En deuil

En deuil

lundi 7 mars 2016

AU SECOURS DES MIGRANTS.

©Image prise sur le site de Michael Honegger,
photographe : portfolio "HUMAN TIDE"
avec son aimable autorisation. 


Ce billet a pour but de mettre en lumière ce que l’on ne vous dit pas toujours sur les migrants, ni sur ceux qui vont à leur rescousse.
En ces temps de violence mondiale, nous sommes tous contaminés par la peur. Celle-ci nous amène à nous replier sur nous-mêmes, à rejeter l’inconnu, et surtout les inconnus. Heureusement, ce n’est pas le cas de tous, et je souhaite aujourd’hui mettre un coup de projecteur sur le travail humain que fournissent deux Niçois d’adoption – les Américains TimothyJay-Smith, écrivain, et son compagnon Michael Honegger, photographe –, en Grèce, et en particulier sur l’île de Lesvos.
Pour y remédier – et avec son accord – je me suis appuyée sur des passages du site de Tim, rédigés en anglais, et je les ai traduits à votre intention. Les images qui accompagnent ce billet proviennent du site de Michael Honegger, je les publie ici avec son aimable autorisation.

source : wikipedia,

Comment cela a commencé :
"Il y a un an, mon compagnon et moi-même avons commencé à entendre parler de l’arrivée de  réfugiés sur l’île grecque de Lesbos, et en particulier le long de la côte nord, tout près de Molyvos, le village où nous nous rendons deux fois par an depuis des années. Nous connaissions les bénévoles qui avaient commencé à organiser les premières opérations de sauvetage, et dès notre arrivée en mai dernier, nous nous sommes volontiers associés à leur tâche, et à cette cause, en confectionnant des sandwiches, en distribuant de la nourriture, et des chapeaux. Mais aussi en versant des larmes, car il est impossible de ne pas en verser pour les réfugiés.


Quelques chiffres, accompagnés de leurs conséquences contrastées :
Ce qui avait commencé avec l’arrivée de deux ou trois canots par semaine devint le double de cela par jour, puis encore le double et ainsi de suite. À la fin de l’été, plus de 3000 réfugiés arrivaient quotidiennement. La plupart d’entre eux ne traversaient jamais le village. Ils le contournaient. Malgré cela, un schisme (prévisible) se créa entre les villageois qui étaient prêts à les aider, et ceux qui craignaient que l’aide, aussi mineure soit-elle, encouragerait davantage de réfugiés à venir.
Vu par un sociologue, Molyvos est un exemple fascinant de la manière dont une communauté réagit face à une crise humanitaire. Dès le début, des bénévoles locaux ont fourni de la nourriture, des vêtements secs, et dans la mesure de leurs moyens, des abris pour environ 90,000 réfugiés. Ils ont été de plus en plus aidés par des bénévoles venus de l’étranger, prêts à aider pendant une semaine ou deux, voire dans certains cas, à demeurer sur place plus longtemps : deux ou trois mois, par exemple.
En revanche, les autorités insulaires ont capitulé plusieurs fois face à une clique hargneuse, hostile aux réfugiés qui ont, par exemple, empêché l’installation à Molyvos d’un seul cabinet de toilettes, ou bien barricadé un parking public pour que ces malheureux cessent d’y camper la nuit, et refusé la création d’un poste de transit, pourtant approuvé par le maire de l’île.  Quelques jeunes à mobylette ont un temps harcelé les réfugiés, les forçant à quitter le village au milieu de la nuit. Le pire s’est sans doute produit lorsqu’une femme a hurlé que les réfugiés devraient être abattus avant d’atteindre le rivage, ou bien la fois où un agent immobilier a dirigé sa lance d’arrosage vers les réfugiés pour les empêcher de se reposer sur le trottoir, devant ses bureaux.
Fort heureusement, ces moments ont été peu nombreux. En plus de l’aide humanitaire organisée, de nombreux villageois ont donné de la nourriture, et de l’eau, invité les réfugiés à se doucher chez eux, leur ont offert des repas et conduit à Mytilène au lieu de les laisser faire la longue route à pied. Un propriétaire d’hôtel a mis sur pied une équipe prête à accueillir, à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, les embarcations qui échouent sur sa plage privée.


Les aides :
Il est merveilleux, et inattendu, de voir ce que les gens ont donné, sous diverses formes. Pendant la plus grande partie de l’été, la facture, en augmentation constante, de nourriture a été payée grâce aux dons des touristes en vacances. Pour un village lui-même affecté par une sévère dépression économique, fournir le moindre sandwich, une banane et une bouteille d’eau équivaut à une dépense majeure.
L’argent récolté, grâce aux dons, a été utilisé de diverses manières : achat de médicaments, réparations de plomberie, transport des réfugiés depuis la côte nord jusqu’à la capitale de l’île. Nous avons également pu contribuer à nourrir les volontaires venus aider pour une longue durée.
Le plus important, cependant, a été de fournir certaines choses directement aux réfugiés. Par exemple, plus de 13000 chapeaux pour les protéger du soleil impitoyable, 8000 ponchos imperméables, et réutilisables, 350 paires de chaussures, et 1550 casquettes protectrices (isolantes) pour les enfants. Cela nous a permis d’aider près de 14% du total estimé des réfugiés qui sont passés par le village. Nous avons en plus fourni de l’eau potable et de la nourriture, des médicaments, à des milliers de gens. En ce moment, on m’a demandé de trouver des pantalons en polaire pour les enfants. Je suis à la recherche d’un fournisseur intéressant et j’en achèterai autant que possible. Tout ceci a été rendu possible grâce à l’argent que les gens nous ont envoyé. Tant que nous en recevrons, nous continuerons à agir de la sorte.






