En deuil

En deuil

mercredi 12 juin 2013

AU RISQUE D'AIMER






Quel beau titre pour un livre dont chaque chapitre traite de l’amour !

La force d’aimer, la nécessité d’aimer, la liberté d’aimer, la beauté d’aimer, le risque d’aimer, tels sont les titres des chapitres qui le composent.

Un livre dédié aux humains de sa famille, que son auteur aime le plus au monde, mais aussi, et c’est le thème de cet ouvrage passionnant « aux animaux du monde entier, héros méconnus et oubliés de l’aventure de l’attachement. »

Claude Béata est un vétérinaire comportementaliste. C’est ce que certains nomment en souriant un psy pour animaux. Le sourire est parfois narquois. Je l’ai subie, cette moquerie, lorsqu’il a bien longtemps, nous lui avons amenée notre chatte siamoise qui avait, comme on le dirait vulgairement, pété les plombs.

Elle avait deux ans, elle était adorable – quand soudain, la folie s’installa. Une folie un brin dangereuse, car la minette, terrifiée par un ennemi invisible, s’accrochait à nous de toutes ses griffes, laissant sur notre peau des traces, souvent sanguinolentes. Je ne donnerai pas les détails de sa pathologie, très bien expliquée et analysée dans ce passionnant ouvrage. Mais je dirai ici tout le bien que j’ai pensé, à l’époque, d’un pionnier qui fit le pari de sauver ce chat, que certains, consultés par téléphone, nous enjoignaient d’euthanasier. Nos vétérinaires habituels, eux, ont eu la sagesse de reconnaître qu’un avis spécialisé s’imposait, et ils nous ont donc suggéré d’aller consulter un confrère plus compétent, à Toulon. Bien nous en a pris, de suivre leur conseil. Notre chatte a été sauvée, et a vécu ensuite seize ans, paisible, aimante et heureuse, et toute notre famille avec elle. Ce, grâce au docteur Béata.


GARDIENNE DE LA BIBLIOTHÈQUE 

Cette précision d’ordre personnel et familial une fois posée, il faut tout de même que j’explique pourquoi ce livre est à lire absolument, même par ceux qui n’ont pas d’animaux.

Au cœur de ce livre, il y a l’attachement. Ce phénomène que l’on observe, sous la houlette de Claude Béata, chez de nombreuses espèces animales, mais également chez nous autres humains. L’attachement de la mère pour ses petits, et réciproquement ; l’attachement entre dauphins ; l’attachement des couples d’oiseaux ; l’attachement de nos animaux domestiques pour leurs maîtres - et la réciproque est vraie aussi -, ce sentiment, et le plaisir qui l’entoure, est expliqué grâce à des anecdotes passionnantes et un ton personnel vivant, et très drôle. Au fil des lignes, on entend l'auteur expliquer, démontrer, et on comprend tout ! Cela fait de ce livre un véritable audio-guide du monde de l’amour et des amitiés entre êtres vivants.

Page après page, Claude Béata nous démontre comment, en reconnaissant que nous faisons tous partie de la chaîne du vivant, nous en arrivons à une meilleure compréhension de ce qui nous entoure, et de ce que nous sommes.

En expliquant ce qu’est l’attachement chez les animaux, il met en lumière que, certes la chimie y a sa part, mais qu’elle n’est pas le seul élément responsable du choix qu’un être vivant fait de son sujet d’attachement. 
(De même que la biologie n’explique pas complètement la polygamie chez certains hommes, n’en déplaise à Michel Boujenah, qui a fait de cette thèse le sujet de son dernier spectacle "Enfin libre" !)

Inversement, il déculpabilise toutes les mères qui ont été accusées d’être responsables des maladies graves de leurs enfants : « La mère n’est qu’un élément des conditions de développement du petit, même si elle est le soleil de la galaxie ». 
(L’image me plaît bien. Oui, « le soleil de la galaxie », ça parle à mon ego, tout en me décomplexant !)

Notre éthologue favori continue en observant les comportements maternels et paternels, et là, chers amis du genre masculin, vous en prendrez pour votre grade : les oiseaux  sont de bien meilleurs acteurs du ménage que vous autres : selon l’INSEE, vous ne faites que 20% des tâches domestiques ! Voilà bien un chiffre que je devrais rajouter à mon petit livre  sur le ménage !
Mais les oiseaux, eux, ils sont 80% dans certaines espèces à prendre soin de leurs petits, et de leur nid – et vous savez pourquoi ? Par plaisir ! Oui, par plaisir. Les animaux éprouvent du plaisir à leur relations, voilà ce que nous démontre Claude Béata, et là, vraiment, j’en pépie de satisfaction ! Dans une autre vie, je serai merlette.

Plus sérieusement, et je le cite : « Donnez des soins, et vous recevrez de l’amour, et du plaisir - et cela même si vous êtes une chienne ou une chatte. »

Là où il y a de l’attachement, et de l’amour, il y a forcément de la peine, en cas de perte. Claude Béata explore également cette piste-là, en démontrant l’existence du deuil, chez les animaux, comme chez les humains.

Et moi, qui ai tenté de raconter le chagrin occasionnée par la perte d'une "personne animale"* dans une nouvelle intitulée Le shampooing, je comprends parfaitement la phrase suivante : « Les animaux meurent, et parfois les hommes ne le supportent pas. Parce que l’animal pèse plus que son poids. Il pèse le poids des deuils non dits et des chagrins insupportables. »

Puis, à la question : « Ce risque d’aimer vaut-il la peine ? » il répond à l’aide d’une citation de Saint-Exupéry : « J’y gagne à cause de la couleur du blé » (en référence à la couleur des cheveux du Petit Prince aimé).

Il y aurait encore beaucoup à dire de ce merveilleux voyage au pays de l’attachement. Que l’on ne pense pas qu’il soit triste, malgré ces dernières citations. Je le répète, Claude Béata a beaucoup d’humour, il nous fait sourire toutes les deux pages – et chantonner aussi, car, curieusement, nous nous retrouvons dans son cheminement musical - autant que dans ses illustrations cinématographiques et littéraires.

Mais je n’en dirai pas plus. Je vous laisse le soin de découvrir l’ouvrage dans son intégralité. Lisez-le. Vous en apprendrez beaucoup sur les humains qui vous entourent, sur vous même, et, qui sait, vous aurez peut-être envie de prendre, encore plus souvent, le risque d’aimer.




*Je cite Anny Duperey, qui parle si bien des chats. 





DERNIER CADEAU, en attendant celui de l'interview que va bientôt m'accorder Claude Béata, ce poème de Baudelaire, qui ne laissera aucun humain indifférent. 

1 commentaire:

  1. merci ! j'ai partagé le livre "au risque d'aimer" sur ma page facebook "j'aime les loups", Ghilaisne viano m'ayant recommandé celui-ci!
    merci à vous #lou

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