Palissade

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dimanche 22 février 2015

GLOIRE AUX GLORIA MANSIONS !




Il y a eu un "avant" et, bien entendu, un "après". 
L'avant a été long, et remonte aux années 30, l'âge d'or de l'Art Déco. 

Le bâtiment dont il va être question aujourd'hui y a connu son heure de gloire. Construit entre 1932 et 1934 sur les plans d'un architecte arménien, Garabed Hovnanian, mêlant inspiration new-yorkaise et méditerranéenne, et après avoir logé des hôtes de qualité, cet imposant édifice était hélas devenu, au cours du siècle dernier, l'ombre de sa splendeur passée. 

Jusqu'au jour où deux passionnés créèrent une association en vue de le relever de la ruine dans laquelle il sombrait lentement, mais sûrement. Ce qui fut fait. 

Le résultat de cet "après" est tout bonnement bluffant. Cet immeuble est pourtant très discret, on n'en voit pas facilement l'entrée, et il faut lever les yeux au-dessus de commerces fort ordinaires pour en découvrir la splendeur. 


Une fois passé le portail, on découvre 
l'arrière somptueux de cet immeuble


photo © J.L + L


Dans la cour : ce trompe-l'œil 
en partie en relief, 
recréé par un "rocailleur". 


photo J.M. Cagnoli

Vous trouverez tous les autres détails de cette merveilleuse entreprise de sauvetage du patrimoine sur ce site,* mais je tenais à partager avec vous mon coup de cœur de la semaine, en l'illustrant de quelques photos plus personnelles. 

En effet, grâce à la gentillesse de M. Testud, dont l'entreprise, AD AFFRESCO, a travaillé à la restauration du Gloria Mansions, un groupe d'amateurs d'architecture s'est retrouvé ce matin, sous sa conduite, afin de visiter ce magnifique immeuble, à présent quasi-terminé. 

On note le travail du fer-forgé, 
et le graphisme si typique des années 30

Dès l'entrée, le granito du sol est une
pure merveille qui vous saute aux yeux

 ...tout comme ces joints teintés de  
vert de Vérone...

J'ai retenu de cette visite quelques détails importants :



La façade est constituée de béton coloré, traitée comme une matière noble, et incrustée de nacre vivante. Celle-ci provient d'ormeaux. Au début, nous confie M. Testud, il leur a fallu manger quantité d'huitres afin d'en utiliser la coquille... Pour découvrir un peu plus tard une source allemande de brisures d'ormeaux, qui a évité à son équipe tout risque ultérieur d'indigestion, et d'hépatite !

Les bas-reliefs s'inspirent de scènes méditerranéennes. Comme le reste ils ont été nettoyés, et sont à présent mis en valeur. 




4 photos de © J.M. Cagnoli

Un des murs extérieur est composé de blocs monolithes, bouchardés dans la masse, et modelés à la main : le ciment prompt se fige, et on le modèle à la truelle de manière artisanale. 
(Je sais, là, je sors de mon domaine de compétence, pardonnez mes approximations !) 


Pour l'entreprise AD AFFRESCO, en charge de la rénovation des façades (mais aussi de tous les murs intérieurs), pas question de "gommage" qui ouvrirait "les pores" de ce béton-là, sous peine d'attirer l'eau, avec le risque que plantes et moisissures fassent ensuite exploser le mortier. 
(Cela ressemble furieusement à de la cosmétique, cette affaire-là, vous ne trouvez pas ?)

D'ailleurs, ce même béton est lissé par endroits au point de ressembler à du marbre. Il en a la douceur, du reste. 
(On imagine le nombre de limes en carton qu'il a fallu utiliser pour obtenir un tel poli...)


Entrons... pour être accueillis par des boîtes à lettres dont on imagine ce qu'elles ont pu contenir de messages parfumés... Et si, par hasard, un télégramme arrivait, il était remis à la personne en charge de donner les "Renseignements" – nul ne lit le terme de "concierge" ni de "gardien" en ce lieu.


Photo @J.M. Cagnoli


Cuivre, matière noble, à respecter,
avec chiffon et huile de coude !






photos ©J.M. Cagnoli



Au-dessus des boîtes aux lettres,
une illustration stylisée des divers 
moyens de transport du courrier
au fil du temps


photo ©J.L + L

Une fois le hall passé, le regard est attiré vers le haut. Le monumental escalier hélicoïdal vous coupe le souffle, tout comme la verrière plate qui le surplombe. 






Et encore plus lorsqu'on le regarde depuis le dernier étage !

Vertigo, anyone ? 

Entre les deux, encore quelques merveilles...


--détail d'un vitrail inhabituel :
ces tasselles en verre coloré sont maintenues entre
deux panneaux vitrés, et non par des joints de plomb

 Poignées de porte

On remarque la forme des chiffres
si typique des années 32 !

