En deuil

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jeudi 12 avril 2012

ELÉONORE ET FRANÇOIS GIRIBONE : JUSTES PARMI LES NATIONS






Depuis 1953 une institution israélienne basée à Jérusalem,  Yad Vashemhonore ceux et celles que l’on appelle « LES JUSTES PARMI LES NATIONS ». Ceux et celles qui, au péril de leur vie, et pire, de la vie de leurs enfants, ont sauvé des Juifs au moment où ceux-ci étaient poursuivis comme du gibier.

Pour être reconnu comme Juste (pour une définition précise cliquer iciil faut que des témoins vivants, ou leurs descendants établissent un dossier qui prouve sans l’ombre d’un doute que sans l’action de cette personne, il y aurait eu, littéralement, sinon mort d’homme immédiate, un grand danger de déportation vers les camps d’extermination.

François et Eléonore Giribone : J’ai toujours entendu prononcer le nom du couple qui a été ainsi honoré jeudi 5 avril 2012 à  Nice, car ils ont sauvé une famille qui m’est chère. 

Quelques éléments de cette histoire, dont, je dois l’avouer, je ne connaissais pas tous les détails :

En 1943, M. Daniel Mayer et son épouse vivaient à Nice, où M. Mayer tenait, rue Châteauneuf, une petite entreprise de peinture et de fournitures pour peintres en bâtiment. Ils étaient les parents d’une petite fille de trois ans, Suzanne. 
Lorsque les nazis remplacèrent les Italiens, en septembre 1943, ils mirent leur enfant à l’abri -comme tant d’autres, dans une institution tenue par des religieuses, qui, en l’occurrence s’occupaient d’enfants sourds, muets et aveugles -, et, tout désemparés ne surent plus que faire, ni où aller, ni ce qui allait leur arriver.
Comme M. et Mme Mayer s’en retournaient, emplis de la détresse qu’on imagine, vers le quartier St Philippe où ils habitaient, ils rencontrèrent un homme que Daniel Mayer connaissait - un peu - car c’était un de ses clients. Celui-ci, François Giribone, engagea la conversation, et en comprenant la situation, offrit sur le champ l’abri de son entrepôt à M. Mayer et à sa femme Renée, ainsi qu’à sa belle-sœur Marthe, et à ses beaux-parents.
C’est tout.
Il abrita « juste » cinq personnes pendant quelques mois, partageant les tickets d’alimentation de sa famille avec « ses » clandestins, sans que personne alentour ne moufte. Dans le quartier, il y en a bien qui devaient se douter de ce qui se passait, mais nul n’a rien dit.
C’est tout.

Eléonore Giribone attendait un bébé. Ce fut Marthe qui l’aida à le mettre au monde tandis que François courait partout pour trouver une sage-femme ou un médecin.

Et puis la famille Mayer parvint à se sauver en direction de la Suisse. Tous survécurent.
C’est tout.

La guerre s’acheva, enfin. Les Mayer revinrent à Nice, et s’y réinstallèrent. Ils eurent une seconde fille, Béatrice, qui devint mon amie, parce que Marthe connaissait bien ma famille.
Marthe va avoir 99 ans, et elle n’a rien oublié.

La famille Mayer resta toujours en contact avec les Giribone et avec leurs enfants. C’est une belle amitié qui les unit tous. Alors, un jour, Suzanne voulut enfin honorer la mémoire de ceux grâce à qui tous avaient pu rester en vie. Le long processus se mit en branle, et, sous l’égide efficace du Président du Comité pour Yad Vashem Nice Côte d’Azur, M. Daniel Wancier, il aboutit à la cérémonie qui eut lieu jeudi dernier à la Villa Masséna, à Nice.




Cette remise de médaille à titre posthume fut particulièrement émouvante, car, en plus des discours pertinents et bien documentés des divers représentants de la République, des officiels, et du Consul d’Israël en France, en plus des remerciements si sincères des récipiendaires - Claude et Sylvain Giribone -, en plus de l’hommage sobre et fort de Suzanne, en plus de la présence attentive de Marthe, il y eut la voix de l’arrière-petite-fille du couple honoré. Âgée de seize ans, franco-allemande, Sarah (oui, elle s’appelle Sarah) a su trouver plus que des mots pour dire à quel point l’héritage de François et Éléonore avait déjà marqué sa jeune vie. Elle a expliqué d’une voix à peine tremblante d’émotion comment ces faits, découverts alors qu’elle avait douze ans, allaient donner un sens à sa vie, à celle de sa fratrie et à celle de ses cousins. Elle a exprimé toute la gratitude qu’elle éprouvait à être la descendante de ce couple-là, et ses mots furent à l’image de cette famille : justes. 


Alors, en ces temps si troublés que nous traversons à nouveau, je ne peux que souhaiter que des Justes semblables se lèvent et agissent avec autant de courage à chaque fois qu’un enfant « en situation irrégulière » est pointé du doigt, à chaque fois que des parents sont menacés d’expulsion, à chaque fois que l’injustice frappe. Je le souhaite, mais remercie à mon tour, au  nom de tous les enfants de survivants de cette époque passée - dont je fais partie – cet homme et cette femme de Nice qui, en toute discrétion, ont « juste » fait leur devoir d’êtres humains.

Pour des informations plus officielles sur cette cérémonie, voir ICI.

Sur la photo, de gauche à droite : Marthe, Suzanne, Claude, Sylvain.
Crédits photographiques : Michèle Merowka et Jacques Lefebvre-Linetzky


2 commentaires:

  1. C'est une histoire très émouvante et intéressante. Une telle histoire de l'humanité et de sacrifice!

    J'ai eu l'occasion de visiter Yad Vashem à Jérusalem. Au même temps qu'il s'agissait d'une éducation et très émouvant. On n'oubliera.

    Joseph

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  2. Merci pour ces détails. je connaissais déjà l'histoire des Giribone, des gens admirables. Je suis contente que l'on puisse parler de "beauté" de coeur dans notre monde individualiste.

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