Palissade

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mardi 3 mai 2016

AU SECOURS, JE SUIS VIEILLE !



J’écoutais tranquillement la radio dans ma cuisine, comme tant d'autres le font en préparant un repas, sans me demander quel était l’âge du capitaine, ni où était le sourire de la crémière, quand soudain le navire a chaviré. 

lundi 25 avril 2016

SUSPECTER OU SOUPÇONNER ?

            
Illustration de Philippe Geluck
 (prise sur ce site)


D’ordinaire, les anglicismes ne me dérangent pas autant qu’ils le devraient. Sûrement parce que cela m’amuse de découvrir, cachés derrière leur allure branchée, l’origine secrète de mots qui me sont familiers… en version originale – et de me moquer, en douce, de ceux et celles qui pensent être à la pointe du progrès en les détournant façon djeun’.

Ainsi, j’ai longtemps relevé l’utilisation du mot « juste » – je parle de cet adjectif transformé en adverbe, comme dans « C’est juste pas possible ! », un anglicisme flagrant, ainsi que le Robert le spécifie…  justement, ou avec justesse.

Je suis juste fatiguée d’être aussi tatillonne, me disais-je, en donnant à ce terme son sens autorisé de « seulement ».  Avec le temps, pourtant, on s’use à de telles observations, jusqu’au jour où l’on se surprend à commettre soi-même l'erreur honnie, ce qui m’a amenée à écrire ce petit billet souriant, que j'aurais aussi pu intituler « Juste vintage » !

jeudi 7 avril 2016

UN SOIR À SANARY, de Michèle Kahn.


Michèle Kahn écrit comme certaines étoiles dansent. Avec élégance et légèreté, mais aussi avec une technique d’acier. La lecture de ses récits procure une satisfaction identique à celle que l’on ressent devant un travail achevé : on devine les heures passées à la barre – enfin, à sa table –, le souci de chaque détail, de chaque envolée, de chaque pause, mais on n’y pense guère, à mesure que se déroule le fil de son ballet littéraire.

Son dernier livre, UN SOIR À SANARY, est un pas de deux solitaire. Le héros, Max Hoka, un critique d’art allemand devenu indésirable dans son pays, écrit à une jeune protégée, peintre en devenir, qui réside encore dans le Var, à Sanary-sur-Mer, où lui-même a vécu. Le surnom de Gryllon que Max lui donne est une allusion explicitée à Hieronymus Bosch, dont les créatures fantastiques inspirèrent tant de peintres. 


Affiche de l'exposition qui se tient à Bois-le-Duc,
aux Pays-Bas, du 13 février au 8 mai 2016. 


Quant à Sanary, ce petit port de pêche fut surnommé « Montparnasse-sur-Mer », si nombreux furent les artistes qui s’y installèrent, avant et pendant la guerre. 

Rédigée entre le 8 mai 1945 et le 8 mai 1946, cette correspondance à sens unique sert de prétexte à retracer l’histoire des épreuves douloureuses subies par ces intellectuels et artistes allemands réfugiés en France – à Sanary, précisément –, à mesure que se resserrait autour d’eux l’étau nazi. Grâce à ce subterfuge littéraire, Michèle Kahn nous déroule une belle histoire des arts, tout en mettant en lumière les parcours personnels de nombreux artistes et intellectuels, juifs et non-juifs. Sont évoqués (entre autres) les écrivains Lion Feuchtwanger et Thomas Mann, ou les peintres Max Ernst et Moïse Kisling, dont un tableau coloré, on l'a vu, orne la première de couverture de ce roman.


Plus personnel : en souvenir ému 
de mon grand-père et de mon oncle 
qui y furent ses compagnons d'infortune, 
aux Milles, et jusque dans le fameux "Train fantôme"

Nombre d’entre ces « étrangers indésirables » se retrouvèrent enfermés dans les camps du sud de la France, Les Milles, ou Saint-Nicolas, tandis que les femmes, elles, furent détenues au camp de Gurs, dans les Pyrénées Orientales. Les passages qui décrivent ces lieux infects, solidement documentés, sont criants de vérité.

En guise de décor, mais central à son désir d’honorer les Justes, Michèle Kahn a choisi le village montagnard de Beuil, dans les Alpes-Maritimes, où le héros et son épouse, Rosa, se sont repliés après avoir fui Nice. L’auteure de La clandestine du voyage de Bougainville ne résiste pas au plaisir d’en décrire la flore montagnarde, et ses parfums, autant que la faune humaine qui s’y installa, un temps.


Les plaques que l'on peut voir à Beuil

Ce village a, de fait, servi de refuge à une centaine de Juifs entre 1943 et 1944. Aucune arrestation n’y a eu lieu, grâce à une vigilance identique à celle qui fut déployée par les habitants d’un autre village de la région, Saint-Léger. Signaux optiques lancés à l’aide de draps étendus de telle ou telle façon, silence collectif, entre-aide sous forme de troc, enfants cachés dans la forêt à la moindre alerte… autant d’actes modestes d’héroïsme ordinaire que Michèle Kahn a eu à cœur de rappeler. La petite Mimi qui y fut sauvée, ainsi que ses parents, n’a pas oublié : elle rend ici un bel hommage à ces inconnus, autant qu’aux artistes pourchassés.

