Palissade

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vendredi 31 juillet 2015

LE VOYANT, c'est Jérôme Garcin.



Ce livre de Jérôme Garcin n’a sûrement pas besoin d’une énième vitrine pour être lu. Il a été salué dès sa sortie et, je l'avoue d’entrée de jeu, je suis pour une fois d’accord avec les divers auteurs de ces éloges.

Comble de la gloire en ce qui concerne mes concitoyens, le livre a été récompensé par Le Prix Baie des Anges, qui est remis en juin lors du Festival du Livre de Nice, ce qui nous a valu le grand plaisir de voir son auteur en vrai, et même de près, et de le saluer !

Le pauvre Jérôme Garcin, en revanche, a dû subir, ce week-end là, les prémices de la canicule estivale, et une avalanche de questions et de discours, dont certains auraient fait s’enfuir au grand galop des auteurs moins courtois que lui !

Mais ce n’est pas le genre de Gratitude que de se lancer dans ce genre de commentaires. 

Non, ce que je souhaite exprimer ici à l’intention de mes fidèles lecteurs et lectrices, c’est toute l’admiration que j’éprouve pour le travail d’écriture que ce livre représente.

C’est le roman d’une vie que Jérôme Garcin a écrit. Celle de son héros, Jacques Lusseyran, devenu aveugle à l’âge de huit ans à cause d’un accident survenu en classe, dont le récit fait frémir l’ancien professeur que je suis… par sympathie pour le ou la collègue qui en fut jadis le témoin impuissant. Mais c’est surtout le parcours d’un résistant dont le courage et la fortitude forcent l’admiration.

Voici ce que nous dit (très bien) la 4ème de couverture :

« Le visage en sang, Jacques hurle : "Mes yeux! Où sont mes yeux?" Il vient de les perdre à jamais. En ce jour d'azur, de lilas et de muguet, il entre dans l'obscurité où seuls, désormais, les parfums, les sons et les formes auront des couleurs. » 
Né en 1924, aveugle à huit ans, résistant à dix-sept, membre du mouvement Défense de la France, Jacques Lusseyran est arrêté en 1943 par la Gestapo, incarcéré à Fresnes puis déporté à Buchenwald. Libéré après un an et demi de captivité, il écrit Et la lumière fut et part enseigner la littérature aux États-Unis, où il devient «The Blind Hero of the French Resistance». Il meurt, en 1971, dans un accident de voiture. Il avait quarante-sept ans. 
Vingt ans après Pour Jean Prévost (prix Médicis essai 1994), Jérôme Garcin fait le portrait d'un autre écrivain-résistant que la France a négligé et que l'Histoire a oublié.

Et voici ce qu’elle ne nous dit pas :

Jérôme Garcin sait voir avec les yeux aveugles de Jacques Lusseyran, et traduire en mots, pour nous, toutes les sensations exacerbées que celui-ci disait ressentir. Il nous les fait partager avec une sensibilité et une délicatesse rares. Et plus encore. Sa propre voix se fait entendre de temps à autre, au fil du récit, car il est le passeur privilégié de cette histoire qu’il narre avec une admiration dénuée de complaisance pour ce héros dont la vie familiale et privée est la seule faille. 
La seule ? 
Non. La fascination ultérieure de Jacques Lusseyran pour une espèce de gourou douteux met le lecteur aussi mal à l’aise que son manque de fibre paternelle... 

C’est tout l’art de Jérôme Garcin que de naviguer entre les hauts-faits et les bas-fonds de la vie de ce personnage hors du commun. Les hauts-faits, ce sont ceux de la résistance, à la fatalité d'abord, puis à l’ennemi et à l’horreur concentrationnaire. Les bas-fonds, ceux que Jacques Lusseyran approchera par amour, ou mû par le forcené désir de rebondir qu’ont ressenti les survivants de ce cauchemar du XXème siècle.

L’auteur de ce livre complexe me touche car, au delà de l’estime que l’on est forcé d’éprouver pour ce héros méconnu, il fait résonner le sentiment ressenti par tout enfant qui a eu un parent artiste, ou célèbre d’une manière ou d’une autre : celui que la vie personnelle de cet adulte primera toujours sur celle de sa descendance. Le clairvoyant, ici, c'est clairement Jérôme Garcin. 

À propos de Claire, la fille de Jacques Lusseyran, Jérôme Garcin écrit : «  Devine-t-elle que dans une famille recomposée, on ne répare pas ce qui a été trop violemment saccagé, trop brutalement cassé ? » On est loin ici des clichés convenus à ce sujet.

Autre élément fondamental de cette écriture : la manière dont Jérôme Garcin ranime une époque empreinte de culture littéraire est passionnante pour ceux et celles de ma génération qui ont baigné dans l’onde des classiques. Le temps d'une lecture, il me donne le sentiment de retrouver une famille spirituelle, dans un monde qui ne semble plus attacher d’importance à la beauté de la langue. 

