En deuil

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jeudi 5 janvier 2012

THE ARTIST – Cap sur Hollywood !


Commencer l’année 2012 avec ce film a été un vrai cadeau.

Mieux qu’un cadeau, un émerveillement.

Cela paraît un brin dithyrambique pour un film muet et en noir et blanc, que bien des plus jeunes vont bouder a priori pour ces mêmes raisons, mais je persiste et je signe, publiquement. Et je vais même expliquer pourquoi je le considère comme un petit chef d’œuvre du cinématographe contemporain.

Ce film est composé de strates qui s’empilent visuellement les unes sur les autres et qui, en plus, se font écho, ce qui est le comble pour un film muet. Ah oui, muet, mais pas silencieux ! L’atout premier, le faire-valoir des images de l’époque du muet, c’était sa musique. Celle de ce film en est une réplique exacte, dans le ton comme dans le rythme : D’entrée de jeu on est propulsé dans une époque à la fois révolue et familière. Révolue, car le parlant a depuis longtemps détrôné le muet, mais familière comme le sont les choses du passé que l’on a découvertes et aimées à un moment donné de sa vie.

Entrée en matière : Le héros, George Valentin (interprété par Jean Dujardin) nous entraîne dans une course folle, sur l’écran, derrière l’écran, devant l'écran, mêlant de manière géniale (je n’ai pas peur du terme) la fiction à la réalité de la fiction, tout en suivant le rythme fou de la musique. Et ce tempo là, le spectateur ne peut que le ressentir tant il est lié aux mésaventures de ce héros qui passera du faîte de la gloire à la déchéance la plus absolue, et qui ne sera sauvé que par son chien - et par l’amour désintéressé d’une belle. Le sujet semble banal, mais, bien entendu, tout dépend de la manière dont il est traité, et ici elle est loin d’être ordinaire.

Ce qui fait que l’on « marche » à ce film, c’est tous les échos qu’il suscite en nous. Il est bien plus que l’histoire de la chute d’un homme, il interpelle notre mémoire personnelle et collective.

Personnelle, car nous tous craignons le syndrome « grandeur et décadence », que nous avons souvent observé in vivo, avec sa composante d’orgueil bafoué. Déchirant.

Collective, car nous y retrouvons naturellement un hommage aux stars, de Ginger Rogers à Fred Astaire, ou à Rudolph Valentino, mais nous y apprécions les divers clins d’œil qui rendent le spectateur complice du réalisateur : Tiens, tout d’un coup, il est fait une belle référence à Singin’ in the Rain, film culte, s’il en est, sur le passage douloureux du muet au parlant. Une même espièglerie brille dans l’œil de Bérénice Bejo (Peppy Miller dans le film) que dans celui de Debbie Reynolds, et la même séduction, le même charme les habite. Bérénice Bejo est un joyau à découvrir, elle donne tout son talent à ce film, et je tiens le pari que sa carrière, déjà bien remplie, sera aussi brillante que celle de son personnage. (Découvrez-en les grandes lignes. )

Un autre registre, plus triste, et nous nous souvenons de Sunset Boulevard, de cette relation si particulière entre une vieille actrice et son majordome. Ainsi le personnage du chauffeur, merveilleusement joué par James Cromwell (qui avait incarné le Prince Charles dans The Queen, et le méchant, très méchant dans L.A Confidential !) est-il dévoué corps et âme à son maître déchu, qui le renvoie par honte de ce qu’il est devenu. On peut aussi penser ici à Chaplin dans son rôle de clown triste. (Mais même si ces références là ne nous viennent pas, on est ému, tout simplement, par le jeu sensible des acteurs, et nous nous retrouvons ligotés par le fil de leur histoire).

Le héros retourne-t-il ensuite sur le lieu de sa déchéance, et voilà le thème lancinant de la musique de Bernard Hermann dans Vertigo, qui semble nous dire que la spirale de la chute n’a d’issue que fatale… Nous voyons une fin tragique se profiler… mais comme l’aurait dit Hitchcock ‘It’s only a movie’ et celui-ci a son ‘happy end’ – pas tout à fait attendu, et surprenant de vie, puisque, soudain, la voix - les voix - réapparaissent, oui, on les voit autant qu’on les entend, comme tous les bruits familiers qui se manifestent sur l’écran alors que disparaissent à jamais les cartons intertitres : Dernier et bel écho à la séquence d’ouverture, qui nous montrait un héros sans voix en train de hurler sous la torture sonore infligée à ses malheureuses oreilles – tout cela en silence, ou plutôt sur un fond musical approprié.

Notre beau Jean Dujardin ne parle pas, mais il danse, il danse aussi merveilleusement qu’il joue, et nous sourions béatement, car nous avons marché, nous avons couru tout le long. Nous avons adoré, outre son petit chien, ses grimaces, le grimage, les artifices, et tout cela nous rappelle, au fond, que le cinéma n’est fait que d’artifices.

Et si le film est réussi, c’est précisément parce que nous en avons oublié tous les artifices et que, tout du long, c’est notre intelligence qui a été sollicitée, autant que notre émotion, n’en déplaise à son réalisateur, Michel Hazanavicius.

Ah oui, ça c’est du cinéma ! Alors, qu’en dira Hollywood ?

Pour plus d’infos sur le film voir ici

Et pour les amateurs de musique, quelques détails sur celle du film.

Vous y courez quand ?


3 commentaires:

  1. Je l'ai vu et j'ai beaucoup apprécié son film avec plein de références aux nombreux films classiques.les prises de vues sont magnifiques et les photos encore plus.
    J'ai bien connu le réalisateur Michel hazanavicius et toute sa famille quand il était adolescent et que nous étions tous en Normandie à la Cimonnière dans les années 80 à 88 où il nous préparait des tartes excellentes, ce petit Michu qui a bien grandi!!!!!
    Celà me fait très plaisir que son film remporte autant de succès
    Solange

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  2. Je dois reconnaître que cet article vient un peu tard, puisque le film a été présenté au festival de Cannes en mai dernier, mais comme il est revenu en ville récemment, et que je l'avais raté, je souhaitais alerter tous ceux et celles qui risqueraient à présent d'être dans le même cas que moi... Bravo aux cinéphiles qui voient tout. J'essaierai de faire mieux en 2012 (belle résolution !)

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  3. Félicitations au film "The Artist" ("L'Artiste") - le meilleur film de l'année 2012 selon l'académie des Oscars. A mon avis, c'était un «coup de maître" d'avoir un film sans dialogue, mais avec un choix approprié de la musique.

    La nostalgie d'une époque qui a disparu et un conte qui touche le cœur de tout le monde - ce fut le signe d'un vrai génie! Bravo pour l'artiste!

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