En vol

En vol

jeudi 26 avril 2012

AUTEUR OU ÉCRIVAIN ? Hou, la frimeuse !




La question m’a été posée, ou plutôt je me la suis posée récemment, suite à la remarque d’une amie qui écrit, comme moi, et qui se définit comme auteur, pas comme écrivain. 


Or, depuis quelque temps, j’ai mis sous ma signature électronique le terme écrivain. J’avoue avoir beaucoup hésité avant de le faire, mais j’ai opté pour ce terme car il me semble refléter ce qui est mon choix de vie, sinon de métier. En effet, un métier, c’est une activité qui nourrit son homme, ou sa femme, et je ne mentirai pas en disant que, pour l’instant, c’est moi qui alimente un certain nombre d’autres gens, et que cette occupation-là – écrire - ressemble davantage à une danseuse qu’à un emploi. Que M. Degas me pardonne, lui qui s’est si bien nourri de leurs grâces.


Certes, ainsi que me l’a fait remarquer avec, je trouve, une pertinence opportune (!) et beaucoup de sympathie, un mien ami et talentueux scénariste, un nombre important de grands artistes ont passé leur vie à traquer la vache enragée, sans rien vendre de leur vivant, ou pas grand chose. Au hasard… Van Gogh. Ou bien ils sont morts rejetés de tous, tel Oscar Wilde, qui finit ses jours dans la misère la plus honteuse qui fût. Au diable les calories, les kilos en trop, me voilà heureuse de ne pas avoir le millième de leur talent – et on se console comme on peut !

Écrivain, donc. En effet, on peut être l’auteur de plein d’autres choses que de textes écrits. Auteur dramatique, auteur de musique, auteur d’une catastrophe, d’un crime, d’un succès … en revanche on ne peut être l’écrivain d’un gâteau. Même si on parle de cuisine. Un écrivain, ça écrit*.

Je ne suis guère avancée, et vous non plus, quant à ce qui est la plus ou la moins présomptueuse de ces appellations. Alors, rien que pour le plaisir, voilà quelques citations qui contiennent ces termes :

« Auteur dramatique échangerait pièce en quatre actes contre trois pièces et une cuisine » (Pierre Dac et Francis Blanche)
« Sans la langue, en un mot, l’auteur le plus divin n’est jamais qu’un méchant écrivain » (Boileau)
« Vous pouvez devenir écrivain. Mais il faut être auteur. » (Ernst Jünge)
« Qu'est-ce qui pousse certains auteurs à se cacher derrière un pseudonyme; est-ce qu'un écrivain, finalement, possède une existence réelle» (Paul Auster)
« En dehors de mon métier d'écrivain, je ne suis bon à rien. En conséquence, on peut dire qu'un bon à rien peut facilement devenir un écrivain. » (François Mauriac)

Vous aurez noté l’absence du terme écrivaine, tout comme celui d’auteure. Ces hommes-là ne pensaient qu’en hommes, mais je les suis : cette féminisation orthographique me semble ridicule, et si pour moi l’écriture est féminine, celle qui s’y adonne n’a pas besoin de ce E final. Un point suffira.

J’aime particulièrement ce qui suit et qui ne contient aucun de ces termes. De fait, je relis sans cesse Oscar Wilde, et toujours avec le même plaisir car non seulement il me renvoie dans les cordes : « Définir, c’est limiter » (in Le Portrait de Dorian Gray) mais il pique aussi au vif du sujet : « Les livres que l’on ne relit pas sans cesse avec plaisir ne valent pas la peine d’être lus. »

Voilà un dernier objectif qui me paraît digne d’être visé, qu’on soit auteur, écrivain ou simple scribouillarde. C’est peut-être la raison pour laquelle j’ai écrit quelques nouvelles. Entre deux volumineux chefs d’œuvre reconnus, d’auteurs (ou d’écrivains ?) bien plus prestigieux, on peut les feuilleter facilement. La répétition de cet acte en fera-t-elle pour autant des textes dignes de perdurer ? Peu importe, au fond, l’essentiel n’est-il pas de survivre ? Comme je l’ai déjà écrit ici en citant Albert Bensoussan, « l’écriture nous sauve », et j’ose espérer que, dans la foulée, elle  aide quelques lecteurs et lectrices à en faire autant, légèrement, l’espace d’un instant.

Alors, frimeuse ?


(* Quant au débat entre plume et clavier... je compte sur vous pour l'alimenter !)

1 commentaire:

  1. Il y a quelques idées très intéressantes ici, Catherine! Plutôt que le terme "écrivain(e)" ou "auteur", , peut-être la description moderne est vraiment "dactylo"?

    Combien d'entre nous utilisent un stylo ou une plume de nos jours? Moi-même, je ne suis pas 'Pierrot'. Auteur, écrivain, dactylographe .... peut-être le terme utilisé n'est pas trop important. Pour moi, la chose importante est de transmettre le message.

    Néanmoins, quel que soit le terme que vous préférez, Catherine, continuez à penser, écrire, taper, griffonnant .....

    Meilleurs vœux

    Joseph

    RépondreSupprimer