En deuil

En deuil

jeudi 8 octobre 2015

FAISONS DONC L'ÉCOLE POISSONNIÈRE !





Un auteur, ça mange, et après un week-end comme celui que nous avons vécu dernièrement à Mouans-Sartoux, ça a même besoin de reprendre des forces. Et quoi de plus réjouissant pour remplir son chariot, que de faire un petit tour au marché de la Libération, à Nice, plus communément appelé « La Libé » ?

La Bibliothèque Raoul Mille

Ce mercredi matin, ce marché était plus que calme.
Pas pour très longtemps.
Je vais tenter de vous raconter le pittoresque remue-ménage dont j’ai été le témoin.

Remontant le large trottoir, devant l’ancienne Gare du Sud – à présent devenue la Bibliothèque Raoul Mille –, je suis tombée sur un groupe de très petits enfants en sortie scolaire. Revêtus de gilets jaunes fluo, ils marchaient en rangs serrés, mais pas du tout organisés, en piaillant comme des moinillons.

Ils s’arrêtaient de temps à autre devant un marchand de légumes, pour observer, sous la direction de leur maîtresse (oui, j’aime à utiliser ce terme désuet) les légumes de saison : potirons, potimarrons, citrouilles diverses, dernières courgettes et premiers choux.
La maîtresse achètera d’ailleurs de quoi faire une soupe au potiron, qu’ils prépareront ensemble, une fois rentrés à l’école, ce qui les changera des pâtes et des frites, tout en leur démontrant que la cuisine, même pour Halloween, ce n'est pas si sorcier.



Je continue mes emplettes et, quelques instants plus tard, voilà que je retrouve les mêmes marmots devant l’étal (superbe) de mon poissonnier, lequel répond au nom de Pierrot – et je crois même qu’on n’a pas besoin de l’appeler pour qu’il réponde ! C’est plutôt lui qui joue les harengères, sa voix doit porter au delà du pont de chemin de fer. 

Son aïeule, sans doute...

Son coffre massif est ceint d’un tablier ad hoc (forcément) qui le protège des éclats d’écailles de poisson. Enfin, je crois, mais peut-être que je brode un peu, là. Pour compléter ce tableau pittoresque, j’ajouterai que les parties visibles de son anatomie sont fort tatouées. Ça, c'est vrai. 

Devant son stand, les petits, fascinés par le personnage, ont le nez à la hauteur des têtes et des queues de poisson, agglutinés devant la glace pilée qui fond (un peu, pas trop, l’été est passé) s'apprêtent à boire ses paroles…



Et voilà le Pierrot qui se colle devant eux. Il les domine de toute sa hauteur en tenant à la main un énorme poulpe, une pieuvre digne de figurer dans un film d’horreur. Il pointe, pour la détailler, chaque partie de la malheureuse bestiole, dont il secoue en même temps les tentacules dans tous les sens, donnant ainsi aux gamins effarés une saisissante leçon d’anatomie animale. 



Il s’empare ensuite d’une sole, dont il décrit amplement les petits yeux, le corps aplati (je vous passe le reste) et termine en leur proposant de goûter des petits bouts de saumon mariné, qu’il agite devant leur bouche comme autant de hameçons. Les plus hardis (et les accompagnatrices avisées) avalent l’appât avec gourmandise – pour l’avoir goûté, je sais que son saumon est excellent. D’autres, réticents, froncent leur petit nez en se reculant avec inquiétude. Mais, en gros, la tête de ces gamins vaut le spectacle qui se déroule devant les yeux de quelques passantes aussi attendries et amusées que je le suis. 
  
Pour terminer sa « leçon de choses », Pierrot-le-prof' clame haut et fort : « Mangez du poisson, mangez du poisson ! C’est bon pour la santé, c’est bon pour le poissonnier ! »
Barbe-bleue tonitruant, peut-être, mais que de gentillesse dans son regard, et d'attention pour les petits... 

Je ne sais pas si les enfants auront tout compris de cette séance d’école poissonnière, mais ce qui est sûr, c’est qu’ils n’oublieront pas que les rencontres simples du quotidien sont souvent celles qui vous instruisent le mieux.

Par bonheur, personne ne s’est posé la question de savoir si ce poissonnier avait obtenu tous ses diplômes de compétence en matière de « communication » avec les enfants, ni imposé aux professeurs des écoles qui accompagnaient ce groupe de « briefer » le bonhomme auparavant, de désinfecter en amont chacune de ses paroles pour la rendre pédagogiquement correcte.
Certains à Nice ont, semble-t-il, gardé une once de bon sens.


NB. Aucun de leurs jolis minois n’est visible sur cette photo, ainsi que le requiert la loi. Pierrot-de-Nice (prononcez, comme lui, "de Naïce"), en revanche, nous a autorisés à reproduire le sien. Admirez l'animal !  Le saumon, bien entendu. 


Photos du stand, prises le lendemain, ©J.L+L. 


  


2 commentaires:

  1. Ah ah ah j'adore...je connais bien le Pierrot ...Je connais tous les commerçants puisque j'étais chef de services des marchés de PLEIN AIR à la Ville de Nice...J'adore ton récit comme d'habitude c'est génial !! bises
    Georgette

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  2. Pendant la guerre, malgré les privations, il nous arrivait à Alger de manger une tête de thon, et l'on mangeait tout, toute sa chair gélatineuse et même les yeux. Ca nous changeait du bouillon aux pattes de poulet -- qu'on mangeait pareillement sans rien laisser, en broyant les os. C'est qu'il nous fallait du calcium à tout prix. Et voilà, Cathie, pour mon école poissonnière.

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