En revanche, ceux qui aiment les félins comprendront la gratitude
que j’éprouve pour le (et la) vétérinaire qui accompagne le nôtre avec
tant de délicatesse.
Le pauvre vieux (le chat, pas le vétérinaire) a dix-huit ans.
Autant dire qu’il est centenaire. Alors, tout comme certains grands vieillards,
il est un peu gâteux, c’est-à-dire qu’il oublie qu’il a mangé, et réclame son
pâté de dinde cinq
minutes après avoir fini son bol ; ses croquettes, il faut les écraser au rouleau à pâtisserie pour éviter qu'il vomisse ; il se plante au
milieu de la pièce et miaule en se demandant où il est ; sa machine à
ronron est cassée ; il fait pipi à côté de sa litière ; il n’y voit
pas trop clair et n’entend plus les souris (à moins qu’il n’y en ait pas chez
nous) ; il a un truc qui ressemble à un ulcère variqueux à la patte
arrière, il a du mal à marcher et rechigne à être porté… Il nous empêche de
voyager ; il nous réveillait la nuit, avant qu’on décide que la cuisine
serait désormais sa chambre à coucher ; il nous oblige à l’amener chez les
vétérinaires au moins deux fois par semaine pour changer son pansement. Bref,
il nous casse les pieds, pour être poli, mais voilà, c’est un être vivant qui
vit avec nous depuis dix-huit ans.
Il a partagé nos tracas, en quelque sorte.
Il a vu le pire et le meilleur de nos journées, et de nos nuits. Il a déjà
survécu à de « gros soucis de santé », comme ils disent. Plusieurs
fois, confirmant ainsi la croyance égyptienne que les chats ont neuf vies –
pour un felis silvestris silvestris*
qui avait le profil d’un chat égyptien au temps de sa splendeur, c’est
cohérent.
À chaque fois qu’il a menacé de quitter ce monde, nous l’avons
veillé et soigné, avec l’aide de ses docteurs attentionnés. Il fait partie de
la famille, en somme, comme tout animal domestique. Et je vais avouer que je l’aime davantage que
pas mal d’humains de ma connaissance, car il ne nous a donné que du bonheur, en
plus de ses ronrons. Malgré ses bêtises.
Alors, quand il est question de savoir si oui ou non on va le
faire endormir gentiment, et à quel moment, j’apprécie le tact de ces
professionnels qui savent tout expliquer, rassurer, et nous laisser prendre en
temps utile la décision, qui sera immanquablement douloureuse à vivre.
Le moment viendra bientôt, nous le savons. Par bonheur on peut ne
pas laisser souffrir un animal plus que nécessaire. Quand notre minou n’aura
plus de goût à rien, nous saurons lui épargner une agonie. En sachant que nous
serons accompagnés par des professionnels compétents et très humains. Bien plus
que certains médecins que j’ai rencontrés au cours de ma longue carrière de
patiente !
En attendant, l’animal en question se fait une jolie toilette de
chat, en me suivant du regard, ce qui, somme toute, est plutôt bon signe pour
un chat moribond. Mais que lui avez-vous donc fait mes chers vétos pour qu’il
s’accroche ainsi à sa neuvième vie ?
Par discrétion, je ne donnerai ici que le surnom de mon vieux
tigré : Bert ou Bébert (et que personne ne me rappelle quel auteur, et homme
détestable, avait un chat ainsi nommé) – en revanche c’est avec enthousiasme
que je recommande la clinique vétérinaire des Docteurs Hayot et Walter, 17, rue Berlioz à Nice, où le magnifique Dr Bellman a oeuvré si longtemps.
Sauf, bien entendu, à ceux qui n’ont que des enfants.
Nobody’s perfect.
NB. Par égard pour lui, je n'ai mis ici que des photos plus anciennes. Il est coquet, et n'aimerait pas que je le montre sur Internet alors qu'il est diminué. On a sa dignité quand même.
*Nom latin du « chat européen ». Pour ceux qui veulent en
savoir davantage sur l’espèce, cet article de wikipedia est remarquablement
bien fait.