En vol

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jeudi 27 mars 2014

UN DÎNER PRESQUE RATÉ


PAN SUR LE BEC !

Quelqu’un qui parle de plats, de nourriture et de manger dans chacun de ses livres et dans celui-ci en particulier, devrait au moins éviter la catastrophe culinaire dans sa propre cuisine, non ?


Pourtant, je l’ai frôlée, et si aucun de mes invités n’a remarqué le désastre, ni l’état de post-traumatic-shock dans lequel il m’a laissé, c’est que vraiment j’ai eu du bol. (sic)
À présent, j’en suis morte de rire, mais comme vous allez le voir, sur le moment j’étais plus proche du tas de larmes sur le sol de la cuisine que de l’extase gastronomique.

Ça a commencé de façon très originale (re-sic) avec une intention de repas oriental, basée sur un joli livre prêté par des amis, intitulé JÉRUSALEM.


Il offre la particularité de donner des recettes concoctées par un Palestinien et un Israélien de cette ville, ce qui tendrait à prouver que la table est un remède miracle aux conflits.

La recette de poulet que j’avais choisie, et qui devait suivre une table d’entrées typiques (hoummos, caviar d’aubergines, poivrons grillés, sans oublier les foies hachés*), ressemble fort à un biryani indien, c’est-à-dire que le poulet est mis à cuire avec le riz qui l’accompagne (et inversement). 
L'image en était très attrayante, et le principe assez banal. Du déjà fait. 

Toutefois, cette recette impliquait la recherche d’un bon nombre d’épices, telles que cardamome, cannelle, girofle, poivre, et des herbes variées : coriandre, aneth, persil… 
Ceux qui cuisinent savent que de rassembler à temps les ingrédients, c’est aussi important que la casserole que l’on va utiliser.
La mienne, en l’occurrence, a fait ses preuves depuis quelques décennies, je dis cela pour l’exonérer a priori et a posteriori.


Je vous passe les détails du début de la cuisson, pour en arriver direct au Titanic.
L’iceberg, ça a été le riz.
Un riz basmati de marque, car je m’étais dit que, pour une fois, je changerais de celui de Carrefour.
Mal m’en a pris.

Tout bien nommé qu’il est, il n’a jamais voulu cuire.
Il a d'abord ressemblé à du béton effrité, puis à de la colle à ciment, et vous avouerez que cela n’est appétissant ni dans un cas ni dans l’autre.
J’ai tout tenté. Rien à faire.

Une demi-heure avant l’arrivée de mes invités (au nombre de 5 tout de même), j’ai hésité entre commander une pizza ou des sushi, et/ou jeter la marmite par la fenêtre et moi avec, tout cela entre deux sanglots (j’avoue en rajouter, pour le fun, mais à peine).

Mais là – étincelle de génie domestique, associée à un soutien conjugal de taille. Merci à lui. 

J’ai donc entrepris de racler chaque parcelle de ciment collée à mes morceaux de joli poulet fermier.
J’ai jeté tout le prétendu riz  (avec, hélas, une bonne partie de ces épices parfumées et des oignons caramélisés), à la poubelle, qui a failli en exploser. 
J’ai farfouillé dans mes placards.
J’ai remis la cocotte sur la plaque, et démarré à toute vitesse un de mes grands classiques, le poulet à la niçoise.
Les olives, ça ne se rate pas. La sauce tomate non plus. Le vin blanc se garde toujours.
Par chance j’avais même des champignons au frigo.

Mais quel riz pour l’accompagner ?
Coup de bol, il me restait du stock de Carrefour. Du basmati, quand même.
Un coup de cocotte à riz, et le tour était joué. Cuisson parfaite.
Sauf que je me suis dit : « Au cas où il n’y en aurait pas assez, je vais en faire une deuxième fournée » et là, j’ai fini mon paquet de marque.
Rebelote, dans la cocotte à riz, cette fois-ci.
Rebelote : ciment, suivi de ciment-colle.
=> Poubelle.
;-)

Moralité, non seulement c’est dans les vieilles casseroles qu’on fait les meilleures soupes, mais c’est aussi avec les vieilles idées, les plus simples, que l’on sauve la face.
La nervosité ne m’a pas empêchée de casser un ou deux verres dans le courant de la soirée, mais en définitive, au bout d’un moment, l’amitié a pris le dessus et, au fond, c’est bien là le plus important.

