En deuil

En deuil

lundi 17 décembre 2012

PETITES PHRASES À LA CON



Oui, un gros mot cette semaine, mais pas autant de vulgarité dans l’intitulé de ce billet que dans certaines des réflexions glanées ça et là, en ville, par mes copains, et dans ma navette, source infinie de surprises. (À commencer par sa couleur orange, qui illustre si bien le nom de la compagnie !)



1)    Assis au fond du petit bus, l’homme ressemble à un hippie sur le retour. Il parle à tue-tête de choses et d’autres, comme s’il avait rédigé lui-même la parole des évangiles. Pourtant, Jésus en prend un sacré coup – surtout son église, et ses prêtres amateurs de petits enfants. Je me recroqueville sur mon siège, car le ton est ambigu. Il continue avec une chronique botanique dont la logique m’échappe : « Les légumes anciens, il n’y a pas mieux. Normal qu’on en re-cultive, avec tous les gens qu’il faut nourrir à présent ! » puis avec un décompte (invraisemblable) des Indiens d’Amérique exterminés, en comparant ce génocide-là à la Shoah, dont, à son avis, on parle bien trop, avant d’enchaîner : "Tout ça, c’est la faute à nos politiques..."

Après on dira que j'ai des délires d'écrivain parano… Pourtant, promis, je me suis censurée, parce que cette feuille est publique, et que je ne veux pas colporter plus de médisances qu'il n'est nécessaire à un petit contact avec le terrain. Mieux  vaut en rire (jaune, dans ce bus). Et penser que le temps ne fait rien à l'affaire !

2)   Trop fort le libraire. Il a une cliente, une vraie, qui arrive avec sa liste bien préparée. Elle lui fait chercher un titre, puis un autre. Manifestement, c’est une lectrice. Il n’a pas tout, forcément, il s’appelle pas amazon, c’est un être humain, lui. La preuve : quand elle lui réclame le dernier Philip Roth, Nemesis – il la regarde d’un air affligé, comme si elle lui demandait le suicide mode d’emploi en dix volumes. « Nemesis ? C’est pas rigolo ça. »


Eh non, monsieur le marchand de papier. La littérature, ce n’est pas forcément l’école du cirque. Pour le rigolo, il y a l'Almanach Vermot, ou Martine va voir Bigard. Qu’on s’étonne après que les sites marchands aient du succès. On vous y demande gentiment : "Ce commentaire vous a-t-il été utile ?" et surtout, il n’y a personne pour vous y dire de telles sornettes sur un des plus grands auteurs contemporains. Non mais.  

3)   L’artisan vient de terminer la pose laborieuse d’un poêle à bois et, donc, de son tuyau d’évacuation de fumée. Il en a lui-même fait l’étude, et proposé l’emplacement par rapport au mur. Ce qui ne l’empêche pas de regarder son œuvre achevée avec un hochement de tête dubitatif.
« Si ça avait été moi, j’aurais pas fait comme ça ».
Joli cas de dédoublement de la personnalité…

4)   Il s’agit-là de démêlés avec la Poste. Mon pote y rapporte une guitare qui a un défaut, pour la réexpédier. On lui facture une surtaxe pour le retour de l’objet, au prétexte qu’il y a un problème de poids. Or l’objet fait à peine 3 kgs. Et puis la taille ? Sans se soucier du fait que l’objet a déjà été acheminé très simplement par les mêmes services postaux, le préposé ajoute : « Ça je sais pas si ça va rentrer dans la Kangoo » Pas de bol, ça en sort, c’est même la marque de la voiture de mon pote !
À bout d’arguments, le préposé (mais à quoi donc ?) conclut : « Moi je préférerais que vous alliez à Thiers. » (= La poste centrale, où un autre préposé s’esclaffe, en entendant l’histoire : « Oh, là-bas ils prennent pas ça ? 
Les pauvres choux ! »)
On admire au passage la solidarité postale.

5)   Cela se passe dans un bistrot. À une heure tardive. Avant que les alcotests ne soient devenus obligatoires - en attendant de ne plus l’être. Un consommateur, plutôt imbibé, descend de son tabouret de bar en  disant d’une voix pâteuse : « Je vais marcher un peu pour voir si je peux conduire. »
Ça, ça coûtait beaucoup moins cher aux alcoolos que les dits-alcotests.

6)   Tel autre philosophe de comptoir froisse un billet entre ces doigts en le montrant à son compère : « C’est ça qui a pourri le monde »
« Oh, ça ou autre chose … » lui répond son collègue en sociologie.

7)   Et pour conclure, cette pensée, qui est loin d’être con. La mémé que l’on fait patienter avant de l’aider à traverser la rue, en lui intimant bien d’attendre – le feu n’est pas encore vert pour les piétons : « Je suis pas pressée, même en retard on arrive à temps ».  

Ce sera le mot de la fin. Hâtons-nous sans nous presser de terminer en douceur cette année. Et que les cadeaux échangés soient de ceux qui donnent l’envie de remercier  du fond du cœur – c’est tout le mal que je souhaite aux distingués visiteurs de ce blog.


Et merci à celui, musicien, dont les oreilles sont autant aux aguets que les miennes. N'hésitez-pas à en faire autant. Cela ajoute un certain piment à la vie en ville.  

4 commentaires:

  1. Bien rigolé - merci - et pas jaune. On en a parfois fort besoin par les temps qui courent!

    Peter

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  2. merci cathie, continue de nous faire rire avec ton humour formidable !!!

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  3. merci cathie , continue de nous faire rire avec ton formidable humour !!! biz

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