En deuil

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mardi 13 décembre 2016

LA CLANDESTINE DE LA NAVETTE


Le petit bus que j’emprunte pour me rendre en ville est une source inépuisable de surprises. J’y capte des conversations passionnantes (parfois relatées sur ce blog), des paysages splendides car son parcours est plus qu’enviable, et parfois j’y fais des rencontres pour le moins inattendues.
Comme ce matin.

En voyant arriver la navette, je me suis pincée. Une peluche, sur le tableau de bord ? Je connais bien les chauffeurs, et n’imaginais pas l’un ou l’une d’entre  ces durs à cuire apportant son doudou au boulot !


Mais en montant à bord, surprise : l’animal en question est bien vivant. C’est un amour de chatte tricolore, qui prend ses aises, étalée sur le tableau de bord, tout contre le pare-brise. Elle regarde vers l’intérieur, scrute les passagers. Le bus repart, et malgré les virages et la pente, elle ne moufte pas. Parfois même, elle se lèche une patte. Se tourne vers le paysage ou vers sa propriétaire, qui la tient tout de même attachée, à l’aide d’un joli harnais.


Pourtant, ce qui est encore plus amusant à observer, c’est la montée à bord des usagers. Plusieurs d’entre eux ne voient rien. Ils compostent leur ticket, ou passent leur carte à deux poils des vibrisses de l’animal, sans même le remarquer.

Puis ils vont s’asseoir et, parfois, lèvent le nez de leur petite personne, pour enfin prendre conscience de cette présence inhabituelle. Là, les plus renfrognés se mettent à sourire. Et même à parler aux autres passagers. La conversation s’engage alors. Forcément, il y est question de chats, ceux que l’on a, que l’on a eus, que l’on a perdus, que l’on aimerait avoir – mais heureusement personne ne mentionne la moindre allergie aux poils de ce petit félin.  

La propriétaire de la minette raconte volontiers comment elle promène la bête sur sa moto : enfermée contre sa poitrine, à l’intérieur de son blouson dont seule la tête de la chatte émerge : celle-ci regarde droit devant elle, hume la vitesse, l’air qui lui frise les moustaches, imperturbable.

La conductrice du bus, qui peut à son heure manifester une certaine mauvaise humeur, en a perdu toute aigreur. Enjouée à son tour, elle fait patte de velours. Un vrai bonheur.


Arrivés au terminus, chacun descend. Mais pas question d’omettre de saluer en bonne et due forme la clandestine de la navette. Grâce à elle, un rayon de convivialité, et de refus de la normalité, a éclairé la matinée.


Miaou. 
On en ronronnerait car, ne l'oublions pas : 

"Le plus petit des félins est une œuvre d'art" 
(Leonard de Vinci)




3 commentaires:

  1. Oui, une œuvre d'art ton commentaire aussi.
    Bises d'Albert

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  2. ah J'adore ! MERCI CATHIE !!
    GE0RGETTE

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  3. Nos amies les bêtes sont des alliées de choix pour rendre le sourire aux plus moroses... Merci pour ce clin d'oeil partagé avec tes lecteurs et lectrices...

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