En deuil

En deuil

vendredi 1 avril 2011

ET VOUS QUE FERIEZ-VOUS, SI... ?

Ce doit être le printemps qui incite à rêver !

Il me semble qu’à chaque fois que je regarde la télé j’y vois une pub pour le loto, auquel je faisais allusion la semaine dernière. On y voit la réaction toujours aussi démesurée que le gain, de ceux et celles qui ont touché le gros lot.

Une prétendue censure y coupe les exclamations jugées vulgaires, tandis que le monteur du petit spot joue sur nos nerfs en ne révélant qu’au tout dernier moment la splendide automobile que s’est acheté un gagnant encore en bleu de travail, ou presque.

La question revient encore et encore : que feriez-vous si vous étiez l'heureux gagnant de l’Euro-million ? Elle fait fantasmer ceux qui ont peiné à payer l’écran plat sur lequel ils regardent s’afficher des gens qui leur ressemblent (et qui nous ressemblent), grimper dans un hélicoptère privé qui les amènera sur une île de rêve, où ils débarqueront en chemise fleurie et sandales en plastique rose pour une escale privilégiée le long de leur périple de luxe.

Car le truc, le gros truc, c’est précisément de montrer que les gagnants restent ce qu’ils étaient avant d’avoir gagné. Pas question de les portraiturer en train de changer de « classe », de singer les nantis de naissance. Non, pour nous appâter, nous faire acheter ce billet magique, il faut nous rassurer. Nous ne changerons pas profondément, nous resterons ces gens ordinaires, avec nos préoccupations banales. L’argent ne sera que la cerise sur le gâteau, si j’ose dire. Celle qui nous permettra de nous offrir certes l’essentiel, mais aussi le superflu dont on a rêvé si longtemps, tout en restant aussi simples et naturels qu’avant. Pourtant le choc doit être rude, pour qui passe du statut de conducteur de bus à celui de passager privilégié d’un jet privé, non ?

La Française des Jeux explique du reste que des experts en la matière conseillent, soutiennent, organisent des groupes de parole – comme dans les cas de catastrophe naturelle, ou autre !

Le monde nouveau qui s’offre au nouveau millionnaire doit être aussi effrayant d’inconnu que l’Amazonie, et il doit bien s’ajouter à son effroi un brin de culpabilité, « Pourquoi moi ? Qu’ai-je fait pour mériter cette bonne fortune ? » - ou bien est-ce moi qui délire, là ?

J’ai écouté ce que disaient les gagnants, ou plutôt ce qu’on rapportait de leurs paroles, car ils se font discrets une fois le pactole en poche, et on les comprend : Ils commencent par donner une somme conséquente à leurs proches (enfants, parents…), ils s’achètent une belle maison, une voiture, font un voyage… Et puis quoi ? La plupart placent leur magot en bons pères de famille, seuls quelques-uns claquent tout sur quelques coups de tête.

En revanche, je n’ai pas entendu rapporter que des sommes phénoménales aient été reversées à des associations caritatives, mais peut-être est-ce là une discrétion qui honore les donateurs.

Pas question de leur jeter la pierre à eux pour autant, non. On a juste envie de rappeler à qui profite le crime (on le sait). Mais surtout, de se demander quelle morale se cache derrière la vente de ces billets attrapeurs de rêve, quelle détresse pousse ceux qui ont à peine de quoi assurer le quotidien, pour qu’ils misent ainsi chaque semaine, en disant haut et fort que « seuls ceux qui ne jouent pas ne gagnent pas ».

Et enfin je me demande quel voyeurisme incongru me saisit lorsque mon regard s’attarde sur les figurants qui les représentent, plein aux as, et faussement heureux, en me posant, comme tout un chacun, la question « qu’est-ce que je ferais, moi, si….. ? »

Par bonheur, je ne vais pas plus loin, car même si je gagnais le jackpot, je sais que cela ne me donnerait jamais le millième du plaisir que j’éprouve à m'amuser avec les mots et à partager le résultat ce petit jeu gratuit !

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