 Détail de verre

Couloir d'étage, avec ses vagues
de béton ciré
photo ©J.M. Cagnoli


Et voilà, la visite est terminée ! 
Vous admettez que le coup de cœur est justifié, n'est-ce pas ? 

En revanche, ayant aperçu la rénovation de l'intérieur d'un appartement (destiné à une location de longue durée...)  je ne commenterai pas les choix du responsable de celle-ci. 

Nul doute que des amateurs bien plus éclairés sauront, à terme, donner à chacun d'entre eux le lustre et le style qu'ils méritent. C'est en tout cas ce que je souhaite pour que ce superbe travail patrimonial soit parachevé. 



Pour les Niçois, ou ceux qui peuvent se rendre sur place (vu que le bâtiment ne bougera plus guère), cette visite pourra être suivie à nouveau le vendredi 27 février à 11:00, à condition de s'inscrire avant auprès de M. Testud : fresco@wanadoo.fr

Avec mes remerciements à Jean-Michel Cagnoli, architecte, qui a eu la bonne idée de nous signaler cette visite, et la gentillesse de me confier quelques-unes de ses photos. 




*N'hésitez pas à naviguer en cliquant sur les liens du bas de la page web, et à visionner les petits films proposés, passionnants.

mardi 17 février 2015

LES ENFANTS DE WINDERMERE - "THE WINDERMERE BOYS".




©photo prise sur ce site


Quels points communs peut-on bien trouver entre le poète William Wordsworth et l’écrivain Beatrix Potter ?
Vous me direz, et vous aurez raison : ils sont tous deux britanniques, et tous deux célèbres pour leurs écrits. L'un (entre autres) pour ses fleurettes, si délicieusement romantiques, et l'autre pour ses petits lapins, qui ont enchanté tant d'enfants, dont les miens. 

mercredi 4 février 2015

ORANGES AMÈRES : LA VIE ET RIEN D’AUTRE.



La saison en est revenue. C’est fin janvier, début février que l’on trouve sur les arbres, ou sur le marché, cette variété étrange d’orange, appelée « bigarade ».
Au fil de ses voyages, de la Perse au Portugal, en passant par l'Egypte et la Sicile, Jérusalem et Séville, l’orange amère a su faire provision d’influences croisées, toutes aussi séduisantes les unes que les autres.

Souvent encore bigarrée de vert, elle est belle à regarder, même si sa peau grumeleuse fait penser à de la peau d’orange – douce !

Elle ne se mange pas « au couteau », sa chair étant violente d’amertume, comme son nom l’indique. 

Si personne n’avait imaginé de la confire dans du sucre, elle irait sans doute droit à sa perte, ou bien demeurerait sur sa branche, telle une boule de Noël oubliée sur un sapin.

Mais voilà que la coquine se laisse adoucir par un bain chaud. Il suffit de savoir la prendre pour pouvoir la dévorer !

Chaque année je m’en empare donc et, ainsi que je l’ai raconté dans Recettes à la vie, à l’amour, j’en récupère le jus et les pépins, je tranche finement son écorce, et entame les trois jours de macération, et de cuisson, qui verront sa transformation en une savoureuse gelée dorée, souple et croquante à la fois.

C’est sûr, il en faut plus d’une : plutôt un bon kilo, et donc ce sont autant de fruits qui, outre le plaisir qu’ils procureront à certains, échapperont à la pourriture, ou à la poubelle !

Ce qui m’interpelle, précisément, c’est cette alternance – si semblable à la vraie vie – d’amertume et de douceur, de beauté et de laideur. 

De fait, un coup on souffre, on tremble, on se révolte, on a les dents agacées. Le monde est fou, on y tue des innocents.
Vous gémissez de chagrin.

L’instant d’après, ou inversement, c’est un nuage de bonheur qui vous envahit lorsque vous apprenez (allez, au hasard !) une merveilleuse nouvelle.
Vous souriez aux larmes.

Les deux émotions se superposent, chacune avec sa force propre, tout comme dans une pièce de Shakespeare, où la comédie succède naturellement à la tragédie.

La vie est ainsi tissée de drames et de bonheurs entremêlés.

Mettez en bouche une lichette de marmelade d’oranges amères et vous ne saurez pas davantage quelle sensation domine vraiment : l'amer ou le sucré ? 

Qu'en est-il de ceux et celles qui n’aiment pas cette confiserie ?
La vie, pour eux, n'est-elle que quelques tranches d’orange douce, suivies par une giclée de jus de citron vert ? 

Si c'est le cas, leur expérience doit s’apparenter au théâtre à la française : non au mélange des genres, oui aux trois parties, à l’unité de temps, de lieu, et d’action. Soyons logiques, que diable !

But of course, personnellement je reste fidèle à la touchante et délirante poésie de William. Et à l’humour de James Bond.

Car devinez quels sont ceux qui demeurent les plus grands amateurs de marmelade d’oranges amères au monde ?
Les Britanniques bien sûr !