L’évocation des écrivains que le jeune Jacques Lusseyran découvrait, la fascination qu’il éprouvait pour la littérature ne pouvait être rendue palpable  au lecteur du 21ème siècle que par un homme tel que Jérôme Garcin, dont l’histoire intime est tissée de liens semblables, et dont le respect pour la chose écrite est décelable à chaque ligne, que dis-je, à chaque virgule.

Il est finalement presque ironique que ce Voyant ait pu atteindre une telle renommée, alors que Lusseyran, lui, se démena en vain pour faire publier en France son travail de fiction. Preuve renouvelée du travers français qui consiste à mettre les individus dans des tiroirs étiquetés : tout héros de la Résistance que vous soyez, gardez-vous bien de sortir du vôtre !

En définitive (et cela, aussi, me réjouit) c’est l’Amérique qui donnera sa chance à Jacques Lusseyran, un pays qu’il chantera et aimera, même si, comme l'écrit Jérôme Garcin : « Chaque été, il revient en France. Il a la nostalgie des odeurs. Il a besoin de respirer les arbres, les saisons, l’air de son pays. C’est un rituel olfactif dont le centre éternel et irradiant est le jardin clos et giralducien de Juvardeil. »

Et, que dire de cette boucle magique que Jérôme Garcin referme – en évoquant avec pudeur son propre père « né à Paris quatre ans après Jacques Lusseyran, passé lui aussi par la khâgne de Louis-le-Grand, fou de littérature, amoureux de la langue du XVIIIème, éditeur accompli, mais écrivain empêché, dont la mort accidentelle en pleine nature, au printemps de 1973, à l'âge de quarante-cinq ans, dessine une ligne droite que je n’aurai jamais fini de vouloir prolonger dans des livres brefs peuplés de jeunes morts qui continuent de vivre, de lire, d’écrire. » –, sinon que la lecture des strates de ce beau livre fait mieux comprendre à chacun, et à l’auteur que j’aspire à devenir, les raisons de l'impérieuse nécessité de poursuivre un chemin littéraire qui, pour être cahoteux et discret, demeure son propre but.



Le voyant, éditions Gallimard.
ISBN-13: 978-2070141647
17,50 €



lundi 13 juillet 2015

RIGHTEOUS AMONG THE NATIONS, ART LOVERS & ARTISTS: ANOTHER SWEDEN.






Can I hear anyone say "Swedish" in a puzzled  way?

Strangely enough, it is a cultural and historical angle in relation with WW2 that I wish to explore, as I write this post on Sweden, and more specifically on Göteborg.

First, we all have to remember that approximately 20,000 German and Austrian Jews were saved by the Swede Raul Wallenberg, who was appointed as a diplomat in Budapest in 1944. In order to reach his aim, he had "protective passes" printed that would allow these Jews to be considered Swedish citizens about to be repatriated. You may want to read all the details of this operation here

The memory of this man, who was later awarded the title of "Righteous among the Nations" is celebrated in many parts of the world, and also in Göteborg, on the west coast of Sweden, where a very beautiful monument to his name can be seen in a public park. 



Flowers are regularly placed next to this monument 



lundi 6 juillet 2015

TRAVAUX ACHEVÉS => CHARAFI (PAS ENCORE) JETÉ.




Certains se sont peut-être soudain demandé ce qui motivait ce silence prolongé, inhabituel, sur Gratitude. Se seraient-ils même inquiétés ?

Bon, d’accord, là, je rêve un brin... Quoi qu’il en soit, rassurez-vous, ce répit n’est pas dû à une panne d’idées, ni au vertige de l’écran blanc, encore moins à de la bouderie, ni non plus à un départ en vacances vers un lieu dépourvu de couverture internet (ce qui ne se produira plus jamais, je me le suis promis !)

Non, ce vide a pour seule et unique raison le réaménagement de mon espace de travail, à savoir d’une pièce que je pourrais appeler mon bureau. 
De temps à autre, il faut savoir se remettre en question, soi, et sa déco, et cela passe forcément par un grand chambardement ménager.

Dans ce domaine, il y a trois phases.

mardi 16 juin 2015

JUSTE, MÉCÈNE, ARTISTES : UNE SUÈDE INSOLITE.



Suédois, vous avez dit suédois ? 

Bizarrement, c'est un angle historique et culturel en rapport avec   la Seconde Guerre mondiale que je souhaite éclairer en commençant ce billet sur la Suède, et sur Göteborg en particulier. 

Il me faut d'emblée rappeler que deux dizaines de milliers de Juifs allemands et autrichiens ont été sauvés par le suédois Raul Wallenberg, qui fut nommé diplomate à Budapest en 1944. Afin de parvenir à ses fins, il fit (entre autres) imprimer des « passeports de protection » leur permettant d’être considérés comme des sujets suédois en instance de rapatriement.  

