En deuil

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mercredi 12 mars 2014

LILLYHAMMER, ET VIVE LA NORVÈGE !


LILLYHAMMER, du vet ?*

Avec un nom pareil, on pourrait penser qu’il s’agit d’une série de meubles Ikea. Eh bien non, pas du tout, même si cette série americano-norvégienne a des accointances avec la Scandinavie. Mais il n’y est pas question de mobilier, plutôt d’immobilier, et dans ce domaine, j’ai trouvé mieux que M6.

Après le grand enthousiasme de la semaine dernière et comme, à part GRAND BUDAPEST HOTEL, je n’ai rien vu qui me fasse sauter de joie au cinéma, je me rabats sur l’écran plat de mes nuits blanches, sur lequel je me suis régalée à regarder, soir après soir, à m’en gaver, la première saison de LILLYHAMMER, grâce au petit chéri qui me l’a fait découvrir*.


Pourtant, gaver n’est pas le terme idéal, car c’est-là le genre de série qui vous fait dire : « Allez, encore un épisode, rien qu’un, et après on fait dodo…  » quand en fait, on ne parviendra à fermer ses petits yeux qu’à des heures pas possibles, tant on est accro.

Alors voilà, en gros, c’est l’histoire d’un mafioso italo-américain (tant pis pour le pléonasme), Frank Tagliano, qui obtient de faire partie d’un programme de protection des témoins en acceptant de dénoncer un autre mafieux encore plus méchant que lui. Sur un coup de cœur, rien que par nostalgie des J.O d’hiver de 1994, il se fait expédier en bonne et due formes en Norvège, à Lillehammer, où il renaît sous le nom de Giovanni / Johnny Henriksen. 

À partir de là se déroule le film de son « intégration » dans une société aux valeurs morales quasi-impeccables, qu’il va s’attacher à « américaniser » et pas dans le meilleur sens du terme. Un voyou, même très sympathique, reste un voyou, avec des valeurs de voyou, et le vocabulaire assorti.

Après avoir réussi son examen d’entrée dans le pays, non sans quelques graissages de pattes et autres chantages invraisemblables, Johnny va ouvrir un « club » dans la paisible ville de Lillyhammer, séduire une jolie blonde, pourrir la vie de ses voisins, et se faire – très vite – autant d’alliés inféodés que d’ennemis.
Dit comme ça… je vous sens hésitants.
     Ah mais, ce qui en fait une petite merveille de série, c’est : 

1) le jeu extraordinaire de l’acteur Steven Van Zandt (que certains avaient peut-être déjà repéré dans les Sopranos – RIP James Gandolfini), dont les mimiques, la démarche, l’accent sont impayables.

2) le jeu parfait de tous les seconds rôles, et en particulier des femmes. La policière Laila Hovland, interprétée par Anne Krisvoll (qui fait furieusement penser à Frances McDormand, dans Fargo, des frères Coen) est particulièrement croustillante. Mais les bêtas en tous genres ne sont pas mal non plus, bien plus drôles que les soi-disant futés gangsters américains.


3. la satire, voire la caricature de l’affrontement entre deux cultures : la capitaliste pure et dure, venue des US, et l’humaniste, limite ringarde, du monde scandinave. Une caricature hilarante qui a, en plus, le mérite de l’exotisme. Foin des Experts à Miami, et des villages anglais à la pelouse manucurée façon Barnaby ! Après les crimes suédois ou islandais dont on a soupé, un peu de grand guignol à la norvégienne, voilà un décor vivifiant qui vous requinque vite fait. Manque plus que l’omelette et le verre d’aquavit sur la table de nuit pour compléter le tableau. On adore.

Il faut croire que les Norvégiens (coproducteurs de la série) n’ont pas craché sur LILLYHAMMER non plus car la série a été plébiscitée chez eux. Alors, soit ils sont idiots, soit ils ont suffisamment d’humour pour pratiquer ce que je préfère en la matière : l’autodérision. Je penche sans hésiter vers la deuxième solution, et cela me les rend très sympathiques, aussi sympathiques que ce vilain méchant gentil héros.  

Et pour finir, en prime ironique, il y a une certaine culpabilité agréable à se trouver aussi souvent séduit par un héros qui piétine allégrement toutes les valeurs auxquelles on croit (croire). En fait, ce petit coup d’immoralité bénigne fait un bien fou : un peu de politiquement incorrect, à peu de frais, cela change du discours ronronnant – et, sur fond de neige, de petits drapeaux, de rennes et de trolls, ma foi, c’est mieux que le morne spectacle pré-électoral qui se tient chez nous ces temps-ci. 

J'ai failli oublier : en bonne pédago, je souligne que cette série à regarder en V.O absolument, car elle illustre une fois encore le fait qu'il n'est pas absolument indispensable de parler la langue de l'autre pour échanger avec lui. Là, les Norvégiens parlent norvégien, les Américains leur langue, et tout le monde est content, sauf ceux qu'ils tuent. 
(On se demande à quoi ça sert d'enseigner autre chose que la compréhension de l'oral ! En revanche, ça peut servir de savoir lire des sous-titres.)   

Vous devinez ma conclusion :
Vivement la saison 2, qu’on sache si Johnny pourra s’occuper des bébés de la mignonne Norvégienne qui l’a proprement jeté à la fin de la saison 1, des jumeaux dont il est, incidemment, le papa. WTF, tant pis si j’en ai trop dit !

Mais quand même, The Grand Budapest Hotel... dans le genre déjanté, c'est pas mal non plus. 





* Du vet ? = Vous connaissez ? C'est beau les langues étrangères avec Google !
** C’est mon fils dont il s’agit, cette fois-ci !

2 commentaires:

  1. Ah flûte j'ai loupé cette série ! C'était sur quelle chaîne ? Vu comme tu en parles j'ai les plus vifs regrets de ne pas avoir regardé .... Merci pour cette analyse bien complète comme d'habitude ...
    Bisous
    Georgette

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  2. Une bonne analyse, Cathie.

    [Il y aura plusieurs séries de ce feuilleton à venir (je crois).]

    Joseph

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