En vol

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vendredi 10 avril 2015

LE LIVRE QUI VOIT DES JUIFS (PRESQUE) PARTOUT.





En voilà la bande-annonce  (oui, à quand le film ?) :

« Ce livre au titre un brin provocateur est en réalité un concentré d'autodérision qui s'adresse à tout le monde, juif ou non, séfarade ou ashkénaze.

À travers 10 grands chapitres (famille, nourriture, mariage, voyages, etc.), nous découvrirons notamment que tous les chemins mènent à Enrico, comment comprendre les règles de la cuisine casher, ainsi que les phrases de dragues typiques d un séfarade (qui n'ont bien évidemment rien à voir avec celles d'un ashkénaze).

Un livre à lire au second degré, mais à mettre entre toutes les mains pour combattre les clichés les plus nauséabonds par l'humour et la dérision. »

Je sais. On va me dire que je renvoie un ascenseur. Qu’il est bien normal, vu que je suis souvent invitée ou présente à la une de Jewpop, d’encenser (sic) à mon tour Alain Granat, le directeur de publication de mon site favori, le même Jewpop, "le site qui voit des Juifs partout". 

Mais à vrai dire, si c’était le cas, il me faudrait plutôt un monte-charge qu'un ascenseur. Eh bien non, sur Gratitude on ne mange pas de cette matza-là, on ne fonctionne qu’au coup de cœur.

Je me contenterai donc ici d’une cabine de téléphérique, car ce petit livre condensé et très bon marché, est de ceux que l’on souhaite emporter avec soi pour pouvoir le lire et le relire partout en cas de coup de blues, mais aussi afin de le distribuer à ces pisse-vinaigre qui vous gâchent la vie de leur malveillance, y compris à la montagne.
Quoique, vu le ton de l’ouvrage, je ferais mieux de viser Deauville ou Juan-les-Pins… Ach, mutti, si tu savais !

Venons-en aux faits.

Au cas où vous auriez des doutes sur votre propre identité, ou sur celle de votre famille proche, ce recueil est censé vous faire découvrir si oui ou non vous êtes juif, à l’aide d’un échantillon de situations du quotidien – pas du tout, pas du tout stéréotypées –, en  annonçant d’entrée de jeu qu’il y est question d’autodérision.

Alors là, je meurs de rire, tout comme je me suis gondolée en le lisant de bout en bout, au détriment de mes autres obligations littéraires et ménagères.

Parce que, voyez-vous, ce livre donne furieusement envie de « dérisionner » les autres, bien plus que soi-même, et notamment les Séfarades, tribu à laquelle je n’appartiens que par la main gauche de mon beau-frère, natif de Oued Fodda.

Perso, je ne me suis pas sentie visée du tout, non, pas du tout, dans les passages consacrés aux Ashkénazes. À peine si je me suis reconnue : il me semble que les yekke (Juifs allemands) n’y sont pas mentionnés, sans doute parce que les auteurs doutent (à juste titre) de leur sens de l’humour !

Ne me sentant donc pas du tout, non, pas du tout, mise en cause, je me suis éclatée, et esclaffée, de la première à la dernière page en lisant la description des us et coutumes de gens que je connais de près, certes, mais qui – la vérité si je mens – ne me ressemblent en rien.

(Pfff. Manquerait-il à ce livre un chapitre sur la mauvaise foi ? Oy, vey !)

Tout de même, c’est un joli tour de force auquel se sont livrés Alain Granat et Jonathan Demayo, en s’embarquant dans cette hilarante galère littéraire.  
Naviguer ainsi sur les clichés avec humour, sans sombrer dedans, fallait le faire. Et quand il y a de la caricature… au fond, on est ravi qu'ils s'y livrent, parce que, comme le disait Cyrano de Bergerac : "Je me les sers moi-même avec assez de verve / Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve. "

C'est de surcroît très courageux, au regard de l'antisémitisme ambiant, que de procéder à un tel pied-de-nez (je sais, j'abuse), et rien que pour ça, il faut l'acheter, et le lire – dans cet ordre. 

En définitive, je crois que je vais avoir besoin de ce monte-charge pour me faire livrer la centaine d’exemplaires que je compte offrir à mes amis (surtout séfarades) pour … Noël ? Hanoukka, plutôt, non ?

Zut, mauvais plan : d’ici là, le livre risque d’être épuisé. On va dire pour la fête des mères, comme ça on pourra contenter tout le monde, et surtout leur mère (juive, ça va de soi).

Mais, en y réfléchissant à deux fois, et vu ce qui est décrit dans ce livre sur l’état supposé de nos finances, je vais plutôt leur donner (louer ?) le lien avec amazon.fr et les laisser assumer leur autodérision. En toute discrétion, car comment être sûr que le libraire (ashkénase, forcément, au mieux) de leur quartier saura répondre à cette question existentielle si essentielle ?
Enough already!* 


*Variante US du yiddish "Oy gevalt!", traduisible en français méridional par : "Oh, bonne mère !" ce qui, on l'avouera, révèle un lien essentiel entre mes  trois cultures. 

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COMMENT SAVOIR SI VOUS ÊTES JUIF
par Alain Granat et Jonathan Demayo 
(coll. J’ai Lu)
6 €



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