Alors ces toilettes ? Ce que Tim en dit :

Eh bien, les toilettes étaient devenues emblématiques du schisme insulaire. Le débat concernant la meilleure façon d'aider les réfugiés se précisa : fallait-il oui ou non créer un véritable lieu de transit, où ils pourraient trouver de l'ombre, des toilettes et des douches, et de se reposer , une nuit peut-être, avant d'entamer leur marche forcée de 70 km vers la capitale de l'île. Les opposants à ce projet ne voulaient rien savoir de quoi que ce soit qui ressemblerait à un camp, et c'était le cas d'un lieu de transit. Il s'avéra que le plus petit des WC de chantier ressemblait à une boîte de Pandore !
Grâce aux dons reçus, j'ai pu, au mois de juin, acheter deux WC de chantier. Ils n'étaient disponibles qu'en rouge, et nous les avons repeints en vert, pensant les rendre plus acceptables aux yeux des opposants. Peine et argent perdus. Tous les emplacements que nous suggérions ont été rejetés par l'Office du tourisme local... et l'installation empêchée. 


Photographie © Michael Honegger
(…) Plus tard, la Fondation Starfish s'impliqua et, avec l'accord tacite d'un généreux propriétaire de terrain, un camp de transit (Oxy Camp) fut enfin créé, avant que quiconque puisse y faire obstacle. Les deux fameux WC furent installés, et les centaines de réfugiés éparpillés le long des routes purent y être rassemblés.
À l’automne, Oxy Camp a été fermé, pour être remplacé par un nouveau camp sur la côte nord, et ce, grâce au soutien du UNHCR (le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés, qui a fourni des tentes) et au IRC (International Rescue Committee) qui aide au transport des réfugiés. 
La Fondation Starfish, quant à elle, continue d'aider le nombre constant de réfugiés qui arrivent dans le port de Molyvos, tandis que les garde-côtes et d'autres services tentent de les évacuer des radeaux surchargés avant que ceux-ci ne chavirent. 



Le bilan, vu par Tim :
L’hiver n’est pas terminé, et le nombre de réfugiés est déjà plusieurs fois ce qu’il était l’an dernier à la même époque. À mesure que des pays au nord de la Grèce ferment leurs frontières, les migrants se retrouvent bloqués en route, ce qui implique que davantage d’entre eux vont être amenés à rester plus longtemps sur l’île. Malgré les aides croissantes de diverses organisations et de personnes privées (en plus de celle de la Fondation Starfish), les ressources sont maigres en regard des besoins et du sort tragique de tant de personnes.
Les réfugiés sont les grands perdants, bien sûr, ils ont vécu et fui une horreur indescriptible. S'il n'y avait des vidéos pour les illustrer, on ne croirait pas leurs récits. 
Mais les Grecs aussi subissent les conséquences de la situation. Le tourisme en prend un coup. Les réservations pour l’été prochain sont en baisse de 70%, et la majorité des vols charter vers l’île a été annulée. C’est désolant, à de nombreux égards, car les réfugiés ne traînent pas dans le village pour y culpabiliser les touristes. Vous pourrez y boire votre ouzo et danser le sirtaki sans être gênés ! Aucune criminalité n’est à déplorer. Donc, aidez les réfugiés, et les Grecs qui les aident, en allant passer vos vacances à Lesbos ! Je peux recommander hébergement et restaurants pour tous ceux qui me le demanderont. Allez-y, vous ne le regretterez pas !"


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Pour terminer, je note à nouveau l’adresse du blog de Timothy Jay Smith, et ne peux que vous engager à lui envoyer la somme de votre choix, en sachant que la plus minime sera utilisée à bon escient. Merci à lui, et à tous ceux qui donnent leur temps, leur énergie et leur savoir-faire, avec générosité, pour aider leurs frères humains.
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RAPPEL BIBLIQUE :
Exode 23:9: Tu n'opprimeras point l'étranger ; vous savez ce qu'éprouve l'étranger, car vous avez été étrangers dans le pays d'Égypte.


Photographie ©Michael Honegger
Mes remerciements les plus sincères vont, bien entendu, à Tim & Michael.

2 commentaires:

  1. Tim et Michael sont admirables, comme le sont tous ceux qui apportent une aide humanitaire aux réfugiés. Notre monde a besoin de voir que l'on peut aider les autres en leur donnant du temps, de l'attention, du réconfort, et bien sûr, ce dont ils ont besoin pour vivre décemment. Merci, Cathy, d'avoir publié cette information. En lisant ceci, on prend davantage la mesure des terribles difficultés de ces hommes, femmes et enfants, du mal qu'ils ont à trouver un peu de paix et de réconfort. L'accueil des grecs est une grande preuve d'amour et de générosité. Imitons-les !

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  2. Merci pour cette information, Catherine: une belle contribution.

    Joseph

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