Si ça, ce n’est pas un argument… 
À tout hasard, j'en rajoute un dernier : des hommes en assassinent d'autres au nom d'une foi douteuse, la menace est sur nos têtes, au coin de notre rue même. Dans ce contexte, confectionner des douceurs, comme si de rien n'était, est sans doute une forme achevée d'auto-protection. 
Ranger des bocaux dûment étiquetées dans un placard de cuisine, ou les offrir à des amateurs, voilà qui rassure bien davantage que les armes les plus sophistiquées. Malgré les frimas, l'hiver nous  paraîtra clément. 

La terre brûle peut-être, mais cela ne remettra en cause ni cette marmelade, ni nos traditions familiales. 
Qu'on se le dise !    


Jours 1 & 2


Jour 3.


ET VOILÀ !


NB. Amis anglophones, vous aimerez lire ceci.


Pour en savoir plus sur le recueil ci-dessus, lire ceci
La différence entre confiture et marmelade s'y trouve également expliquée et, bien entendu, LA recette y figure. 







mardi 27 janvier 2015

MERCI & MERCI, MERCI !


On va dire que je radote terriblement.

Mais que dire, pour remercier doublement un endroit nommé Merci ?
Je n’ai pas d’autre formulation en tête, et vous conviendrez que celle-ci  convient bien à ce blog !

C’est en effet chez Merci que HARENG : UNE HISTOIRE D’AMOUR a été lancé officiellement en France samedi dernier, au cours d’une magnifique soirée organisée dans le cadre d’une semaine danoise, intitulée (à bon escient) "TAK"*.


jeudi 8 janvier 2015

--à la vie : LE FILM.


Ce billet, pour résister à la brutalité ambiante...


Parfois, par négligence, on risque de rater quelque chose. Comme, par exemple, un film rare. 
Rien que parce qu’il n’y a pas encore eu autour de celui-ci le bruit (ébouriffant) qui entoure certains nanars.
Ou parce qu’on s’est dit « Encore un film sur ce sujet ! Pas envie… »

Et puis, après l'avoir vu, l'un ou l'autre de vos proches vous fait part de son émotion, et vous vous dites que, quand même…

C’est ainsi que vous vous retrouvez, avec dix autres spectateurs, dans une salle un peu glauque, à découvrir, au milieu de l’après-midi, un petit joyau.
Ferait-il meilleur dehors à prendre un café au soleil ?
Trop tard, vous êtes dedans, et saisi lentement par la beauté, la poésie et la délicatesse de ce film.

mardi 30 décembre 2014

CADEAUX DE GRATITUDE, AFIN QUE VIVE 2015 !




Afin d'entamer 2015 avec optimisme, je vous propose aujourd’hui un album d'images pour illustrer les douze mois de l’année qui vient de s’écouler. Elle a comporté des moments sombres, qui ne sont pas ceux que je souhaite conserver en mémoire – ce serait contraire à l'esprit de ce blog, dont je sais que vous êtes nombreux à l'apprécier (... me dit Mr Google, qui voit tout :-)

Allons-y donc.



 Certains diront, zut ! Voilà la pluie qui arrive.
Mais non, ce n’est que le mariage du bleu et de l’argent. Le soleil est juste derrière ce gros nuage, c’est sûr, il va sortir.

 Vue depuis Rauba Capeù, NICE

Certains diront, ce cliché est fort banal, et flou, de surcroît.
Mais non, ce n’est que le reflet de ma myopie, si confortable. Elle masque les défauts. Même qu’à mes yeux, vous qui lisez ceci, n’en avez aucun ! Ou alors autant que cette perspective. 

mardi 23 décembre 2014

UN VŒU PIEUX



« Est-ce que quelqu’un s’est-il aperçu de ça ? Quelqu’un sur Paris, peut-être ? »

Ou bien c’est juste un truc « très perso » ?

...Parce que j’en arrive parfois à me demander qui a tort et qui a raison en la matière, et si autrui pense que je marche sur la tête, à souhaiter observer la grammaire et / ou le bon usage.
Notez que faire les deux, par les temps qui courent, semble être de l’ordre de l’impossible, un peu comme si l'on criait sur les toits « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » voire « Buvons à la vie – L'Chaïm ! – au lieu d’appeler à la guerre sainte en fonçant sur un ou plusieurs innocents.

Le raccourci ne l’est pas, du reste, innocent. Car j’ai appris il y a peu que ceux qui se veulent respectueux de la langue (quelle qu’elle soit) sont maintenant affublés du nom de « Grammar Nazis ». Traduction inutile.

L’explication : ces amoureux de la langue sont accusés de vouloir tuer ceux qui la dénaturent. Ces derniers font fi des règles d’accord des participes, quels qu’ils soient, et encore plus de la distinction entre futur et conditionnel – mais ce ne sont là que des exemples parmi d’autres.