Nul doute que les lecteurs d’aujourd’hui prendront grand plaisir à découvrir les variations originales de ce roman et que, tout comme au spectacle, il leur prendra l’envie d’applaudir très fort la ballerine en le refermant.



Un soir à Sanary, de Michèle Kahn
Éditions LEPASSAGE (2016)  
ISBN 978-2-84742-330-3 
19 €

Sortie le 7 avril 2016.

dimanche 27 mars 2016

HOMMAGE AUX JUSTES ESPAGNOLS

Le mercredi 23 mars 2016 à 15h00, dans ses locaux de la Maison du Judaïsme Elie WIESEL, à Nice, le Service Passerelles du Fonds Social Juif Unifié, nous a conviés à écouter le récit des actions effectuées par plusieurs diplomates espagnols qui durant la seconde guerre mondiale.
Au péril de leur vie, ceux-ci ont sauvé des milliers de Juifs menacés d’extermination par l’Allemagne nazie.

Tout d'abord nous ont été présentés, par Mme Esther Bendahan – directrice du programme culturel et de la programmation –  le travail et le rôle du "Centro séfarad Israel" de Madrid. Cette institution publique espagnole dépend du ministère des affaires étrangères, de la mairie de Madrid, et de la communauté autonome de Madrid. Son but est d'établir des ponts entre l'Espagne et le monde juif, et de mieux faire connaître l'histoire et l'héritage de la communauté séfarade. 

Ensuite, il nous a été possible d’entendre M. Fernando VARA DE REY – directeur des relations avec les institutions et directeur de la communication de ce même centre  – évoquer, lors de cette rencontre, l’action et le destin de ces « Schindler » espagnols. 

Puis, M. Isaac REVAH nous a fait part de sa propre expérience. Juif séfarade*, il a été libéré de Bergen-Belsen grâce aux démarches de Sebastián de ROMERO RADIGALES, Consul Général d'Espagne à Athènes.

Voilà l’essentiel en quelques mots. Mais ils ne suffisent pas à éclairer une zone qui était, en ce qui me concerne, de l’ordre de l’ombre, que dis-je, des ténèbres. Que des diplomates en fonction dans l’Espagne franquiste aient pu se démener, en affrontant leur hiérarchie, pour sauver des Juifs des griffes nazies, cela relève de la science-fiction sinon du conte de fées !

lundi 7 mars 2016

AU SECOURS DES MIGRANTS.

©Image prise sur le site de Michael Honegger,
photographe : portfolio "HUMAN TIDE"
avec son aimable autorisation. 


Ce billet a pour but de mettre en lumière ce que l’on ne vous dit pas toujours sur les migrants, ni sur ceux qui vont à leur rescousse.
En ces temps de violence mondiale, nous sommes tous contaminés par la peur. Celle-ci nous amène à nous replier sur nous-mêmes, à rejeter l’inconnu, et surtout les inconnus. Heureusement, ce n’est pas le cas de tous, et je souhaite aujourd’hui mettre un coup de projecteur sur le travail humain que fournissent deux Niçois d’adoption – les Américains TimothyJay-Smith, écrivain, et son compagnon Michael Honegger, photographe –, en Grèce, et en particulier sur l’île de Lesvos.
Pour y remédier – et avec son accord – je me suis appuyée sur des passages du site de Tim, rédigés en anglais, et je les ai traduits à votre intention. Les images qui accompagnent ce billet proviennent du site de Michael Honegger, je les publie ici avec son aimable autorisation.

dimanche 21 février 2016

STÉPHANIE BOSQ : UNE ÉTINCELLE À SUIVRE.



C’est vraiment par hasard que j’ai découvert le travail et le talent de la comédienne Stéphanie Bosq. Ou plutôt par un de ces croisements qui met sur votre chemin une personne sur laquelle vous avez envie d’en savoir davantage, parce que vous devinez que derrière une allure timide couve la flamme d’une passion artistique.


(Elle a bien raison de pointer du doigt ces lions victorieux)

Elle est petite, menue, discrète. Curieuse aussi.
Elle pose des questions avant de répondre aux vôtres.
Elle a envie de savoir, d’apprendre.
Mais cela je ne l’ai su qu’après l’avoir vue seule en scène – chez Pauline – admirée, et ensuite questionnée.

lundi 8 février 2016

UNE NIÇOISE À PARIS

Parfois il est bon de sortir de son enclos et d'aller vérifier ailleurs si l'herbe est plus verte. C'est vrai, quoi, tout ce soleil, cette mer bleue, c'est lassant à la fin ! Un peu de gris, de crachin, de bruine, de pollution, cela ne peut que vous requinquer, non ?

Bref, vous l'aurez compris, Gratitude a fait un petit tour à Paris, pour y réfuter, dès son retour, quelques clichés, à tous les sens du terme.