Pan sur le bec. Je promets de ne plus jamais commenter le dîner des autres.
Sauf au restau, bien sûr, mais là, on a tous les droits, même celui d’en dire du bien. Revoir ici
  
Le livre en question n’est naturellement pas en cause. Il est superbe, et quand j’aurai réussi cette recette-là je le vanterai encore plus ! 

Le service conso de la marque de riz que je ne cite pas, par charité, me promet une compensation. À supposer que je reçoive un quintal de riz, j’en fais quoi ? Si quelqu’un a un chantier en cours, il peut me laisser un commentaire sur ce blog et venir le récupérer. Cru.

*cf "Un cheval et une alouette dans Recettes à la vie, à l'amour.

À l'heure où je publie ceci j'ai royalement reçu, outre une lettre très bien tournée, 3 bons de 1,50€, pour le même riz, à titre de compensation. Il y a des amateurs ? 

10 commentaires:

  1. A mourir de rire ! ah ah ah ah Super ! Toujours aussi bien écrit
    Un régal - Bises et je pense que tes invités ont dû apprécier ce repas de l'amitié - Georgette

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  2. Dis-nous vite de quelle marque il s'agit pour nous éviter la même mésaventure ! Justement je m'apprêtais à cuire un bol de riz pour accompagner la soupe de tomates de ce soir !
    Bises. Michèle

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    1. La chère amie qui m'a prêté le livre de recettes m'envoie une phrase magnifique, empruntée à Woody Allen, pense-t-elle : "La tragédie avec le temps, ça peut devenir une comédie" ... I love it.

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  3. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  4. Mon plus beau ratage a été d'inviter 8 personnes, d'avoir oublié, et d'être en petite tenue quand ils ont sonné à la porte. Le service pizza express fut le bienvenu.
    Christine

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  5. Un ratage qui aurait pu être fatal. Premier dîner en (bientôt) amoureux dans mon petit appartement de banlieue. Pas question de se rater - ni d'en faire trop. Tout devait aller crescendo jusqu'à la délicatesse d'un soufflé à la banane. Sauf que ce soir là, mon four n'a jamais voulu m'obéir et que le soufflé est resté tout raplapla, et même pas cuit. Il y a 42 ans et je n'ai jamais plus mis de soufflé sucré au menu!

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  6. A l'atmosphère amicale et chaleureuse de la soirée s'est ajouté un mystère redoutable, accompagné de rires joyeux et de grimaces hilarantes, car chaque convive a désespérément essayé de trouver à quelle étape du menu se trouvait "la cata frôlée", tellement bien "rattrapée" que personne n'a réussi à en avoir la moindre idée. Ce repas était absolument délicieux et nous avons cru à une farce, ou tout au moins une exagération de ta part, Cathy. Mais en apprenant la solution de l'énigme, je te dis : "Bravo !!!! Fais-nous encore des "catas" !!! Michou

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  7. On ne peut se souvenir du ratage d'une recette qu'à condition de l'avoir réussie auparavant. A cuisine banale, « réussite » sans gloire.
    Mais en dehors de la cuisine proprement dite, on peut se souvenir d'un ratage de convivialité. Par exemple, n'avoir pas compris que des parents ou amis invités à boire un verre, se soient crus invités à un repas...qui n'est pas prêt à leur arrivée. La honte...
    Amitiés, Maurice

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    1. Oh, ça nous est arrivés une fois, d'être invités pour un dîner, croyions-nous, quand en fait c'était pour une tisane (!!!) - malentendu délicat quand on ne se connaît pas bien. Avec des amis proches, pas grave, on en rigole et on se met ensemble aux fourneaux !

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  8. Super (ou 'souper') ? Bonne dégustation !

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