La mémoire de ce « Juste parmi les Nations » est honorée en maints endroits du monde, dont Göteborg, sur la côte ouest de la Suède, où un superbe monument est érigé dans un jardin public afin de la célébrer.

Ce monument est régulièrement 
fleuri par des passants

Cette ville présente d’autres aspects touchants, en ce qui concerne la mémoire.

lundi 8 juin 2015

FESTIVAL DE NICE 2015 : des lendemains radieux.

Ce billet sera bref, et il n'a pour but que de remercier les visiteurs (60 000 nous dit Nice Matin, mais heureusement pas tous devant mon stand en même temps !) qui sont venus prendre ou reprendre mes livres, et bavarder un moment avec moi. 

Ces trois jours ont été l'occasion de rencontres chaleureuses – vu la température, le terme est plus qu'approprié  – et d'échanges intéressants.


Je commencerai par un cadeau. Il m'a été apporté par une lectrice enthousiaste dont le retour a été émouvant : un petit mouton fabriqué à partir d'un bouchon. Je l'ai mis sur mon stand, et il m'a, de fait, porté bonheur. Merci à elle, de tout cœur. 

Ensuite il y a eu la possibilité de côtoyer, même brièvement, des auteurs prestigieux, dont j'admire le travail, ou que j'ai envie de découvrir à présent : par exemple Jean-Pierre Luminet, astrophysicien, dont l'univers et la science sont si vastes par rapport au miens... 



Détail amusant, lui qui est connu dans le monde entier, à Nice, il n'est que le frère d'un de mes anciens collègues du Lycée d'Estienne d'Orves, professeur d'histoire et de géographie. 
D'où la question rituelle : "Vous êtes de la famille de Robert ?" 

Et puis, il y avait tout près de moi Didier Van Cauwelaert, dont j'ai déjà parlé sur ce blog, lui-même ancien élève de ce lycée si spécial... 

Ensuite, j'ai eu le privilège de rencontrer Jérôme Garcin, dont le dernier roman, "Le Voyant" magnifiquement chroniqué ici, est cette année le récipiendaire du Prix Baie des Anges


Pour bien clore ces trois jours, c'est Philippe Grimbert (l'auteur de ce merveilleux SECRET) qui a craqué pour HARENG. Il a été un brin désarçonné quand je lui ai posé la question : "Aimez-vous les harengs ?" Drôle d'entrée en matière, mais elle a créé un lien certain !

Mais surtout, j'ai apprécié la curiosité et l'audace de ces visiteurs qui ont choisi de découvrir mon travail, de prendre ce risque qui consiste à aller au-devant d'un auteur qui n'est pas passé à la télé, et qui n'a donc pas la renommée des plus grands. Ceux-là sont des lecteurs précieux, et ils soutiennent, sans le savoir, la création et l'édition régionales.

En guise de conclusion, un grand merci à l'équipe de la librairie Masséna qui m'a si gentiment accueillie et qui, ce matin, doit être épuisée. Mais heureuse ? 






jeudi 4 juin 2015

ALLER AU FESTIVAL DU LIVRE DE NICE pour des RÊVES DE RENCONTRES mêlées de HARENG...


Amateurs de lecture :

RENDEZ-VOUS Place Pierre Gautier, le vendredi 5 juin et le samedi 6 juin de 10h à 12h sur le stand des Éditions Ovadia - Au Pays Rêvé.  




Et aussi sur le stand de la librairie Masséna, avec HARENG : UNE HISTOIRE D'AMOUR... cherchez-moi, appelez-moi, vous me trouverez !



Bonne pêche aux livres !

dimanche 24 mai 2015

POSE DE PLAQUE AU COLLÈGE FERSEN


Le travail de l’AMEJDAM à Antibes. 


Avant même qu’un billet officiel ne soit publié sur le blog de l’AMEJDAM, que nombre des lecteurs de ce blog connaissent aussi, j’éprouve l’impérieuse nécessité de publier ici quelques bribes de l’émotion provoquée par la dernière pose de plaque au collège Fersen, à Antibes ce jeudi 21 mai.

Chaque fois qu’une plaque à la mémoire d’enfants déportés est dévoilée dans un établissement scolaire, c’est l’aboutissement d’un long travail de recherches et de vérifications. 
Chaque nom doit être juste, et à sa place. 
Chaque mémoire doit être honorée, il ne faut en oublier aucune.
Et, à chaque fois, l'AMEJDAM s’efforce d’associer les jeunes élèves de l’établissement à la cérémonie de dévoilement.

Au collège Fersen, à Antibes, cela a été encore plus loin, puisque plusieurs élèves ont pris part cette année scolaire à l'un des voyages de la mémoire vers Auschwitz qui sont organisés par le Conseil Général.
À leur retour, ils ont écrit des textes, des poèmes, et appris des chants. Ils ont réalisé des panneaux avec les photos qu’ils y ont prises. Ils ont travaillé avec leurs professeurs, et le résultat en a été bouleversant.
En vrac, quelques clichés de ce moment si particulier.