En deuil

En deuil

dimanche 19 janvier 2014

AUX DAMES DE FRANCE




Qui se rappelle le nom désuet de cette enseigne, qui fut le fleuron de la mode déjà ringarde des années cinquante, avant de céder la place à La Riviera, emplacement qui fut lui-même ensuite boulotté, à Nice, par la Fnac ?


Eh bien, moi j’en ai des souvenirs de gamine, parce que c’était un lieu de torture, celui où il me fallait essayer des robes qui tombaient aussi bien sur moi que sur un cintre, au grand désespoir de ma mère. Les Dames de France ! Quand on avait prononcé ce nom, on entrait dans une espèce de confrérie féminine (sic), faite de grâce, de distinction, et de conventions bourgeoises. Pfff.

Aujourd’hui, ce sont ces notions qui me viennent à l’esprit alors qu’on nous bassine avec le terme de «Dame de France », précédé de celui de « Première », avec plein de Majuscules dans la bouche.

Ainsi que l’ont fait remarquer nombre de journalistes et de personnalités du monde politique, la fonction présidentielle est occupée en France par la personne qui a été élue par le peuple.
Il se trouve que pour l’instant, cela a toujours été un homme, souvent marié de surcroît. Mais que se passerait-il si nous choisissions d’élire une (ou un) célibataire ? Ou mieux*, un homo ? Parlerions alors du « Premier Monsieur de France ? » Certes, nous avons déjà eu Monsieur le Frère du Roi, ce Petit Monsieurqui ressemblait plus, paraît-il, à une grande mademoiselle, et cela ne lui a pas porté chance.
Tout ça pour dire, que, franchement, il serait temps de vivre avec son temps, et de cesser de gloser, voire de dégoiser, sur ce qui se passe dans la vie de nos élu(e)s.

On va me répondre que nous payons leurs factures. Et alors ? Nous n’avons fait que cela depuis des siècles, que de payer les frais royaux de ceux qui nous gouvernent, pour à présent visiter leurs châteaux avec extase.
J’imagine bien ce que disait le cinquième valet du jardinier de Versailles : « Vous avez vu ces bassins ? Il se prend pour Neptune, le roi, ou quoi ? Qui c’est qui va payer tout ça, hein ? Et les massifs de fleurs, là-bas, c’est pas eux qui vont nourrir le pauvre peuple ! »
Bien sûr qu’il avait raison. Et tort, si l’on en croit ce qui a suivi.

Mais, me direz-vous, je m’écarte du sujet. Pas tant que cela. Soit on parle de sous, et alors l’Histoire nous prouve que c’est une broutille, l’entretien d’une dame (qu’elle soit une concubine, pacsée, ou pas) au regard de ce qui a précédé, ou des dépenses faramineuses consacrées au transport aérien des ex-épouses de président – par exemple. 
Soit on parle de morale, et là, franchement, je dirai que je suis ravie de vivre à une époque où l’on n’est pas davantage bégueule qu’au Grand Siècle. Une époque où l'épouse consacrée (ou non) du Président de la République ne refuse pas de recevoir des divorcés à la table de l'Elysée, comme le fit une certaine Tante YvonneUne époque où l’on se moque bien de savoir qui fait quoi avec qui, et dans quel genre de lit. 

Ça les regarde. Si un président se révèle incapable d’exercer ses fonctions parce qu’il est amoureux, c’est autre chose, on a eu un précédent, il a fini par se faire virer, et pas forcément à cause de cela. 
Si, donc, il est incompétent politiquement, il ne sera pas réélu, et ce sera tant pis pour la pomme de ceux et celles qui ont voté pour lui – et tant mieux pour les autres ! On n'est plus obligé d'attendre la mort du Roi Soleil pour avoir des lendemains qui chantent... ou qui déchantent.

Mais, s’il est infidèle, ça regarde sa compagne, et ça le regarde, lui – et sûrement pas nous. 

Sauf, que comme l’a dit Anne Roumanoff : « Ça ne nous regarde pas du tout, mais cela nous intéresse beaucoup ! » 
(citation approximative !)

Pour finir, le dilemme reste entier.
Et éternel, ainsi que le prouvent ces vers, tirés de Bérénice :



Titus : Ah, Rome! Ah Bérénice! Ah, prince malheureux !
 Pourquoi suis-je empereur? Pourquoi suis-je amoureux?

Suivis de ceux-ci, qui risquent bien d’illustrer la suite douloureuse de ce feuilleton, pour au moins l'une des deux dames :

Eh bien ! Régnez, cruel, contentez votre gloire :

Je ne dispute plus. J'attendais, pour vous croire,

Que cette même bouche, après mille serments

D'un amour qui devait unir tous nos moments,

Cette bouche, à mes yeux s'avouant infidèle,

M'ordonnât elle-même une absence éternelle.

Moi-même j'ai voulu vous entendre en ce lieu.

Je n'écoute plus rien, et pour jamais: adieu...

Pour jamais ! Ah, Seigneur! Songez vous en vous-même

Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?

Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,

Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?

Que le jour recommence et que le jour finisse,

Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,

Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?

Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus !
L’ingrat, de mon départ consolé par avance,

Daignera-t-il compter les jours de mon absence ?

Ces jours si longs pour moi lui sembleront trop courts*.

Eh oui, on voit bien que tout n’est que littérature, mais merci, monsieur Racine, d’avoir ainsi merveilleusement formulé  les affres d'une passion dont certains moralistes ne comprennent  pas qu'elle puisse toujours atteindre nos contemporains.


Bérénice, de Jean Racine, (1670) - Acte IV, scène 5. 

* Je sais, ça va faire réagir, ce "mieux" ! Commentaires bienvenus !

3 commentaires:

  1. Chère Cathie,
    J’ai toujours admiré, aimé et glosé ta Bérénice, et ce que tu dis de la people connection je le partage entièrement. Nous sommes dans une société de voyeurs, de voyoux (ses) et de paparaseurs. Malheureusement semant parfois le malheur sur leurs pas. Il suffit de repenser à Diana. Mais ici, de toutes mes forces je me rallie à Éluard, sur tous mes cahiers d’écolier, sur les murs aux graffiti, et même sur les parois des pissotières, j’écris ton nom : Liberté. Sur l’air de « Laissez-les vivre » je dis : Laissez-les libres ! Je ne dis pas seulement qu’il est interdit d’interdire, je dis qu’il est interdit de voir en douce et de montrer du doigt en se chauffant la gorge. Cela me rappelle l’histoire de cette personne allant se plaindre au commissariat que son voisin d’en face se montrait tout nu. L’inspecteur, dépêché pour constater le délit, entre dans la chambre de la personne et remarque qu’elle est éclairée par une lucarne supérieure ? Was ist das ? vasistas ! Je ne vois rien, conclut-il. Alors la personne de s’écrier : Mais si, voyons, montez sur la chaise et voyez par vous-même : mon voisin est toujours à poil !
    Albert B.

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  2. Oh la, la! Maintenant, je comprends les Infos sur 'France 24' de la 'famille' présidentielle un peu (je crois !). Merci, Catherine.

    Si un certain M. James Bond était Français, peut-être qu'il aurait été élu Président de la République ?

    Joseph

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  3. Déjà dans Bérénice :

    Moi-même à tous moments je me souviens à peine
    Si je suis empereur ou si je suis Romain.

    et le mot de la fin

    Pour la dernière fois, adieu, Seigneur.

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