En deuil

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dimanche 5 avril 2015

MON FILS : QUAND LES MÈRES SONT À L'HONNEUR




MON FILS est un film israélien réalisé par Eran Riklis. Sorti l’an dernier, il est encore possible de voir, à cette date, dans 34 salles françaises.

C’est lors de sa dernière projection à Nice que j’ai eu la chance de le découvrir et, par voie de conséquence le désir d’en parler ici, pour vous engager à le guetter en salle ailleurs, ou lorsqu’il sortira en DVD.

Le propos de ce film est assez simple : Iyad, un jeune Arabe israélien très brillant obtient une place dans un internat juif réputé de Jérusalem, afin d’y poursuivre ses études, réjouissant ainsi le cœur de son père, qui fut lui-même jadis empêché de poursuivre ses études universitaires pour cause de « terrorisme ». Iyad se trouve être le seul Arabe de ce lycée, où il rencontre et tombe amoureux de Naomi, au grand dam de leurs familles respectives. Naomi, est incarnée par la ravissante Danielle Kitzis au sourire craquant, dont le jeu nuancé est parfait de bout en bout.  


Dans le même temps Iyad crée des liens d’amitié avec Yonatan, qui est atteint d’une grave maladie, un genre de myopathie, qui le diminue petit à petit. Iyad s’en occupe avec le plus grand dévouement, et se trouve ainsi quasi-adopté par la mère de Yonatan, Edna, personnage superbement interprétée par Yael Abecassis.

Edna à la fenêtre : ce plan d'une fenêtre donnant sur Jerusalem
est une image récurrente, qui ouvre l'intrigue pour la situer 
au delà du décor resserré
de l'appartement.  

Il n’est pas question ici de révéler les méandres du scénario de ce beau film. Juste d’en signaler l’importance.
Loin des discours convenus, cette histoire souligne avec beaucoup de sensibilité la difficulté pour une minorité, quelle qu’elle soit, de s’intégrer à la majorité dominante. Afin d’être accepté, Iyad devra sacrifier son identité profonde.

Cette démarche à la fois courageuse et inquiétante a été longuement illustrée dans le film SUNSHINE, d’Itzvan Szabo, dont j’ai précédemment rendu compte ici. On ne peut s’empêcher de penser à la conversion fréquente, avant-guerre, de nombreux Juifs allemands ou autrichiens, pour des raisons exactement identiques à celles de Iyad.

MON FILS est également une sorte de Roméo et Juliette contemporain, traité avec humour – souvent –, et sensibilité, toujours. Rien ne nous touche davantage que le sort d'amants contrariés !

Mais ce qui frappe en fin de compte, c’est le rôle des femmes dans ce conflit. Si la mère de Naomi paraît caricaturale dans son refus de voir sa fille amoureuse d’un Arabe (« Dis-moi que tu te drogues ou que tu es lesbienne, ou que tu as un cancer, mais pas que tu sors avec un Arabe ! », tels sont les propos que rapporte Naomi  à Iyad), la mère de Iyad, et surtout celle de Yonatan sont des merveilles d’amour et de compréhension.

Ce film est une belle fable, qui évite pourtant de servir un discours monolithique sur les inégalités de traitement des citoyens arabes de cette démocratie menacée de toutes parts. Son propos, amené par petites touches subtiles, est intemporel. Partout où règne la guerre et les affrontements il y a des abus de pouvoir, des positions exacerbées, des injustices.  Le réalisateur démontre qu’au-delà des clichés, les êtres humains, et notamment les femmes, sont capables de résoudre les problèmes à leur manière, quitte à brusquer les conventions, et la loi. Par amour maternel. Il met également en lumière tout ce qui rapproche l’islam et le judaïsme dans leurs valeurs essentielles, au lieu de crier haro sur un quelconque méchant. En cela Eran Riklis** fait œuvre utile et pacifiste, ce qui n’est pas non plus négligeable par les temps qui courent. 

Et, en parlant de démocratie, voilà ce qu'il dit : "On a l'air d'oublier qu'Israël est la démocratie la plus démocratique qu'on puisse imaginer. Il n'y a pas de censure en Israël."***  

Le titre français de ce film*, qui peut surprendre au départ, est finalement explicité de la manière la plus délicate qui soit : peu importe la communauté à laquelle une mère appartient, car celle-ci sera toujours capable de se transformer, tel un caméléon, par amour pour un fils.

(Et ce n’est pas propre qu'aux mères juives, quoiqu’on en dise !)


ICI, la bande annonce
Et , un autre article sur le film.


~~~~~~

*Titre original : Dancing Arabs
**Eran Riklis fait partie des 20% d'Arabes israéliens. 
***source de la citation, ici.

2 commentaires:

  1. N.B. Le film sortira le 17 juin en DVD, et il est encore visible dans les villes suivantes (à cette date) :
    Albi
    Cannes
    Cavaillon
    Dreux
    Le Mans
    Lunéville
    Marseille
    Montpellier
    Nice (au Mercury)
    Paris
    Quimperlé
    Saint-Avold
    Saint-Gratien
    Tonneins
    Versailles
    Villeneuve-d'Ascq

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  2. It feels right that you should publish this during Pesach, when many -- and not just the religious -- must face the deeper issues of individual and group identity. This at a time of ever more splintering into what Amin Maalouf calls "les identités meurtrières".

    Thank you, Cathie, for yet again gently provoking self-examination and creative thought.

    Peter

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