En vol

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mercredi 19 février 2014

MAUVAIS GENRE ?






Le 8 mars prochain sera à nouveau le jour de la journée de la femme.

Voilà un bel exemple de juxtaposition des genres. Il fallait les deux termes pour expliciter ce que sera cette date. Essayez d’en enlever un, et vous verrez, ce sera bancal. Nous savons tous, et j’enfonce une porte ouverte, là, que c’est l’union qui fait la force, et que plus on est de fous plus on rit.

Trêve de balivernes, l’heure est grave. Depuis quelque temps, il est question de remettre en cause ce pour quoi nous avons passé, femmes et hommes ensemble, beaucoup d’années à nous battre. À savoir, qu’on nous fiche la paix, à nous autres, les femmes, et que l’État, qui avait pris le relais des institutions moralisatrices diverses, cesse de décider à notre place ce qui est bon pour nous.

Nous avons remporté quelques batailles, grâce à des personnes (aucun genre n’est nécessaire pour qualifier les grandes et honorables de cette espèce) comme Simone Veil.
Nous avons obtenu beaucoup dans le domaine de l’égalité des droits. Certes, tout n’est pas encore parfait, mais que de progrès depuis l’année (1965 !)  où nous avons pu ouvrir toutes seules un compte en banque !
Voir ici pour les dates clefs de cette longue histoire. 

Mais voilà que le pendule repart dans l’autre sens. On nous parle de « genre », en important cette bataille-là des pays anglophones, et on réintroduit en France la notion, inutile, de guerre des sexes.

J’ai travaillé l’an dernier à une conférence sur le thème de la littérature de langue anglaise au féminin. Un de mes postulats étant qu’il n’existe pas de littérature « féminine » ou « masculine », rien que de la bonne ou de la mauvaise littérature. Et ceci, bien entendu, reste également à définir. Mais si je mentionne ces termes aujourd’hui, c’est pour insister sur le fait que tous les domaines appartiennent à tous.

Évident, me direz-vous ? Eh bien, dans ce cas, pourquoi donc empêcher  d’enseigner cette idée à l’école, en y prônant l'égalité des droits ? Ah, voilà qui doit poser un problème majeur, pour que l’on agite sous notre nez l’idée de l’intrusion des enseignants dans le milieu familial, en même temps que celle de la censure de certains ouvrages.

Alors là, il me vient très fort l’idée de remercier Aloïs Alzheimer, qui, dans sa bienveillance, a frappé la mémoire de certains de nos hommes (si, si) politiques. Je préfère dire cela que de les traiter d’incompétents.
En effet, ils ont certainement la mémoire qui s’efface à mesure que le temps passe, et cela ne peut être que pathologique.

Faisons un petit rappel :

Pas si loin de nous, dans les années 50, on faisait vendre par les enfants des écoles primaires des timbres très joliment illustrés. La récolte de cet argent permettrait d’aider à la lutte contre la tuberculose, qui sévissait encore dans les familles, et qui était propagée par le contact direct. L'école entrait ainsi dans la sphère privée. Voir ici. 



En parallèle, une campagne de lutte contre l’alcoolisme prenait la même forme. C’étaient également les enfants qui vendaient ces vignettes, et qui faisaient ainsi la morale dans leur famille, à l’instigation de leur maître (ou maîtresse) d’école.



Mieux (ou pire ?) encore, les maîtres enfonçaient le clou avec force exercices, et l’aval absolu de tous, sauf peut-être, des cafetiers :

«Composition : Pierre Mathieu, qui est maçon, a la mauvaise habitude de passer une partie du lundi au cabaret. Hier, il est allé travailler la tête lourde et la vue trouble. Il est tombé de son échafaudage et on l’a transporté mourant chez lui. 

Plan. 
1. Pierre Mathieu : ouvrier rangé. – Son défaut : le cabaret. 
2. Tempête : cheminée, réparation. – C’est lundi ! 
3. Pierre au travail : manque d’adresse, tête lourde, vue trouble. – Le vide ! 
4. Malheureuse femme ! – Malheureux enfants ! – Réflexions ».
«  Calcul : 
1. En 1897, la France a consommé 1 772 000 hectolitres d’alcool pur. Cherchez quelle longueur il faudrait donner à un canal de 2 mètres 50 de profondeur et 4 mètres 20 de large pour contenir cet alcool ? 
2. Un ouvrier boit, en moyenne, 2 petits verres à 10 centimes par jour, mais le dimanche il double cette dépense. Cherchez quelle somme il aura dépensé : 1. en 1 an ; 2. en 37 ans ? »



On aura deviné à quoi je veux en venir aujourd’hui, non ?  


Il est flagrant que notre époque reproduit, sous une forme à peine différente, les écarts et inégalités qui existaient à celle des Hussards de la République. Nombre de jeunes enfants  sont ignorants des principes de base, et vivent dans des conditions qui ne sont guère meilleures que celles des petits paysans de ce temps-là. Pire, ils ont fréquemment une cellule familiale éclatée, voire inexistante.

La différence majeure tient peut-être au fait que, dans le temps, l’école et ses maîtres inspiraient le respect, alors que des années de critique systématique (et de paupérisation) ont rendu la parole de nos professeurs des écoles bien plus fragile.
Pourtant, ce sont eux qui ont la charge d’enseigner aux enfants comment écouter et, bien sûr, s’exprimer.   

 En effet, les psychologues mettent l’accent sur le fait que très souvent, les parents ne « parlent » pas vraiment à leurs enfants. Ils ne leur demandent pas de s’expliquer, de reformuler (!) lorsque leur message est inintelligible. Le résultat : une communication bancale, qui laisse volontiers la place à la violence. Là où le verbe fait défaut, le poing n’est pas loin.

Mais ceux qui mettent si fort l’accent sur le rôle de la famille sont souvent ceux qui savent parler, et même à la télé, pour défendre leurs idées.
Très curieusement, ces parents qui s’insurgent contre le fait que l’école puisse suppléer aux manques des familles sont également les mêmes qui, il n’y a pas dix ans, réclamaient le retour des leçons de morale à l’école. Je parie qu’ils souhaitent même renvoyer toutes les femmes à leur cuisine, même si certaines de leurs égéries ne se privent pas de briguer des postes politiquement corrects.
Morale, quand tu nous tiens...



Alors, où est la logique dans tout ça ?

Il n’y en a pas ? Ah bon, me voilà rassurée. Et persuadée que nous devons continuer à affirmer tranquillement les droits de l’homme.

Pour ce qui est de ceux de la femme, je vous propose un rendez-vous culturel à Antibes, le 8 mars prochain, à la médiathèque Albert Camus, où se tiendront des débats, des rencontres avec des femmes auteur(e)s ; et des échanges en tous genres. Promis, ils ne seront pas du genre mauvais !

Ci-dessous le détail de cette journée, et de celles qui la précédent.




Bienvenue à tous et à toutes !

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P.S. Cet article explique bien comment la situation a été retournée, et déformée. 

Image d'ouverture prise sur ce site.

1 commentaire:

  1. Merci Cathy de rafraîchir la mémoire partiellement défaillante de certains... Un grand bravo ...Mais inquiétant tout ça !
    Georgette

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