En deuil

En deuil

jeudi 8 décembre 2011

WAGON-SILENCE-ON-TOURNE ?

La SNCF a enfin créé un espace tranquille pour les voyageurs qui, comme moi, aiment lire, dormir ou travailler, pendant leurs heures de voyage. Sur certains TGV, cela s’intitule même « iD-Zen », et je trouve l’idée remarquable.

Le plus remarquable étant le respect de chacun pour cette règle du silence. Portables en mode « vibreur », appels passés depuis la plateforme, conversations chuchotées, apparition occasionnelle d’un employé qui rappelle le contrat choisi… Tout se déroule en général très bien dans ces voitures-là.

Mais sans doute certains people ont-ils (ou elles) leur loi à eux (ou à elles), ainsi que j’ai pu le constater récemment, au cœur d’une de ces « voitures silence ».

Devant moi, dans un des espaces prévus pour quatre, trois personnes s’installent, dont une actrice fort célèbre. Je ne la reconnais pas, mais les autres oui, tout de suite.

Elle devise à voix haute avec ses compagnons de voyage, et ses propos couvrent sans peine le doux glissement du train.

Son téléphone se met à sonner, une fois, deux fois, et à chaque fois, elle répond de sa place, sans aller vers la plateforme – tranquille ! Je vois son reflet dans la vitre. Elle a l’air un brin énervé, et sa mâchoire est crispée.

Inconvénient :

Elle parle fort, très fort. Elle raconte sa vie (professionnelle) publiquement, sans la moindre vergogne, comme sur une scène, ou sur un mur de facebook. Sa voix rauque emplit l’espace, d’un bout à l’autre du wagon. Les passagers l’entendent, et l’écoutent, cela se voit. Elle n’en a cure. Elle se croit chez elle, dans son fauteuil. Il ne lui manque que les cacahuètes et le verre de whisky pour compléter le décor. On ne peut même plus s’entendre réfléchir.

Avantage :

On apprend tout de sa contrariété du moment, qui concerne le manque de promo autour de son prochain film, qui, paraît-il, doit sortir en 2012. Le monologue est saisissant.

Je cite, en vrac : « C’est hallucinatoire ! (sic) Pas un papier dans le Nouvel Obs’, ni dans le Monde, nulle part ! Je serais attachée de presse, je passerais deux coups de fil… et là… Pas un papier sur les acteurs !

Pourquoi tu crois que je vais à Marseille, hein, pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ?

…Demande-t-elle à un malheureux incompétent qui devrait y être lui-même – on le devine -, avant d’annoncer :

Je vais aller planter des carottes dans le Vercors, j’en ai marre de ce métier !

Est-ce que c’est de la daube, ou quoi ? »

Bénéfice secondaire : Si elle ne fait que de la daube, elle a bien raison d’envisager de se reconvertir, au moins elle ne gueulera plus dans les trains à ce sujet. Et, si personne dans les media ne s’intéresse vraiment plus à elle, pourquoi est-ce que je continue à l’écouter avec une curiosité de mémère, au lieu de travailler aux corrections d’un manuscrit sur mon i-Pad ? (Moi aussi je peux vous la jouer « Je me la pète »). C’est juste que je n’y arrive pas ?

À ce stade-là, quelqu’un, loin derrière, se lève pour l’apostropher :

« Cela fait 25 minutes que vous nous cassez les oreilles, vous ne pouvez pas faire comme tout le monde, et aller téléphoner sur la plateforme ? »

Silence gêné de la pipole, qui obtempère, et met un terme à sa conversation. Enfin un peu de calme.

Pas pour longtemps : Une dame très bon chic bon genre, de l’autre côté de l’allée, se met à interpeller ladite vedette, pour lui témoigner son soutien, et son admiration. Une vraie groupie. Un peu sur le retour tout de même, la fan au look faussement branché, même si elle fait partie du même sérail, et le fait savoir. Elle va à Cannes, pour les rencontres cinématographiques, voyez-vous. Mais, pas de bol, dit-elle, elle travaille à Monaco. Alors là, je vous passe la description qu’elle entame de l’endroit, ce que j’en ai écrit une autre fois sur ce blog est un dithyrambe à côté. Enfin, je comprends qu’il lui ne faut surtout pas avoir l’air plouc d’une provinciale en parlant à une pipole nationale. Elles se congratulent donc mutuellement (toujours bien fort) et, avant de quitter le plateau, la vedette en rajoute une bonne couche sur ces moutons de spectateurs qui, leurrés par des critiques imbéciles, ne vont voir que de la daube (hé hé) en négligeant les films de qualité qu’elle choisit de tourner. Ben voyons.

Suivie de ses deux assistants (très discrets, eux, et peut-être même un peu gênés) notre star des chemins de fer abandonne le wagon, qui retrouve le silence promis par la SNCF. Ouf, soupire une dame derrière moi, en se replongeant dans son livre. (Ah, oui, elle avait changé de place pour tenter, en vain, d’échapper à tout ce vacarme).

Ce que j’en retiens, c’est qu’ils sont quand même super chouettes, ces « wagons silence », parce que si tous les voyageurs avaient parlé à tue-tête, en faisant beaucoup de bruit, comme dans une voiture « normale », je n’aurais jamais pu entendre tout ce que cette comédienne a raconté de ses états d’âme. Je dois avouer qu’en l’écoutant j’étais partagée entre la désolation - celle de constater qu’une telle actrice, si convaincante, au jeu nuancé, peut révéler une aussi vilaine face cachée ! - et le ravissement - à l’idée d’être transformée en témoin à charge, en toute innocence, et à mon corps défendant. Une âme damnée de reporter pour presse à scandale se greffait soudain à ma bonne conscience, la sommant de publier l’anecdote. Et voilà !

SVP, ne me dites pas que vous-même mettriez sous embargo un tel épisode s’il vous arrivait de le vivre, je ne vous croirais pas.

Au fait, c’était qui ?

Cela vous brûle les lèvres de me le demander, n’est-ce pas ?

Eh bien, non, je ne vous le dirai pas, en tout cas, pas en public. Je sais me tenir, moi.

Un peu pipelette, mais pas trop !


crédit photographique : leblogdeluxe.com

1 commentaire:

  1. Hhhumm, humm, cela veut-il dire que l'on doit te tracker pour arracher le scoop? bon, bon, je me lance après un tour dans un idzen Paris-Nice. Glwadys.

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