En vol

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Image de la superbe chaise de l'artiste SAB

jeudi 11 octobre 2012

SAUVE TOI, LA VIE T'APPELLE





Tel est le beau titre que Boris Cyrulnik a donné à son dernier livre. J’ai eu le plaisir de me le voir dédicacer à Mouans-Sartoux, le weekend dernier. Ceux qui suivent ce blog savent l’admiration que j’éprouve pour ce monsieur, et je ne vais pas m’étaler une fois de plus en vagues de gratitude écoeurante à son sujet.

Toutefois, l’ayant écouté attentivement, et en plusieurs lieux, parler de ce « merveilleux malheur » qu’il a traversé, je souhaite développer quelques aspects cet ouvrage qui ne peut que toucher à l’âme de l’enfant qui est en chacun d’entre nous.

Tout d’abord, l’amoureuse des mots que je suis est visée au cœur par cette phrase : « L’impact d’un événement sera moins traumatisant si, avant le fracas, l’enfant ayant acquis un attachement sécure a appris un outil précieux de la maîtrise émotionnelle : l’aptitude à verbaliser. »

"Au commencement était le verbe", dit le texte sacré. Boris Cyrulnik, en ajoutant  cet axiome à la notion de sécurisation précoce, éclaire ainsi tout un pan de notre société, malade de la violence qu’elle engendre elle-même par ignorance, et il me conforte dans ce que je tiens pour être essentiel, "l’aptitude à verbaliser".

Quand j’enseignais, j’expliquais à mes élèves que parler, échanger ou dialoguer, était la meilleure façon d’éradiquer la guerre. Simpliste peut-être, mais face à des ados qui se bourraient déjà de coups de poing pour un regard, cela avait sa raison d’être, surtout pour un prof de langue. La guerre, au fond, débute souvent par des quolibets, des menaces, des rodomontades, qui débouchent sur des coups de couteau mortels. Il n’y a qu’à relire Romeo et Juliette pour se convaincre que, même exprimé de manière poétique, ce qui commence par un pied de nez* se termine par un meurtre.

J’ai également entendu Boris Cyrulnik dire, en interview, que ce qui sauve du trauma, outre la sécurisation précoce, c’est la culture. Face aux hordes barbares, car dé-culturées, qui nous font si peur, c’est bien cette arme là qu’il nous faut brandir, et, pour cela, s’en donner les moyens. Révolutionnaire, non ?


Ensuite, il y a dans ce livre, derrière les mots, le poids du silence.  « D’abord j’ai dû me taire pour ne pas mourir, puis je me suis tu pour être tranquille. »

Boris Cyrulnik m'explique clairement l’intuition que j’ai eue en créant un personnage qui perd sa voix, dans Histoires floues. Comme lui, Elsie, orpheline et survivante, s’est mise à confier le passé au papier, soixante ans après les faits. En lisant les mots de Boris Cyrulnik, un frisson m’a parcourue : celui qui saisit la femme prise en flagrant délit de sorcellerie, mais qui ne peut s’empêcher de respecter cet autre sorcier qui l’a comprise.
Ce même sursaut est celui qui vous ébranle quand vous lisez quelque chose qui touche à l’universel – Boris Cyrulnik, le scientifique, vous explique avec limpidité l’inexplicable qui est en vous. C’est saisissant, troublant et rassurant en même temps. Votre expérience est unique, mais ce n’est n’est plus angoissant : c’est humain.

Il y a aussi dans ce livre, une injonction : celle de son titre. Celui-ci me rappelle un beau livre, écrit il y a bien longtemps par Ania Francos. Il s’appelait « Sauve-toi, Lola » et racontait la bataille menée par son auteur contre la maladie, avec l’aide du Professeur Schwartzenberg. La similitude : Le cancer, c’était pour elle une réminiscence de la traque ourdie par les nazis, et, comme en temps de guerre, il lui fallait mobiliser toute son énergie pour se sauver. Bataille perdue, hélas, pour cette femme-là, mais elle a eu le temps d’écrire ce beau livre qui est resté dans ma mémoire, et qui la garde vivante.



