En deuil

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lundi 30 juin 2014

SACRÉ PILOU : REPORTAGE SUR UN REPORTAGE






Les fidèles de ce blog se souviendront sûrement que j’ai déjà évoqué le pilou en parlant du Festival du livre de Nice, ce qui, à défaut d’avoir alors été d’une logique redoutable, me permettra de rebondir – vous verrez que le terme est également très approprié ici et maintenant.

Par le canal bouche-à-oreille d’André Giordan et de facebook, j’ai appris la semaine dernière qu’une équipe de télévision canadienne allait venir à Nice pour faire un reportage sur ce sport si particulièrement niçois, et que donc les amateurs et professionnels du pilou étaient conviés à procéder à une démonstration de leurs talents, le vendredi 27 juin à 18  heures, le long du stade de pilou qui se trouve sur la Promenade des Anglais, au niveau de la plage du Voilier.

Si, je vous promets, il y a bien un stade de pilou à cet endroit.
Vous ne l’avez peut-être pas remarqué, ou alors vous l’avez confondu avec un labyrinthe pour patineurs à roulettes, ou avec un jeu de piste pour chiens, mais il est bien là, dessiné de manière indélébile sur le trottoir. Il n’y manque que les gradins. À défaut, les  moins courageux peuvent s’asseoir sur un banc, ou sur la rambarde, mais franchement, il vaut mieux rester  tout près pour admirer de près les héros qui y jouent en plein cagnard !



Arrivée de l’équipe de télé de Montréal, très pro, très ponctuelle, et très sympathique. La scripte, Catherine, me donne volontiers les renseignements utiles, que ceux et celles d’entre vous qui vivent au Canada apprécieront à leur juste valeur, ne serait-ce que pour pouvoir regarder l’émission. Au fond, c’est fait pour ça, un reportage, non ? À noter, donc, que l'émission prévue pour une chaîne "évasion", s'appelle Benoît à la plage, et qu'elle sera constituée de reportages sur certaines stations balnéaires de notre côte et leur coutumes. Voilà pourquoi LE PILOU !

La fine équipe avec la scripte !

Bref, en tendant bien l’oreille, j’ai moi-même appris certains détails que j’ignorais.

Amis niçois, ne lisez pas, contentez-vous des images, je ne vous fais pas l'insulte de penser que ce billet puisse vous être utile. 

Les autres, découvrez : 

1. Le pilou, c’est un jeu qui ne coûte rien, même pas la pièce qui sert à fabriquer ledit pilou, puisqu’à l’origine il s’agissait d’une piécette qui n’avait plus cours, et qui de surcroît était trouée. 
Trouée ? Ah, mais c’était bien là son intérêt : on y faisait passer un morceau de papier, auquel on donnait ensuite la forme d’une plume.* On m’a même dit que le papier en question était de la variété que l’on trouvait jadis dans les cabinets (ça, c’était avant « Moltonel », qui ne ferait pas le poids un quart de seconde). Tout le monde avait ces pièces au fond d’un tiroir, celles-ci n’attendaient que les gamins qui les chipaient. À présent on les commande sur e-bay, je parie qu’elles y valent la peau des fesses. En voilà un joli retour de balancier !

Le pilou en cours de fabrication. Pas de bol, j'ai pas su mettre en mode video, alors faudra vous contenter de ça. 
...et voilà le pilou achevé

2. Il ne coûte rien en fringues non plus. Jambes nues, ou torse nu, ça marche aussi. Mais j’en connais un qui a investi dans deux paires de chaussettes qu’il enfile l’une sur l’autre pour donner une meilleure rigidité à ses godasses – qui ne coûtent pas, non plus… (voir plus haut). 


3. Il ne demande pas de gradins (voir encore plus haut), ni de gazon, ni de terre battue, juste un bout de craie pour dessiner par terre les repères fondamentaux. Coût total, zéro. 

4. C'est un sport complet : Pour "jongler" avec le pilou, on se sert de ses pieds, de ses jambes, de ses cuisses, de son torse, de sa tête mais pas de ses mains (sauf pour le ramasser et le lancer, tout de même). 

5. "C'est un sport de gentlemen joué par des gentlemen"**, la preuve, ils sont si respectueux du jeu et des autres joueurs qu'il n'y a même pas besoin d'arbitre. (Dommage que les conducteurs niçois ne soient pas tous des pilouteurs, ça nous changerait la vie !)    

6. Il est tellement ... important, qu'il donne lieu à un championnat du monde, qui se passe à Coaraze, le nombril dudit monde, comme chacun sait. (Les détails de dates etc. sont ICI.) 

Toute cette histoire – et avant de passer à l'acte –, les joueurs l’expliquent très bien à la caméra de l’équipe attentive et très motivée. 
La preneuse de son qui tient la perche a du potentiel, en matière de précision. Elle n’a éborgné personne avec son engin, et pourtant Dieu sait si on s’est mis dans ses pattes !




Après, il y en a tout de même quelques-uns qui s’y sont collés, et ils ont fait la preuve que le pilou est également un lien précieux entre les générations. Quoique, moi, j’aie remarqué que l’adresse des plus anciens avait quelque chose de plus noble que celle des jeunots. À moins que ce ne soit le fait de l’expérience ?

Pour finir, le charmant reporter en T-shirt jaune a donné rendez-vous aux pilouteurs le lendemain matin à 10 heures sur le Cours Saleya. Je n’ai pas très bien compris ce qu’ils allaient y faire au milieu des cageots, peut-être donner un cours sur les courgettes trompette, ou une nouvelle leçon de salade niçoise, mais peu importe, les liens sont tissés entre Nice et Montréal, et si en rentrant les Canadiens inventaient une version du pilou à jouer sur patins à glace à l’aide d’un demi-dollar, je n'en serais qu’à moitié étonnée. 
(Avé l'assent = le leur)

Je me demande juste s’ils penseront à citer la petite scène de La main au collet, d’Alfred Hitchcock, qui  montre deux flics en planque en train de jouer au pilou.
Quant au Niçois Gilbert Bécaud, à quoi pensait-il donc, à votre avis, en chantant cette chanson ?


Maintenant, si vous voulez vraiment du technique, regardez à nouveau ce site, il raconte moins de bêtises que ce blog-ci. Ou mieux, achetez ce livre-là : 





Petite digression : si vous voulez savoir quels termes éviter quand vous voulez donner votre sentiment sur un sujet artistique, voire sportif, regardez ICI, ma dernière contribution au web magazine "LES BOOMEUSES". 

*******


* PLIAGE À RÉALISER AINSI :
Il suffisait de plier le rectangle de papier en quatre. On prenait ensuite la pointe et on la faisait passer dans le trou de la pièce. On tirait légèrement dessus et on écrasait le papier dessous, en l'écartant contre la pièce, le mieux possible, pour éviter la moindre épaisseur. On retournait la pièce et on le lissait vers l'extérieur pour lui donner une forme élancée. 


Le pliage se fait en croix à partir du centre de pliage (...). C'est ce point de pliage qui est introduit dans le trou de la pièce.

** Citation des auteurs du livre mentionné ci-dessus. 
(© José Maria & André Giordan)






1 commentaire:

  1. Très intéressant, Catherine, comme d'habitude ! Je me souviens du film de Hithcock "La main au collet' ('To Catch a Thief') !

    Merci,
    Joseph

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