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mercredi 20 novembre 2013

YOUNG PEREZ CHAMPION - par André Nahum



Il est vraiment rare que je lise un livre traitant de sport et je me demande encore pourquoi celui-ci a attiré mon attention. En fait, je le sais : je vis avec quelqu’un que la boxe passionne, qui a écrit plusieurs articles sur des boxeurs* vus par le cinéma, et soudain je me suis dit qu’il était temps que je me mette au diapason. Ajoutez à cela le fait qu’un « biopic » est annoncé sur ce même champion tunisien - YOUNG PEREZ -  et vous comprendrez pourquoi une vague de curiosité m'a envahie, qui a elle-même débouché sur la lecture de ce livre, passionnant, d’André Nahum.
Il est en effet intéressant à plusieurs égards : culturel, historique, et biographique. 

Culturel tout d’abord, car son auteur sait d’emblée nous plonger dans un monde foisonnant de sons, de senteurs et de couleurs. Dès les premiers chapitres, nous pénétrons dans le monde juif tunisien. Nous humons la nourriture qui cuit dans la cuisine de la mère de Victor Younki – futur champion -, et nous y reconnaissons la toute puissance, et l’amour absolu pour ses enfants, de la mère de famille ; nous nous promenons dans les rues du quartier où vit la famille Perez ; nous faisons connaissance de tous ces personnages colorés et pittoresques qui exercent de petits métiers pour nourrir des familles très nombreuses, et très pieuses. Nous découvrons les différents quartiers, où vivent des communautés qui ne se mélangent pas vraiment, et la fierté de ce jeune sportif qui fait coudre une étoile de David sur sa culotte de combat – triste prémonition de la suite de l’Histoire.

Nous comprenons bien la fierté qu’éprouve toute cette communauté, à travers ce qu’en dit la mère du héros, lorsqu’il décide de se faire appeler Young Perez : « On n’est pas américains ! Avant on s’appelait comme des Juifs, après il fallait s’appeler comme des Français, même votre père se fait appeler René, et maintenant on devient américain ? Vous allez me rendre folle ! »

Pourtant, ce n’est pas facile d’être juif en Tunisie après la guerre de 14, dans laquelle les Juifs tunisiens n’ont pas pu s’engager, n’étant pas français, mais tunisiens... À cause de cela, ils seront l’objet d’un véritable pogrom.
L’Histoire commence à marquer notre héros. L’Histoire, dont on devine qu’elle va le rattraper, et le broyer.

Tout le talent de l’auteur consiste à nous faire ressentir l’ascension fulgurante de ce jeune boxeur si talentueux et fougueux. Victor / Young Perez est repéré par un avocat féru de sport, au joli surnom de Moustache d’or ; il est entraîné par l’exigeant Joe Guez, et bientôt il devient un vrai champion, admiré de tous et aimé d’une jolie jeune fille. On le voit danser sur le ring, et on aime cela, grâce au don du conteur. 
Le roman de sa vie est parfait, et la trajectoire du héros semble tracée, impeccable.


Sauf que la réalité sera plus rude que ce rêve-là. On en devine la fin, on la connaît, mais on se laisse prendre par le récit de la vie de Young Peres, emporté par la gloire et la tourmente. Ce livre est également une bonne illustration du thème de « Nemesis » qui m’est cher : À Paris, Young Perez est étourdi par son succès. Devenu en 1931 le plus jeune champion du monde des poids mouche de l’histoire de la boxe, l’argent lui monte à la tête, il ne sait plus distinguer les amis des profiteurs, et, pire que tout, il perd ses repères culturels. Il lui a fallu cinq minutes pour passer de l’ombre à la lumière, mais cette lumière-là, qui l’éblouit, va aussi l’étourdir.

Il se rend à Berlin, et y arrive le lendemain de la Kristallnacht – Nuit de cristal – qui a entamé l’horreur de la persécution. Il est choqué, battu et humilié en combat, mais ne prend pas la pleine mesure du danger. Comme tant d’autres.
Plus tard, dans un Paris envahi par les nazis, Young Perez, qui n’est plus que l’ombre d’un champion, qui n’a pas su écouter les amis avisés qui l’imploraient de rejoindre la Tunisie, se trouve pris dans la nasse étanche de l’ennemi, sans aucun espoir d'évasion. Pire, un (une ?) traitre y a contribué. 
Alexandre Dumas avait beaucoup inspiré le jeune sportif, grâce à la lecture que lui faisait son père du Comte de Monte-Cristo. Young Perez s’imaginait que, à l'instar de ce héros, il se sortirait de toutes les geôles. Cela ne devait pas être.

C’est là une histoire triste, émouvante, mais également édifiante, que nous raconte André Nahum. Son livre, magnifiquement documenté, est un ouvrage précieux, vous l’aurez compris. Espérons que le film qui va sortir sera à la hauteur de cette belle biographie, dont je ne vous ai donné que des bribes .
C'est pourquoi je vous conseille de lire et d’offrir ce livre pour les fêtes, et pas rien qu’à votre beau-frère amateur de boxe !

À suivre, sur GRATITUDE, naturellement !


À paraître le 25 novembre :

Young Perez Champion
de Tunis à Auschwitz, son histoire
par André Nahum
Éditions Télémaque
ISBN 978-2-7533-0207-5 
15,90 € 


 * articles écrits par Jacques Lefebvre-Linetzky sur MILLION DOLLAR BABY & sur RAGING BULL - publiés dans la revue CINÉ NICE, éditée par la Cinémathèque de Nice. 



2 commentaires:

  1. Le film est hélas une trahison. Vous trouverez à ce sujet un bel article de Maya Nahum, sur le site Causeur.

    Elisabeth

    http://www.causeur.fr/victor-young-perez-un-detournement-de-boxeur,25071

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  2. Merci de cette information : je n'ai pas vu le film, pas encore arrivé à Nice - mais je comprends en lisant cet article que tout ce qui m'a touchée dans le livre en est absent. Je n'ai peut-être, moi-même, pas assez insisté sur la générosité et la solidarité manifestées par Young Perez. Je les signale ici, elles ont en effet une grande importance.
    Et je répète donc que c'est le livre qui est à lire pour en savoir plus sur Young Perez !

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