Autre point édifiant de ce récit : l’explication du processus de la mémoire. En s’appuyant sur des exemples précis, il nous démontre comment nous reconstruisons une réalité après coup : « La contamination affective du présent par le passé s’ajoute aux distorsions inévitables  de la représentation des faits passés » ; et l’on comprend mieux ainsi pourquoi certains (voire certaines !) racontent des histoires fausses, criantes de vérité. Et inversement.
Pourquoi cela ne m'étonne-t-il pas de lire sous sa plume qu'il avait songé à être écrivain, avant de formuler l'intention, à l'âge de onze ans, de devenir psychiatre ? Il est évident qu'il a accompli ses deux rêves. Sans ce talent d'écrivain, le médecin ne toucherait pas notre âme aussi sûrement. 

Sauve toi, la vie t’appelle : Boris Cyrulnik s’adresse ainsi autant au petit garçon qu’il fut qu’à ses lecteurs, en leur disant que c’est la vie, et rien d’autre, qui vaut la peine de se battre. Il a survécu. Mieux que cela, il a aidé, et aide encore tant de gens à survivre que le terme gratitude me paraît bien faible aujourd’hui pour définir ce que l’humanité doit à ce genre d’homme, que, dans notre tribu commune, on appelle un «mensch** ».



*(en anglais, « Do you bite your thumb at us, Sir ? » : le pouce en bouche était la suprême insulte, à Vérone aussi, cf Romeo and Juliet, Shakespeare, Acte 1 scène 1)
**un vrai homme, un homme que l’on respecte.

Photo prise à Mouans-Sartoux lors de l'interview accordée à Gérard Camy. 



lundi 1 octobre 2012

"ENTRE GUILLEMETS"




Quand on dit que les Français n’aiment pas écrire, on se trompe. Ils écrivent, même quand ils parlent !
Il n’y a qu’à voir, ou plutôt les écouter. Ils mettent à l’oral, comme dans les textes qu’ils écrivent, une ponctuation forcée partout. Je ne parle pas des majuscules, on ne les entend guère, celles-ci ; bien que l’influence anglo-américaine ait frappé à l’écrit : on les surprend en tête des noms de jours de la semaine et des mois, ou des saisons ;  chacun oubliant la façon dont ils étaient inscrits au tableau noir de notre enfance, à savoir, en minuscules*. Non, je veux parler ici des guillemets.

Rappel :
Guillemets, n.m : Signe typographique que l’on emploie par paires (« … ») pour isoler un mot, un groupe de mots, etc., cités ou rapportés, pour indiquer un sens, pour se distancier d’un emploi ou pour mettre en valeur.
Locution orale : entre guillemets, se dit pour indiquer qu’on ne prend pas à son compte le mot ou la locution qu’on emploie. Un type normal entre guillemets ; il est venu avec sa femme entre guillemets (=prétendue, soi-disant).

S’il semble évident d’utiliser la première entrée du Petit Robert à l’écrit, chaque fois que l’on cite quelqu’un, ou un texte, la seconde entrée paraît encore plus indispensable à nos contemporains francophones – comme aux Américains, en particulier. On notera, du reste, l’accompagnement gestuel, deux doigts de chaque main ouvrant et fermant ces guillemets aériens, pour bien insister sur la locution ainsi isolée. S’y ajoutent un regard figé, des sourcils froncés et la moue ad hoc qui resserre les lèvres.
Exemples :



-       Alors, il lui a fallu un certain courage, entre guillemets, pour ne pas réagir.
-       Franchement, là, je me demande si tu as eu raison, entre guillemets, de t’énerver.

 Perso (sic), je me demande pourquoi on a cessé d’appeler un chat un chat. Dans la phrase 1, je remplacerais volontiers le mot courage par une expression plus triviale. Dans la phrase 2, je dirais plus directement, « Non mais, tu ne penses pas que t’as fait une belle connerie  en lui cassant la gueule ? »

Ces guillemets, au final (sic), ce sont des outils de dérobade, plus que de distanciation. On a rajouté au politiquement correct verbal encore plus de métaphores, gestuelles celles-là, comme pour absolument tout nuancer de toutes ses fibres, et se faire pardonner à l’avance le moindre débordement qui risquerait d’en offenser certains.

