En deuil

En deuil

jeudi 29 octobre 2015

DIRT DEVIL, OU LE DIABLE PAR LA QUEUE.



Photo ©Daniel Rozensztroch 

Le ménage ? Reparlons-en !

Il y a presque deux ans, j’avais raconté ici même mes mésaventures domestiques, et l’aide que j’avais reçue pour les surmonter. Reconnaissante, j’avais ensuite décidé de remplacer un aspirateur en fin de course à l’endroit même où j’avais été si bien conseillée.

Mon vieil Electrolux (j’en dis le nom, car il m’avait quand même rendu service pendant au moins une décennie, avant de rendre en silence son avant-dernier soupir, ce qui est logique pour un aspirateur vendu pour être silencieux) avait le défaut de nécessiter des sacs. Or la manipulation desdits sacs posait toujours un problème à ma dextérité légendaire.  
Comme nombre d’entre nous, je suis hélas perméable à la pub, et j’avais donc envisagé de le remplacer par un des ces génies du ménage qui se passent de sacs, et qui, en prime, sont beaux comme des sculptures… Qui plus est, mon fils m’en avait chanté les louanges. Alors…
Mais, une fois dans le magasin, ce sont les arguments du vendeur qui firent leur effet...

« Cette marque-là » me dit-il, alors que je lui réclamais la petite merveille que l’on voit présentée à la télé par son inventeur de génie, « c’est la plus grande escroquerie du siècle ! ». Devant mon regard étonné, il poursuivit : « Oui, c'est rien qu’un coup de pub, il est trois fois plus cher que les autres, et en fait il ne marche pas mieux, tenez je vais vous en montrer un, que lui,* c’est de la fabrication allemande, pas un truc fabriqué en Chine, il est costaud comme tout, et bien moins cher ! »

Alors là, forcément, on est tentée, même si l’argument « Fabriqué en Allemagne » n’en a pas toujours été un chez moi. Bref, après avoir examiné l’objet, considéré son prix, et son aspect, solide comme celui d’un Panzer, je me suis laissée convaincre. Ça, c’était, bien entendu, avant que l’industrie germanique ne se trouve discréditée par un scandale écologique récent…

Avouons que tous ces termes anglo et saxons,  
ces flèches et ces tourbillons, 
c'est très engageant. 

Or, ce que je n’avais pas considéré, c’est que ce Dirt Devil (le diable mangeur de poussière, en quelque sorte) pèserait l’équivalent de deux ânes morts. Ni qu’il faudrait le faire fonctionner à des horaires raisonnables (genre entre 10h & 17h) faute de quoi nos relations avec nos voisins les plus proches risqueraient d’en être gravement affectées. Le nombre de décibels que ce diable-là produit ne m’avait pas sauté aux yeux. Mais aux oreilles, oui, dès sa première utilisation. Et pas moyen de moduler sa puissance (que j’admets être redoutable aussi), car il n’a qu’une vitesse, celle qui bouffe tout, les moutons comme les coins de coussin. L’animal est omnivore, et pas regardant. S’il passe à proximité d’une étagère, gare aux papiers et aux livres qui sont dessus : ils finiront hachés menu comme chair à pâté dans son estomac transparent. AHHHH, oui, transparent, ce qui signifie que l’on voit à quel moment le vider. Surprise : opération renouvelable à chaque utilisation, et pas rien que parce que c’est très sale chez moi (mauvais esprits que vous êtes !), il a juste les yeux plus gros que le ventre. 

La manipulation requiert un sacré tour de main – du reste, je ne sais pas si elle n’est pas pire pour les narines que celle qui consiste à jeter dans la poubelle, les yeux fermés, un sac en papier, bien fermé lui aussi. 

Bref… en songeant aux économies réalisées, et me flattant de ne pas avoir cédé aux sirènes de la pub, je me suis, malgré tout, habituée à vivre avec ce monstre.

Mais voilà-t-y pas qu’au bout d’un an à peine, il nous fait sa première crise :
Dès sa mise en route, il se met à cracher du côté queue, éjectant par là-même, et avec une force … diabolique, la petite grille qui protège le filtre, et le filtre lui-même.

C’est extrêmement frustrant, croyez-moi, de constater que rien ne remédie à une panne aussi stupide, pas même l’utilisation de gros scotch pour maintenir le tout, et de se dire qu’au bout de 20 mois, il va falloir s’enquiquiner à retourner chez le marchand, lequel depuis la dernière fois, n’est joignable que par l’intermédiaire d’une plateforme qui vous facture 1,34€ la minute… sans parler du coût du filtre lui-même, lequel, me dit ma recherche, vaut environ 35€. Si toutefois c’est lui le responsable de la panne, or rien n’est moins sûr. Quant à la main d’œuvre…

Vu le poids dudit diable, j’appréhende de devoir le retourner à son créateur, même à l’aide d’un de ses semblables monté sur roulettes, mais à ce rythme, c’est moi qui vais le tirer par la queue car, en définitive, de telles économies de bouts de chandelle ne valent rien au regard de l’énergie gaspillée à tenter de les faire. Sans parler du temps perdu à raconter les âneries que ce monstre vient de m’inspirer !

Enfin, ça nous change de l’art abstrait, du cinéma, de la littérature, et des commémorations…

Avant-dernière minute : on efface tout. La fameuse grille qui maintient en place le filtre de ce démon avait juste besoin, pour caler ses pièces volages, de la main robuste et efficace de mon dieu domestique. C’est chose faite, et je nous souhaite donc d’être tous les trois repartis pour des mois d’un infernal remue-ménage ! 

Du balai !
Illustration ©JL+L (qui ne fait pas
que transporter des objets lourds)


Dernière minute : on repart à zéro. La manip’ décrite ci-dessus n’a pas suffi, et nous voilà donc repartis au service après-vente, pour un rodéo fort rigolo.

Il a fallu y laisser notre diablotin, après avoir entendu un discours fort différent du premier sur les avantages et désagréments du « sans sac ». Bilan des courses, le « sans sac » perd, sans hésitation. Tant pis pour nous. Le filtre ? Oui, il fallait le nettoyer à fond, mais pour ce faire, le mieux c’est de … l’aspirer ! Avec quoi donc ? Vous avez compris. Il est impératif de posséder un aspirateur de rechange au cas où… Et je vous confirme que le made in Germany, c’est du bluff. Made peut-être, si cela signifie assemblé. Les pièces, elles, viennent sans doute … d’où ? Mais de Chine, bien sûr. C’est ce que me font comprendre les yeux levés au ciel de l’homme de l’art. Lequel ferait bien d'accorder son violon au pipeau de son collègue, au fait. 

La bonne nouvelle ? Même sans facture (égarée dans mon charafi estival, sans doute), l’intervention a été couverte par la garantie. Avec un sourire entendu de l'ange gardien de service. Je ne saurai donc jamais combien m'aurait coûté l’utilisation en atelier d’un  aspirateur (conventionnel ?) pour que le filtre du mien continue de rester à sa place, ni le temps que cette intervention si sensible a nécessité sur cette plateforme agréée par toutes les grandes marques. Je n’ai rien demandé. Faut pas abuser quand même.

... MAINTENANT, CIAO LES MOUTONS !



~~~~~



* N.B : PAS UNE FÔTE DE FRANÇAIS, JUSTE UNE NOTE DE NIÇOIS. 






1 commentaire:

  1. Oublié l'interjection essentielle, que les germanistes parmi vous comprendront sans problème : "Pfui, Teufel nochmal!"

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