En deuil

En deuil

vendredi 28 juin 2013

LA FEMME AU POIGNET TATOUÉ







Aujourd’hui je suis en révolte. Oui, chers lecteurs, vous lisez juste, pour une fois ma gratitude sera très sélective. Elle ira droit à l’auteur du livre dont le titre est celui de ce billet – mais ma révolte ira vers tous ceux qui ne sont pas capables d’apprécier à sa juste valeur le talent de son auteur. 

Quand on voit dans les bacs de certains marchands de livres  s’entasser des aspirants best-sellers qui n’ont de mirobolant que le bandeau rouge qui les enserre, on a envie de hurler après tous ceux qui ne sont pas fichus de discerner les vrais écrivains, ni de continuer à leur donner la part de vitrine qu’ils ou elles méritent.*

Ne vous méprenez pas. Je ne parle pas pour ma gouverne, car je m’estime très heureuse d’être capable de partager mes écrits comme je le fais, grâce aux éditeurs qui ont bien voulu me publier. 

Non, je parle de Colette Guedj, dont je découvris un peu par hasard le JOURNAL DE MYRIAM BLOCH - et j'en rendis compte de mon mieux. Puis, je lus d’elle tout de qui me tomba sous la main, avec la même émotion littéraire renouvelée. 
La vie faisant bien les choses, j’eus la chance de rencontrer Colette Guedj, et de la connaître, et je peux dire ici, sans la moindre flagornerie, que c’est une belle personne, en plus d’être un grand auteur.
Alors, bien entendu, j’ai lu son dernier roman, dès sa publication.

Il s’agit là d’un texte remarquable - je pèse mes mots -, et celui, d'elle, que j'aime le plus :

Une histoire de destins croisés, de trois femmes ordinaires, mais totalement extraordinaires, tant par leur physique dérangeant que par leur personnalité, ou leur trajectoire. Le lieu même de leur rencontre est spécial, ce village-banlieue affublé du doux nom de Madre-la-Paumée… dont Urbain, le seul héros masculin, et insolite, se trouve être un doux facteur admirateur du facteur Cheval. Tel un bon génie, il veille au bien-être d’une des ses « clientes », Madame Alambic (si, si) en lui distribuant les lettres qu’elle s’écrit elle-même, pour pallier le silence de sa famille perdue.

Voilà ! je sais : cela me fait penser à cette nouvelle ciselée** de Mary Webb, dont l’héroïne esseulée se fait livrer, accompagné d’un mot d’estime, un magnifique bouquet, en y mettant toutes ses économies. Pas de chance, le livreur ne peut croire que cette pauvresse en soit la récipiendaire, il le remet donc à la voisine du dessus, actrice renommée…  Croyez-moi, il y a encore mieux que du Mary Webb ou que du Katherine Mansfield dans La femme au poignet tatoué, et, foi d’angliciste, sous mes doigts, c’est loin d’être une insulte.

Le roman de Colette Guedj est donc empli de plaisirs littéraires cachés, mais, surtout, on lit ce texte d'une originalité extrême en se pourléchant les oreilles (tel un chat !) à l’idée des sons et lumières que ses mots évoquent. Et puis, on en suit les héroïnes avec un intérêt croissant, parce que c'est aussi un vrai roman. 

Il y a Émilie, cette femme au physique répugnant, qui suscite la haine déchaînée des loubards du lieu, mais dont l'humanité (aussi bien dissimulée que son secret) touche une autre exclue, jeune rescapée d’une forme d’esclavage moderne ; il y a cette amitié entre cette même jeune femme, Sarah, et Madame Alambic, tatoueuse de son état – aussi étrange que touchante… La naissance de l’affection entre une presque enfant et une plus vieille… Oui, j’avoue, cette fois, c'est le fantôme de Romain Gary/Émile Ajar qui m'a turlupinée, sans que je me le nomme vraiment. Mais croyez-le ou pas, voilà que, p. 95, choc !, je vis mon intuition confirmée en lisant cette citation tirée de La vie devant soi : « Moi, Madame Rosa, je lui aurais promis n’importe quoi pour la rendre heureuse parce que même quand on est très vieux, le bonheur peut encore servir ».

Je ne pense pas que Colette Guedj m’en voudra de cette remarque. Femme de lettres, elle a su se nourrir des meilleurs. Son roman est toutefois d’une singularité et d’une truculence rares. Elle est écrivain, c’est à dire qu’elle sait faire feu et plume de tout ce qui l’entoure, que ce soit visuel, tactile, olfactif ou sonore. Et elle sait nous entraîner  dans le tourbillon de sensations qu’elle crée de son clavier, pour que ses mots s’inscrivent dans notre cerveau et y restent imprimés à jamais. Tout comme un tatouage sur une peau claire, ce marquage indélébile, tellement polysémique, dont le fil rouge se déroule tout le long de ce roman.  

Que dire de plus, qui ne révèlera pas au delà de la quatrième de couverture, le tragique, la profondeur, et l’humanité de cette histoire ?

Rien. Sauf que, chers amis lecteurs, il vous faudra peut-être aller au-delà du silence médiatique et commander ce livre à votre libraire préféré. S’il vous répond « Connais pas » - alors vous pourrez lui signifier de revoir d’urgence ses classiques, et, surtout ses contemporaines !



La femme au poignet tatoué
Éditions Ovadia - 2013
ISBN 978-36392-076-8
14 €


* En guise de note, cette citation d'Oscar Wilde, qui circule en ce moment sur facebook :

'In the old days books were written by men of letters and read by the public. Nowadays books are written by the public and read by nobody.' 

Ce qui signifie : "Dans le temps, les livres étaient écrits par des hommes de lettres et lus par le grand public. De nos jours, les livres sont écrits par le grand public et ne sont lus par personne."

En voyant la file de "personnes" qui attendaient, au Festival du Livre, de se faire dédicacer un "livre" écrit par une "personne" qui, paraît-il, est revenue de l'au-delà, je pense que, de nos jours, le mot "personne" peut vouloir dire "n'importe qui". 

** Petit cadeau pour mes lecteurs anglicistes : ICI la nouvelle de Mary Webb

4 commentaires:

  1. Merci beaucoup, Catherine. Quelle surprise de trouver le «petit cadeau» de nouvelles par Mary Webb! De temps en temps, vous savez que je fais lire et écrire en anglais !

    Avez-vous lu le roman de Mary Webb 'Precious Bane' ('Sam')? Je le recommande à tous.

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  2. Merci Joseph, pour ce commentaire utile. J'avoue ne pas avoir lu 'Precious Bane' et je compte donc le mettre sur ma liste de livres à commander très vite !

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  3. Merci pour ces précieux conseils comme toujours qui donnent envie d'acheter l'ouvrage
    Bisous georgette

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  4. AVIS À TOUS CEUX QUI SONT INTÉRESSÉS :
    LE LIVRE EST SORTI EN AVANT-PREMIÈRE POUR LE FESTIVAL DU LIVRE DE NICE - IL EST DISPONIBLE AUPRÈS DES ÉDITIONS OVADIA, 16, rue Pastorelli, à Nice, en attendant de prendre la place qu'il mérite chez tous les libraires.

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