Perso (re-sic), j’ai envie de dire (encore un de ces tics que j’adore), cessons d’avoir peur de la langue. Et pour citer, cette fois entre de vrais guillemets, le psychanalyste Léopold Lévy, découvert sur mon blog favori, JEWPOP, « pour que la parole continue à être créatrice et vivante », je vais tenter de cesser de l’édulcorer, en ôtant, pour commencer ce geste de ma panoplie de grimaces. Fini le flou !

L’avantage : moins de rides en formation. Je parie que ce sera aussi efficace que la toxine botulique, et bien plus ferme en matière d’expression.
Ça, j’avoue que je n’y avais pas pensé en commençant ce billet. Mais il faut reconnaître que c’est  plus convaincant que de citer le Robert. Et, non, SVP, pas de débordements sur les petits roberts. La nuance, ça a quand même du bon.



*Merci à nos amis canadiens qui nous en rappellent les règles, ICI. 

lundi 24 septembre 2012

HOMELAND - une affaire de patrie ?





Ça ne me rajeunit pas cette affaire là.
En effet, je me rends compte que je connais Claire Danes depuis 18 ans, et qu’à cette époque là, elle avait 15 ans. Vous  la calculez ? ;)
Le nom ne vous dit toujours rien ?
Mais si, je suis sûre que si vous lisez sa bio, vous vous rendrez compte que vous l’avez déjà vue dans un truc ou un autre, comme, par exemple, dans un rôle de Juliette, face à Romeo / Leonardo di Caprio – mais pour moi, elle reste l’adolescente aux cheveux rouges de My so-called life, qui passait dans les années 90. 


Aïe, je me fais attraper la main dans le pot des séries télé, auxquelles, il faut donc que je l’admette, je suis accro. Mais pas à n’importe lesquelles. Comme en matière de  confiture, je ne les aime pas trop sucrées, ni dégoulinantes de bons sentiments,  d'où mon goût affiché pour la "marmelade" amère! Poubelle la vie, c’est donc pas mon truc ; en revanche, les séries qui ont du peps, du zeste, de l’insolence, de l’humour, de l’adrénaline plein les plans, jusque dans les sous-titres pour sourds et mal-entendants, je prends.

Ainsi, My so-called life (en français, « Angela, 15 ans » traduction plus littérale : « C’est ça qu’on appelle la vie ? »), un feuilleton qui passait en VO sur Canal Jimmy, à une époque où la VO était un produit aussi rare que l’accès aux chaînes câblées, racontait la vie quotidienne d’une adolescente à la fois rebelle et tendre, tout en soulevant de graves problèmes, tels que la drogue, la prostitution, la violence faite aux enfants, l’alcoolisme chez les ados etc...


Claire Danes, dans le rôle principal, y était merveilleuse de naturel, de spontanéité, touchante jusque dans sa révolte. Elle me donnait immédiatement envie de troquer 35 filles de ma classe de 2nde 12 contre une seule comme elle.  Le naturel de la série me paraissait plus… moins…. Enfin, vous me comprenez.

J’avais donc gardé cette actrice dans un coin de mon petit cœur de télévore, et voilà qu’elle refait surface, actrice accomplie et convaincante, dans une série qui est en train de pulvériser les records d’audience aux USA : HOMELAND.


La série, adaptée d’une série israélienne intitulée Prisonniers de guerre (Hatufim) raconte le retour aux USA du sergent Nicholas Brody. Damian Lewis (craquant et déroutant à souhait) y joue le rôle d’un marine qui a été fait prisonnier de guerre en Irak, et qui est soupçonné par l’héroïne (Clare Danes dans le rôle de Carrie Mathison) d’avoir été retourné par Al Quaïda. Tout comme l'est le E du titre sur l'affiche...


À partir de cet argument, Carrie va entreprendre, souvent à l’insu de sa hiérarchie (mais avec l’aide bienveillante de Saul Berenson, joué par un Mandy Patinkin très naturel en barbu juif)...


...de surveiller ce sergent, devenu héros national, afin de prouver la véracité de son intuition. Anti-héroïne, shootée à un médicament qu'elle fauche à sa soeur en cas d'urgence, Carrie est prête à tout pour sauver le monde, et sa patrie, qui pourrait bien être aussi la nôtre, version virtuelle.


Je ne vous en dis pas plus, sauf que la série vient justement de remporter une série de six Emmy Awards,  ces médailles qui récompensent les héros de notre quotidien télévisuel, justifiant d’un coup d’un seul mon addiction à ce genre léger, si délicieusement superficiel.

