En vol

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mardi 23 décembre 2014

UN VŒU PIEUX



« Est-ce que quelqu’un s’est-il aperçu de ça ? Quelqu’un sur Paris, peut-être ? »

Ou bien c’est juste un truc « très perso » ?

...Parce que j’en arrive parfois à me demander qui a tort et qui a raison en la matière, et si autrui pense que je marche sur la tête, à souhaiter observer la grammaire et / ou le bon usage.
Notez que faire les deux, par les temps qui courent, semble être de l’ordre de l’impossible, un peu comme si l'on criait sur les toits « Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté » voire « Buvons à la vie – L'Chaïm ! – au lieu d’appeler à la guerre sainte en fonçant sur un ou plusieurs innocents.

Le raccourci ne l’est pas, du reste, innocent. Car j’ai appris il y a peu que ceux qui se veulent respectueux de la langue (quelle qu’elle soit) sont maintenant affublés du nom de « Grammar Nazis ». Traduction inutile.

L’explication : ces amoureux de la langue sont accusés de vouloir tuer ceux qui la dénaturent. Ces derniers font fi des règles d’accord des participes, quels qu’ils soient, et encore plus de la distinction entre futur et conditionnel – mais ce ne sont là que des exemples parmi d’autres. 

Les tenants du Robert sont, paraît-il, prêts à lyncher ceux qui ne l'ouvrent jamais (le dictionnaire, je précise). 

Lesquels sont, en retour, bien décidés à continuer leurs fantaisies linguistiques, et sans la moindre vergogne, il faut le dire. Quitte à tuer les premiers. 

Résultat : une fort triste guerre. 

La phrase que j’ai citée en ouverture de ce billet a été   prononcée à la radio, donc ce n’est pas son orthographe qui est en cause, mais j’avoue avoir envie de tancer (!) ces professionnels qui ne se rendent pas compte, jour après jour, des énormités qu’ils écrivent ou profèrent – puisqu’ils récidivent ! « Est-ce que cela fait-il de moi une intolérante ? » sic. 

Certes, les sms et autres textos, les messages sur facebook et Twitter ne demandent pas à être rédigés avec la même rigueur que le discours d’un académicien. Tout le monde, ou presque, (sauf peut-être Alain Finkielkraut) admet certaines abréviations qui rendent la vie plus facile, surtout lorsque ces messages sont envoyés dans des conditions extrêmes (que je ne détaillerai pas ici). À défaut d'être toujours compréhensibles, ces initiatives ont le mérite d'être créatives. J'en use moi-même volontiers, avec moins de talent que Bernard Pivot.



En revanche, entendre un autre animateur, sur une chaîne de radio publique, dire du livre de David Foenkinos (après l'avoir abondamment questionné et interrompu) : "Charlotte, c'est juste à tomber !" me laisse sur le...  je veux dire, atterrée ! Seuls "improbable" , "jubilatoire", "wow !" et "pour le coup, en même temps..."* manquaient à cette exclamation riche et nuancée. Une perle que je n'ai donc pas pu m'empêcher de relever. 

Est-ce là une raison pour être vouée aux gémonies avec tous ceux et celles qui ont encore un brin de considération pour leur langue maternelle, ou d’adoption ? Est-il vraiment nécessaire de nous assimiler à des assassins ? À des justiciers de la foi et la loi orthographique ? Le raccourci semble violent. 

Je rappelle au passage que le terme orthographe se compose de « ortho » qui signifie « droit ». Il s’agit donc seulement de respecter un droit commun (!), celui de la graphie. Lequel est précisé par un code également commun, que l’on nomme le dictionnaire de la langue française.


Ah, le « respect » ... Encore un gros mot !

Quand on est conscient des efforts qu'ont mis certains – dont mes parents – pour apprendre le français, pour l’écrire sans la moindre erreur, et le parler (presque) sans accent ; quand on comprend la valeur fédératrice d’une langue ; quand on sait en apprécier la beauté et les nuances, c’est vrai, je l’avoue, on est un peu irrité de la voir malmenée de la sorte.

Pire encore, on est blessé(e) de se voir accuser ainsi, par ceux qui manifestent, toute honte bue, le désir de voir l’emporter la médiocrité, la facilité. Faire des erreurs, ce n’est pas grave, ce n’est même pas une faute. Nul n'est à l'abri, et surtout pas moi – hélas ! 
Toutefois, refuser de les reconnaître ou s’enorgueillir de celles-ci pour ensuite traiter les autres de fanatiques quand ils ou elles les remarquent, ça, c’est peu justifiable, à mon sens.

C’est vrai, il n’y a pas mort d’homme (quelle expression abominable !) – mais la perte des repères risque bien d’en provoquer, des morts. 
De fait, quel autre repère plus fondamental existe-t-il qu’une langue partagée par des citoyens qui l’aiment et la respectent, tout autant que le pays qui les a accueillis ? Quel meilleur outil d'intégration proposer ? Je donne ma langue au chat du rabbin que j'adore (le chat, pas le rabbin).


image prise ici.

Foi de fille d’immigrés : je poursuivrai de mon mieux cette lutte pacifique, et mon vœu en cette période de fêtes est très pieux : Que chacun tente au moins d’écrire juste et vrai, mais surtout de parler à l’autre, en le respectant, lui et sa langue. Et pourquoi pas, tant qu'on y est, de continuer à apprendre à lire ? 

Au final, peut-être qu’alors le Père Noël existera ?




* Merci à mes pêcheurs de perles sur facebook qui partagent si volontiers leur butin avec moi. 
 Je rajoute celle-ci :
"Entendu ce matin sur "Rance Inter" un reportage sur les gens qui font leurs cadeaux à la dernière minute, alors forcément ils n'ont pas d'idée, c'est la galère avec le monde etc.... une dame affirme qu'elle ne sait pas quoi acheter... un livre en désespoir de cause... Commentaire du journaliste: 'comme quoi on finit par acheter n'importe quoi'."

LOL. 


1 commentaire:

  1. Je connais des gens de tous bords qui en ont ras le bol, non seulement des fautes à tous les étages mais également de tous les clichés véhiculés en premier lieu par les journalistes radio qui nous gavent de métaphores (relire à ce propos 'Politics and the English Language' d'Orwell). Il faut tout imager pour tout faire passer. Ce matin sur La Radio Nationale c'était: 'Le coup d'envoi de la grève des médecins'. J'espère qu'ils vont bien s'amuser puisque ça a l'air d'être une partie de quelque chose.... ça donne envie de tout relever mais on risque d'y laisser des plumes (zut, une métaphore).
    Et dans l'Education Nationale on se met aussi à parler de 'tuilage' ou bien de 'lissage' pour m'expliquer que pour certains cours mon salaire est annualisé (et donc que je perdrai pas mal d'argent... ) voila à quoi servent les métaphores.....

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