En vol

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lundi 25 juin 2012

CADEAUX DU PRÉSENT ET DU PASSÉ



« Peu de cadeaux font vraiment plaisir, pas vrai? On remercie trop souvent pour la forme, en attendant de reléguer l’objet non désiré au fond d’un tiroir, voire pour les moins scrupuleux, de le vendre sur e-bay à défaut de faire venir les encombrants! C’est que trop de cadeaux sont eux aussi formels, choisis pour une date anniversaire ou convenue, achetés sans penser vraiment au récipiendaire, parfois pour se faire plaisir à soi, en fonction d’un prix, ou d’une mode. Peu d’entre nous prêtent vraiment attention aux goûts et intérêts du destinataire et, de fait, quand on n’aime pas vraiment, mais vraiment, quelqu’un, la quête du présent est une corvée. Au contraire, les êtres aimés, on voudrait les couvrir de dons, on pense à eux devant chaque objet en se disant « tiens, ceci lui ferait plaisir », la recherche n’en est même pas une ; tout, au pays des merveilles du commerce, se jette sur notre chemin en nous criant « achetez-moi, achetez-moi ! »

Ce passage tiré des Recettes à la vie, à l’amour*, je vais aujourd’hui lui ajouter une nuance végétale.

C’est vrai, combien d’entre nous ont un jour acheté une plante fleurie à apporter à des hôtes d’un soir, sans se soucier de savoir s’ils ont la main verte, ou de la place sur le rebord de leur fenêtre, ou même s’ils sont allergiques à tout entretien de type agricole ? On s’est juste dit : « Qu’est-ce qu’on apporte chez les Trucmuches tout à l’heure ? J’ai complètement oublié de m’en occuper !»
Alors, à huit heures moins le quart, on entre chez le fleuriste à toute vitesse ; on regarde les prix, la taille du pot, et on embarque la chose bien emballée et décorée de grigris kitschissimes, avant de filer à ce dîner en ville, sans très bien savoir qui l’on y rencontrera, ni quel genre de végétal les autres invités auront choisi - le même peut-être, au vu de la saison ?

Une fois délivrés de cet encombrant et impersonnel cadeau, on se congratule, on se restaure, et, passé neuf heures du soir, on ne pensera plus jamais à cette plante qui vivra sa vie chez ses nouveaux propriétaires.

Et vous qui avez reçu en cadeau cette même plante, après vous être extasié(e) sur sa couleur, ses feuilles si luisantes, sa taille, son pedigree, vous l’avez posée dans un coin du balcon, et puis vous l’avez arrosée du mieux que vous pouvez. Elle reste radieuse le temps de sa floraison un brin artificielle.
Vous pensez, en passant devant, à ceux qui vous l’ont offerte et que vous n’avez guère revus depuis ce soir-là. Mais vous prononcez leur nom, tout de même : « Tu as vu tous ces bourgeons ? Elle est magnifique la plante des Dupont-Dupond ! » Et, plus tard : « Elle n’a pas très bonne mine, la plante des Dupont-Dupond, tu ne trouves pas ? »

Si vous êtes fan d’Alain Baraton, au moindre courant d’air vous aurez appelé France Inter pour savoir comment la soigner en cas de bronchite (quand les plantes toussent, leurs feuilles tombent, vous ne le saviez pas ?) ; sinon, en cas de refroidissement sérieux, vu qu’il n’y a pas de vaccin contre le gel autre que le voile de mariée que vous oubliez chaque année d’acheter, vous vous dites « Bof, tant pis, je la remplacerai au printemps ». Et de fait, vous l’oubliez, elle et ses branches séchées, son look fatigué, et son pot un peu moisi. Tout juste si de temps en temps vous lui filez un coup d’eau de lavage de la salade. Par compassion. Au cas où ?

Le temps passe. Le printemps revient. Elle a toujours l’air d’une moribonde. Prise d’un remords tardif, vous la rempotez.
Et puis, miracle. Un matin, elle vous accueille avec une grâce exceptionnelle. Une fleur.



Alors là, c’est comme si les invités qui vous l’ont offerte l’an dernier étaient soudain là, devant vous, avec un grand sourire sur leur visage amical, et vous avez envie de leur crier : « Regardez votre plante comme elle est belle ! Merci de ce joli cadeau qui a survécu à toutes ces épreuves ! Je vais la chouchouter, pour qu’elle vive aussi longtemps que notre relation, et s’épanouisse de même. »

Car tout ce temps, sans le savoir, on a gardé avec soi la marque de cette soirée anodine, et soudain le plaisir d’un cadeau banal a explosé, tout comme ce bourgeon, en une promesse de vie.


(J’en rajoute un peu… le sujet me mettrait-il en mode guimauve ?)


Pour finir, en voilà une autre, reçue il y a peu. Une belle, très belle plante, aussi belle et généreuse que celle qui l’a envoyée. Longue, longue et belle vie à elles deux. Et à vous aussi : que vous soyez citadins ou campagnards, il y a sûrement une plante de l’amitié qui vous attend quelque part.




* extrait du chapitre intitulé Les petits gâteaux de joie" p. 70. 

4 commentaires:

  1. Did you know that we still have the "umbrella plant" that you gave us when we moved to our first flat... and it is flourishing here! xoxo KSF

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  2. Unbelievable! But what on earth is an "umbrella plant" I cannot remember - goes to show... the giver forgets faster than the recipient, it seems! xoxo 2 U 2 ;)

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  3. Et comme dit Ophélie, je crois,
    There's rosemary, that's for remembrance...(..) .
    and pansies, that's for thoughts.
    Claude

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  4. Une plante fleurie, on s'y attache en fonction de la personne qui l'a offerte. Si on l'aime, on ne l'oublie pas, on la soigne, on lui cherche le meilleur emplacement, et on essaie, je dis bien 'essaie', de la garder le plus longtemps possible. Elle est plus vivante qu'un objet choisi au hasard à la dernière minute et que l'on ne sait où placer. Il y a, par contre, toujours un coin pour la plante.

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