Pas la peine de rappeler, en guise d’auto-justification supplémentaire, que Dickens, Eugène Sue et Conan Doyle se firent connaître grâce à une publication de leurs textes sous forme de feuilleton ; vous n’avez pas besoin de ça pour comprendre qu’au vu de notre quotidien grisâtre, tous les plaisirs sont bons à prendre. Celui-ci ne coûte que (!) le prix de l’abonnement à Canal +,  ou bien celui de l’achat de la 1ère saison disponible en DVD – mais hmmm, elle n’est pas encore sous-titrée en français, seulement en norvégien, en danois ou en finnois.
Vous n’êtes pas tous preneurs de ces versions, mais j’ai aiguisé votre curiosité ? Tant mieux.
Vous n’en aurez que plus de plaisir à découvrir bientôt les héros de cette série-bientôt-déjà culte. ICI. C’est tout ce que je vous souhaite pour les longues soirées d’hiver qui se dessinent à l’horizon de notre bel automne.

*** 

Désolée des liens qui filent vers un texte en anglais. Gageons qu’avec le succès à venir de la série, tout cela sera bientôt accessible en VM, donc même en français. 












lundi 17 septembre 2012

MYOPE, ET HEUREUSE DE L'ÊTRE




Comme certains d’entre vous j’ai regardé, un peu, les Jeux Olympiques cet été. Je ne suis pas fan de sport, mais ce rendez-vous là est captivant. Et puis, ensuite il a eu les Jeux Paralympiques, dont j’ai pu observer la popularité à Londres, et, à la télé j’ai été soufflée, en particulier, par les performances des coureurs sur lames d’acier… Mais ce qui m’a le plus impressionnée, c’est de les entendre affirmer haut et fort leur bonheur, et de les voir prouver à tous que le pire peut se transformer en meilleur.

mercredi 12 septembre 2012

THE ABSOLUTIST




Many of you will have heard of the book written by John Boyne, The Boy in the Striped Pyjamas. Maybe you have even read it, but I hope you did not just watch the (poor) film that was made of it, for it does not do much for the book itself, which is just stunning.

vendredi 7 septembre 2012

FESTIVAL DU LIVRE DE MOUANS-SARTOUX



Notez bien sur toutes vos tablettes les dates de ce rendez-vous littéraire exceptionnel. 
Sur le site vous trouverez les détails et la liste des invités, par catégorie. Des détails pratiques y seront ajoutés au fur et à mesure que la date se rapprochera. 
N'oubliez pas que l'on peut aussi s'y rendre par le train. Confortable et écologique, à l'image de l'endroit. 

Au plaisir de vous y rencontrer, et de vous y faire découvrir mes dernières publications, si, par un hasard étonnant, vivant loin de votre ordinateur et de ce blog depuis des semaines, vous n'en aviez pas encore entendu parler !





PS. J'y serai le vendredi après-midi, ainsi que le samedi et le dimanche toute la journée. 


***


Allez, encore une info ou deux, puisque je viens de recevoir les liens utiles. 

Mandelieu La Napoule, les 22 & 23 septembre. DES LIVRES & VOUS. Ça vous parle ? Une manifestation plus débutante, mais il faut bien commencer un jour, alors faites la connaître.

Visitez le site et découvrez le programme de ces 2 journées.


N.B. Les dédicaces y auront lieu le samedi exclusivement. 

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Et, en remontant le temps, il y aura ceci à la BMVR de Nice.
Le jeudi 20 septembre, à 17 heures. 

Petit cadeau en prime - si vous venez à l'expo organisée par Rencontre des Arts le 15 septembre, et que vous participez à la discussion autour de LA RETRICOTEUSE, vous pourrez aussi admirer ceci, en moins flou : 




Il n'y a pas que des rentrées littéraires, et ceci n'est manifestement pas un marronnier ! 

mercredi 5 septembre 2012

LA RENTRÉE, UN VRAI MARRONNIER




Je me demande, qu’est-ce que cela vous fait, à vous, de ne voir à la télé que des reportages sur la rentrée, de ne lire que des articles sur la rentrée, de n’entendre que des émissions sur la rentrée, et que ce soit toujours la même rengaine déprimante ?