En vol

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jeudi 22 septembre 2011

L’AMOUR, TOUJOURS !


Il y a des nuits qui commencent très mal. Celles qui précèdent une exécution capitale par exemple, dans un pays ami, pourtant, que l’on voudrait vraiment voir sortir tout entier de cette barbarie. J’en ai déjà parlé ici. On a beau savoir que l’homme est un loup pour l’homme, que rien ne lui est jamais acquis, qu’il n’y a pas d’amour heureux, ainsi que le disait Aragon avant que Brassens ne mît ses paroles en musique (ici) ; on a beau voir autour de soi se déchaîner la violence ordinaire, et la laisser glisser sur une carapace d’indifférence qui permet de survivre au quotidien ; on a beau se blinder, on a beau tout ça… quand on apprend que la grâce espérée a été rejetée, qu’un homme va mourir, et que sa mort va en réjouir certains, eh bien, ces nuits là, on dort soi-même moins bien. Il est de ces jours et de ces nuits où l’on doute de la générosité de l’être humain, où l’on se pose de vraies questions sur le bien et le mal. N’est-ce pas ?

Et un nouveau jour se lève, et on se remet à vivre sa petite vie de bien vivant.

Voilà. C’est le matin. Je vais attendre l’autobus le long de ma petite route bien tranquille. L’arrêt est marqué par un panneau, comme il se doit, mais, fréquemment, il est prudent de regarder où l’on met les pieds avant de s’approcher de la barrière le long de laquelle sont garées des voitures. Il n’y a pas de trottoir, et les chiens s’y comportent comme certains humains, de manière fort sale, et vous savez très bien quel peut en être le résultat !

Vous avez tout compris de l’humeur du matin, elle était de celles qui vous font anticiper le pire, comme si un drame majeur devait en entraîner un mineur.

Et puis, là, soudain, en traversant ma route pour attendre le petit bus, ce n’est pas de la crotte de chien qui me saute aux yeux (berk !) non, pas du tout. C’est un trait blanc de bonheur et d’amour, et je dois avouer que ce petit graffiti anonyme (peut-être né dans la nuit, la même nuit de tristesse et de honte que j’évoquais plus haut), m’est allé droit au cœur.






J’espère donc que personne n’aura l’idée de l’effacer et que pendant des mois, des années il restera là, témoin flagrant d’un bel amour adolescent. Pendant que son auteur le dessinait, il n’agressait personne, il ne se mobilisait pas pour demander la mort d’un condamné, il ne procédait pas à une injection létale, il se moquait du triple A, il ne faisait que graver dans le bitume sa déclaration muette et joyeuse, et elle a peint ma journée du blanc de l’espoir.


4 commentaires:

  1. Merci pour ce texte généreux. Il ne lui rendra pas la vie, mais au moins il préservera sa mémoire. Et notre impuissance à avoir pu tenter quelque chose
    20 ans dans le couloir de la mort puis exécuté sans être sûr de sa culpabilité : qui dit mieux en matière de barbarie?

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  2. Je lis en commentaire "qui dit mieux en matière de barbarie"; c'est faire peu de cas de ce que "nous" avons su faire
    dans un passé très proche, sans parler d'une longue histoire française et/ou européenne d'atrocités en tout genre.
    L'horreur reste, bien sûr, mais aussi l'espoir dans le regard de ceux qui cherchent et reconnaissent la lumière.

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  3. comment peut on croire qu'un pays comme les Etats Unis soit encore marqué au fer rouge par le racisme et l'injustice....juste à l'heure où un noir américain en est devenu le chef d'état !!!
    Battons-nous encore pour que d'autres victimes telles que Troy Davis ne soient plus assassinées pour une raison d'état !
    Amnisty international a jusqu'au bout essayé...et ce sont des millions de gens qui ont signé la pétition pour le recours en grâce de T. Davis....en vain. quelle honte...pauvre humanité encore à l'âge de pierre...

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  4. Tout cela veut bien dire que le pire et le meilleur sont en nous tous. Je suis d'accord, battons-nous pour que maintenant, comme à d'autres moments de l'histoire de l'humanité, le meilleur prenne le dessus. Cela arrive, c'est arrivé, et heureusement, alors ne perdons pas confiance, sinon,
    où serait la gratitude ?

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