En deuil

En deuil

samedi 16 mai 2015

PETITE LEÇON DE PATIENCE



Photo prise ici

Cela fait longtemps que j’aurais dû me faire établir une carte en bonne et due forme. Mais j’avoue avoir été très négligente, et m’être reposée sur mon cher époux en cas de besoin. Besoin de livres, s’entend ! Car lui, étant inscrit à la médiathèque, a le droit d’en emprunter, et il accepte même de me les « sous-prêter », à l’occasion.

Mais là, urgence : il me fallait absolument mettre moi-même la main sur une pièce rare (et quelque peu onéreuse) dont un coup d’œil sur internet m’apprit qu’elle était disponible dans l’une des médiathèques de la ville.

J’ai donc décidé de sauter le pas, et d’apporter les pièces nécessaires à la création d’une carte de membre, afin, dans la foulée, d’emprunter ensuite l’ouvrage convoité.

Une fois franchi le seuil, je me retrouve devant le préposé à l’accueil, lequel semble débordé à l’avance à l’idée de devoir me fabriquer le document en question. Il m’annonce la liste de tous les documents nécessaires : photo, carte d’identité et une facture prouvant que je vis bien dans cette ville. Puis il s’excuse et s'échappe pour ranger quelque chose (un livre ?) sur un chariot. Il revient, se réinstalle derrière son bureau, se passe la main sur le front d'un air las, et me regarde. Je lui tends les pièces requises, ce qui semble sérieusement le perturber. Il pensait sans doute que je ne reviendrais avec que deux jours plus tard, le temps qu’il s’habitue à l’idée de voir une non-initiée rejoindre le cercle des membres de cette illustre institution… À moins qu’il ne trouve curieux de vouloir s’y inscrire en mai ?

Quoi qu’il en soit, je suis, moi, bien décidée à régler l’affaire sur le champ, pour les raisons susmentionnées.
Notre échange :

Lui : Alors, vous avez bien un justificatif d’identité ?
Moi : Oui, regardez, je viens de vous donner ma carte d’identité.
Lui : Ah bon, alors il va falloir que vous reveniez avec une facture.
Moi : Une facture ? Mais je viens de vous donner ma carte d’électeur, ça prouve bien que je vis ici, puisque j’y vote, non ?
Lui : Non, il me faut une facture, datant de moins de trois mois.
Moi : La direction des musées a considéré que ma carte d’électeur suffisait pour m’établir une carte. Vous êtes sûr que cela ne vous convient pas ?
Lui : Elle date de quand ?
Moi : Regardez, de mars 2015, elle a été tamponnée aux dernières élections. Ça fait bien moins de trois mois, non ? 
Lui : (il la tourne dans tous les sens) Vous n'avez pas une facture ? Normalement, il faut une facture. Attendez, je vais demander… Et, (ajoute-t-il à tue-tête, alors que je murmurais dans mon téléphone pour expliquer mon retard à une amie) on n’a pas le droit de téléphoner à l’intérieur, vous savez.

   – Allo Patricia, c’est Machin, de l’accueil (poursuit-il d’une voix de stentor)
Tu me passes Nicole STP ? C’est pour une nouvelle inscription.
   –  ….
   – Oui, bonjour ma puce, tu vas bien ma puce ?
   –  ….
  – Oui il fait chaud, hein ? Patricia m’a dit que tu pourrais m’aider. Alors, j’ai là une dame qui veut que je prenne sa carte d’électeur au lieu d’une facture. Tu en dis quoi, ma puce ?
   – ….
   – Ah bon ?
   –  ….
   – Attends ma puce, je regarde….mars 2015.
   – ….
  – Tu es sûre ? Je peux la prendre alors ? Pas besoin d’une facture ? Je ne savais pas qu’une carte d’électeur ça pouvait marcher. Bon, merci ma puce, je vais le lui dire. (Il me pensait peut-être sourde et aveugle) À plus tard ma puce. Bisous.
   – ….

Je passe sur le fait que deux personnes avaient commencé à faire la queue derrière moi, avec une patience que je n’aurais pas eue… le temps que  "mon"  employé scanne les documents, note soigneusement dans son ordinateur (à l'aide d'au moins deux doigts) mes noms, prénoms, se trompe une ou deux fois en détaillant à voix haute leur orthographe – que je rectifie avec ménagement –, redécoupe la photo, la colle, appuie longuement sur l’enveloppe en plastique pour la sceller, et me la remette avec des recommandations concernant la suite des opérations, pour lesquelles j’étais tout de même venue. 

Parce que c’était loin d’être fini. Il m’a fallu ensuite me rendre dans la salle de prêt. Sauf que le livre que je voulais emporter n’était disponible SUR COMMANDE que 24 heures après l’avoir réservé sur internet. « Prenez cet ordinateur », me souffle de manière quasi-inaudible le responsable de la tranquillité de la salle d’étude. Ses airs de conspirateur me donnent envie d'apprendre illico le langage des signes. 

Allez, je vous fais grâce de la description de la commande en question, des mots de passe et codes secrets requis pour la valider. Tout ça toujours grâce aux chuchotements experts de ce deuxième employé, fort gentil, au demeurant – mais pour apprendre ensuite de sa bouche que l’ouvrage en question ne serait accessible qu’en consultation in situ… « Il fait partie d’un fonds spécial, vous comprenez… »

Sur ce, j’hésite vraiment entre la crise de nerfs et le fou-rire. J’avoue avoir sainement opté pour la seconde solution (mais me suis retenue pour ne pas faire de bruit), et suis sortie de ce bâtiment avec la certitude d’avoir vécu un superbe moment administratif.

Bon. Le livre étant tout de même commandé pour le lendemain, je décide d’y retourner avec de quoi prendre des notes. Mais, comme on le dit chez nous, si en cas cela s’avérerait trop compliqué, je crois bien que je renoncerai aux économies, et que je commanderai l’ouvrage… sur internet : parfois, j’en ai ras le bol des contacts humains, et de leur lenteur !


PS. Tout roule. Le livre demandé est arrivé comme promis, et il est magnifique. 
Finalement, ce n’est pas si mal d’être inscrite en ce lieu prestigieux. Ne serait-ce que pour le plaisir d’exagérer ensuite, et ici-même, les dialogues que cette démarche implique !





2 commentaires:

  1. Tou sa sa vient du fait kon nait obligé de gardé tous ses livres qui serve à rien...
    MB ;-)

    RépondreSupprimer