En deuil

En deuil

lundi 25 janvier 2016

CLINIQUEMENT VIVANTE.


Si vous regardez en vitesse ce ciel-là, vous manquerez l’essentiel. Agrandissez-le, et vous y verrez, non pas un goéland, cette fois, mais un cerf-volant. L’objet volant ainsi identifié est rare dans le ciel niçois. L’espace y manque, et sans doute aussi la brise adéquate pour en gonfler le corps. Mais celui-ci trace sa trajectoire au-dessus de la plage de galets et, le temps d’un feu rouge, j’en ai volé l’image depuis la vitre baissée de ma voiture.
Vision colorée, joyeuse, qui me rappelle que je suis vivante.
La semaine dernière, j’ai subi une très petite intervention, dénuée de la moindre gravité, et dont le résultat est parfait. Comme toute patiente, avant de vivre cet épisode hospitalier, j’ai ressenti un petit pincement d’inquiétude. Mais je me suis vite remise dans la peau de l’observatrice incorrigible que je suis, en pensant à ce que j’en ferais, une fois revenue à la vie "normale" !

Alors voilà : je suis allongée sur un chariot, dans une espèce d’antichambre, devant la porte qui mène au bloc. Premier sourire, intérieur (car je suis quand même un brin vaseuse) : je me trouve être en seconde place dans une file de chariots identiques. Bientôt un autre arrivera derrière moi. J’ai l’impression d’être à Carrefour, et qu’une employée en uniforme va soudain nous crier : "C’est à vous. Caisses numéro 33 et 35, avancez !"

Mais non, en fait d’uniforme, je ne vois arriver que celui de l’anesthésiste en blouse blanche. Il se penche tout à tour sur chacun d’entre nous, et pose les mêmes questions à tous, sans souci de discrétion. J’oublie : il se présente, mais marmonne son nom si bas, que je me dis qu’il préfère rester anonyme. En revanche, ça y est, je sais tout du monsieur qui me précède.

L’attente est assez longue, dans ce sas qui serait silencieux sans les conversations téléphoniques de tel ou tel aide-soignant. Ce coup-ci, je me crois dans un épisode de la série "Urgences", que j’ai regardée jadis avec amusement. La vie normale, privée, envahit cet espace professionnel. Il est question de régler d’urgence (c’est approprié) un problème de bris de pare-brise, d’assurance, et d’immobilisation d’un véhicule qui empêchera son propriétaire de se rendre à un rendez-vous important… de type sentimental, ainsi que l’appel suivant me le fait comprendre. 

Bref, cela m’occupe en attendant que mon tour arrive.  Au fait, je dois à mes quelques notions de sophrologie la disparition quasi immédiate de la pointe d’inquiétude qui me pique au moment où le pousseur de chariot me propulse dans l’enceinte du bloc. Mobilisez une "image refuge", et hop, tout devient bleu. J’vous le jure !

Bref, roule bouboule, me voilà dedans. Mon médecin est très occupé lui aussi, au téléphone (mais lui, pour une bonne cause médicale, je crois comprendre). Il ne me reconnaît pas sous ma petite charlotte si élégante, et demande mon nom à son collègue, qui le lui annonce, tout en déambulant dans la salle, accroché à son portable. Si je n’étais pas aussi ramollie, je rigolerais très fort. Encore une fois, j’ai envie de les interpeler d'un "hou-hou, j'existe !" mais je patiente, je suis là pour ça.

Je passe sur les détails de mon raccordement par des espèces de contacteurs à un système qui ne me dit rien qui vaille. Vu que je suis en position allongée, cela n’est sans doute pas un prélude à la chaise électrique. L’anesthésiste me prépare avec la délicatesse d’un bulldozer, et le sourire de Mr Hyde. Bon, de toute façon, dans deux minutes je serai out, alors ils peuvent bien me faire ce qu’ils veulent. Le temps de contempler à nouveau ma belle  image refuge, je suis effectivement hors service, et avant même de me rendre compte que je suis réveillée, je me trouve véhiculée vers ma chambrette par un gentil employé qui a, cette fois, lâché son portable.

C’est presque fini. Je suis reprise en main par des infirmières adorables, et soutenue par la présence affectueuse de mon accompagnatrice. Bientôt je serai sortie, rassurée par mon médecin, redevenu très disponible. 

Surprise : au moment de me rhabiller, je découvre, incrusté sur ma poitrine, ce joli bouton-pression. 



Son petit frère, c’est le soir au moment de faire ma toilette que je le décollerai de ma peau. Cadeaux-souvenirs de l'institution ? 
(Aux petits facétieux parmi vous, je précise que ce n'est pas un mamelon supplémentaire qu'on m'aurait greffé ;)

Mais ouf. Je suis en vie, tout va bien, chers amis de Gratitude, et à nouveau capable de regarder vers l’extérieur, pour admirer,  le matin cela…



Et le soir ceci...




Avec de fortes pensées positives pour ceux et celles qui sont affligés de maux bien plus sérieux que ces bricoles. Ils n'ont sans doute pas le cœur à rire de leur vécu médical. Courage à eux tous. 







5 commentaires:

  1. Désolé d'apprendre de votre dernier « aventure » Catherine.

    À votre bonne santé, un ciel bleu, un soleil chaud, une douce brise et avec un cerf-volant, comme la famille Banks ('Mary Poppins'):
    Laissons-le s'envoler
    "Let's Go Fly a Kite!"

    (Une chanson heureuse)

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  2. Tu nous as flanqué une belle trouille. Refoua chelema.
    Albert

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  3. Génial et bien vu comme d'habitude ...BISES
    GEORGETTE

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  4. Je lis ton blog avec beaucoup de retard, mais j'étais au courant des faits racontés... La pensée positive est effectivement essentielle pour venir à bout des craintes, petites ou grandes, que la vie nous inflige. Ta façon de raconter cette expérience devrait donner à tous ceux qui te lisent, moi y compris, le courage d'affronter les difficultés avec le sourire. Merci !

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  5. Voilà une autre sorte d'oiseau que j'ai vu dans le ciel niçois http://vudubalcon.blogspot.fr/2015/10/nuage-40.html. Au plaisir de vous lire. Bien cordialement

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