, dans quelque temps seulement !), eh bien, il vous faudra vous rendre ici : afin de commander le livre sur le site de l’éditeur.

Bon shopping !